Reçus à Matignon, les socialistes demandent à François Bayrou de « bouger » à son tour

S’« il n’y a pas d’accord de non-censure », pour l’heure, entre le PS et le nouveau premier ministre, le numéro 1 du PS, Olivier Faure, a assuré que les socialistes étaient « une opposition ouverte au compromis ». Mais sur les sujets mis sur la table, « pour l’instant, nous n’avons pas de réponse précise », constate Patrick Kanner, à la tête des sénateurs PS. A défaut, il agite à nouveau la menace d’une censure…
François Vignal

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Ils sont l’une des clefs pour sortir du blocage. Les socialistes ont été reçus ce lundi matin par le nouveau premier ministre, François Bayrou. Un petit air d’« Un jour sans fin », tant l’exercice semble se répéter ces derniers jours, après les rencontres avec Emmanuel Macron la semaine dernière, et plus globalement ces derniers mois.

Mais pour l’heure, personne ne semble encore avoir trouvé la solution pour sortir de cette boucle. Le rendez-vous du jour, qui suivait celui avec Marine Le Pen pour le RN et Gabriel Attal pour les députés Renaissance, et avant les LR, n’était qu’une première prise de contact. Chacun se renifle.

« Nous sommes restés sur notre faim », affirme Olivier Faure

« Aujourd’hui, c’était une première entrevue pour poser nos conditions, dire notre point de vue et entendre le sien », cadre à la sortie Olivier Faure, premier secrétaire du PS, entouré des deux présidents de groupes de l’Assemblée et du Sénat, Boris Vallaud et Patrick Kanner. Le numéro 1 du PS défend « un dialogue exigeant. Nous sommes dans l’opposition et nous cherchons à comprendre les conditions à partir desquelles nous pourrons être amenés à ne pas censurer le gouvernement ». Pour l’heure, les socialistes, qui ont mis sur la table l’idée d’un pacte de non-censure contre le non-recours au 49.3, se montrent toujours ouverts. « Nous sommes une opposition ouverte au compromis. Encore faut-il qu’un chemin soit ouvert. De ce point de vue, nous sommes restés sur notre faim », constate Olivier Faure. Il ajoute :

 Au stade où nous parlons, nous n’avons rien signé. Il n’y a pas d’accord de non-censure. 

Olivier Faure, premier secrétaire du PS.

Une chose est sûre, il n’y aura pas de socialiste dans l’équipe Bayrou, du moins officiellement. « Nous ne rentrons pas au gouvernement », confirme Patrick Kanner, conformément à la ligne arrêtée par les socialistes la semaine dernière, à peine François Bayrou nommé. Ce qui n’exclut pas quelques tentatives de débauchage. « Il y en a eu d’autres, les Dussopt et compagnie », lance le patron des sénateurs PS, « mais quelqu’un qui rentre au gouvernement se met en dehors du parti », rappelle l’ancien ministre de François Hollande.

« Il a dit qu’il était conscient qu’il y avait un problème sur cette loi Retailleau sur l’immigration », selon Patrick Kanner

S’il est encore trop tôt pour avoir un casting, le PS y voit-il plus clair sur l’essentiel, à savoir les idées ? Pas vraiment. Les socialistes ont rappelé les grands sujets qui comptent pour eux, et qui pourrait mener éventuellement à un accord de non-censure. « Sur les retraites, la justice fiscale, le pouvoir d’achat, les services publics, est-ce qu’il est prêt à faire bouger les lignes ? Pour l’instant, nous n’avons pas de réponse précise », explique juste après le rendez-vous Patrick Kanner, « on n’est pas vraiment rentrés dans les détails. C’était une rencontre sur l’état d’esprit ».

En termes de « justice fiscale, par définition, c’est demander à ceux qui ont le plus de moyens de faire le plus grand effort. L’équilibre pour y arriver, c’est à lui de le définir. Mais on lui a rappelé qu’on avait porté des amendements en commun à l’Assemblée », souligne le sénateur PS du Nord. Manière de tendre une perche. Quant à un éventuel texte immigration, dont ne veut pas le PS, « il a dit qu’il était conscient qu’il y avait un problème sur cette loi Retailleau », souligne Patrick Kanner, sans que le premier ministre n’exprime son choix, dans un sens ou un autre.

