Paris: Gabriel Attal s government statement of general policy
General policy expressed by Gabriel Attal, Prime Minister at the French National Assembly. Tuesday, January 30, 2024. National Assembly, Paris, France.//ACCORSINIJEANNE_POLICYG.0039/Credit:JEANNE ACCORSINI/SIPA/2401302152

Réforme AME : Gabriel Attal a-t-il vraiment « trahi » la promesse gouvernementale ?

Lors de son discours de politique générale, le Premier ministre a confirmé une réforme de l’aide médicale d’Etat « avant l’été », mais « par voie réglementaire » en s’appuyant sur le rapport « Evin-Stefanini ». La droite y voit « une trahison » de la parole donnée par Elisabeth Borne. La réforme de l’AME avait été mise dans la balance par la droite pour parvenir à un compromis sur la loi immigration en commission mixte paritaire.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Promesse tenue ! En tout cas pour le Premier ministre. Mardi, devant les députés, Gabriel Attal a annoncé une réforme de l’aide médicale d’Etat avant l’été, comme Élisabeth Borne s’y était engagée par écrit auprès de Gérard Larcher au mois de décembre en plein débat sur la loi immigration. Pour mémoire, lors de l’examen du texte, la droite sénatoriale avait supprimé l’aide médicale d’Etat qui prend en charge à 100 % de ses frais médicaux et hospitaliers dans la limite des tarifs de la Sécurité sociale pour les étrangers en situation irrégulière qui résident sur le territoire français depuis au moins trois mois sans discontinuité. Sous la plume des élus de la chambre haute, le dispositif avait été remplacé en AMU (aide médicale d’urgence) avec un panier de soins réduit « à la prise en charge de la prophylaxie, du traitement des maladies graves et des douleurs aiguës, des soins liés à la grossesse, des vaccinations réglementaires et des examens de médecine préventive ».

Élisabeth Borne avait assuré que les parlementaires seraient « pleinement associés à ces travaux »

Mais cette nouvelle disposition s’apparentait à un cavalier législatif et avait de grandes chances d’être censurée par le Conseil constitutionnel. Un point de blocage entre la majorité présidentielle et la droite dans les négociations en commission mixte paritaire. LR avait finalement accepté de retirer l’AMU du texte final à la condition d’un engagement écrit de la part de la Première ministre, Élisabeth Borne, de voir le sujet traité dans un nouveau texte en 2024.

La Première ministre avait alors écrit au président du Sénat, Gérard Larcher en assurant avoir « demandé aux ministres concernés de préparer les évolutions réglementaires ou législatives qui permettront d’engager une réforme de l’AME ». « Les évolutions nécessaires devront être engagées en début d’année 2024 », avait-elle fixé.

Mardi, lors de son discours de politique générale, Gabriel Attal a donc confirmé aux députés qu’il tiendrait l’engagement de sa prédécesseure. « Nous réformerons l’aide médicale d’Etat, avant l’été, par voie réglementaire avec une base qui est connue, le rapport Evin Stefanini ».

Mais pour le président des Républicains, Éric Ciotti, l’annonce du Premier ministre est « une forme de trahison de la parole donnée ». Il considère qu