« Il ne faut pas se tromper, c’est au premier ministre de démontrer qu’il a une majorité potentielle », souligne Rachid Temal

S’ils demandent des réponses, reste que les socialistes rentrent eux-mêmes assez peu dans les détails. « Aujourd’hui, il ne faut pas se tromper. C’est au premier ministre de démontrer qu’il a une majorité potentielle. Il ne faut pas inverser les rôles. C’est lui qui est en responsabilité », rétorque Rachid Temal, sénateur PS du Val-d’Oise, qui résume son état d’esprit, qui devrait être celui de nombreux socialistes : « A chaque fois que ça ira dans le bon sens, je voterai. Si ça ne va pas dans le bon sens, j’amenderai. Et si mes amendements ne sont pas votés, je m’opposerai, c’est assez simple ». Autrement dit, « est-ce qu’il y aura des bougés ou pas ? C’est ce que j’attends de François Bayrou. Après, on verra ».

Pour trouver une issue, les deux parties devront forcément se reparler ou se revoir. Pour ça, « il faudrait d’autres rendez-vous pour avancer et le faire avec les groupes parlementaires », espère Olivier Faure, alors que François Bayrou imagine plutôt rassembler une dream team de personnalités au service de la France et au-dessus des partis. « Il dit qu’il dépasse les partis. C’est bien de démarrer comme ça. Je lui souhaite du courage, car à la fin, il faut surtout trouver 289 députés qui votent… » rappelle Rachid Temal. L’ancien premier secrétaire par intérim du PS s’étonne au passage du périmètre de ces nouvelles rencontres. « On note que le Président avait fait mardi dernier une réunion de l’arc républicain, avec les partis avec qui on peut discuter, sans le RN. Et patatras, la première action du premier ministre, c’est de convoquer le RN », pointe le sénateur du Val-d’Oise, se disant même « très surpris qu’il invite le RN ».

« Les pièces du puzzle sont étalées sur la table »

Si les socialistes montrent toujours leur bonne volonté, on comprend en filigrane que le premier ministre doit vraiment faire des pas vers eux, car s’il mène « la même politique », ils reviendront à leur point de départ. « Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, nous sanctionnerions de la même façon », prévient Olivier Faure. Patrick Kanner, qui fait plutôt partie des plus ouverts et qui expliquait vendredi qu’il n’y aurait pas de censure « automatique », n’écarte pas aujourd’hui la menace :

 Si aucune de nos exigences n’est satisfaites, la censure serait à nouveau notre réponse. 

Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat.

« Il se prétend être un homme libre, y compris par rapport à Emmanuel Macron. On verra s’il fait bouger les lignes », ajoute encore le président du groupe PS du Sénat. Maintenant, comme dit Patrick Kanner, « les pièces du puzzle sont étalées sur la table ». Avant d’être tenté de la retourner à nouveau, les socialistes sont encore prêts à dessiner le paysage des prochains mois. Mais le message est clair : ils ne le pourront pas si François Bayrou ne fait pas un pas vers eux.

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture ICIEU
4min

Politique

L'IVG doit être un « droit » reconnu par l'Union européenne pour cette eurodéputée finlandaise

L’Union européenne apparaît comme un rempart des droits des femmes, mais si on y regarde à la loupe, elle connait aussi une forme de régression. Ainsi, le droit à l’avortement est en recul dans plusieurs pays tels que l’Italie, la Hongrie, et surtout la Pologne, où il est quasiment interdit, tout comme à Malte. Malgré une initiative populaire reprise par la Commission européenne pour donner un accès à l’IVG pour toutes les européennes, la bataille idéologique bat son plein. "Ici l'Europe" ouvre le débat, avec les eurodéputés Anna Cavazzini (Allemagne, les Verts), Sirpa Pietikäinen (Finlande, PPE) et Marc Angel (Luxembourg, S&D).

Le

Reçus à Matignon, les socialistes demandent à François Bayrou de « bouger » à son tour
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Second round legislative election-Dijon
11min

Politique

Sondages : pour les municipales, « un exercice vraiment plus difficile » pour les sondeurs

Les sondages sont-ils fiables pour les municipales ? C’est la question qui se pose après la publication de deux sondages Odoxa et Ifop sur Nantes, totalement contradictoires. « C’est probablement la méthodologie qui a été choisie qui explique les écarts importants », explique Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa. « Les enquêtes par téléphone ne sont pas les plus efficaces ou faciles, et beaucoup sont réalisées par téléphone » dans les villes moyennes, ajoute Jean-Daniel Levy, directeur délégué de Harris Interactive. Plongée dans la fabrique des sondages.

Le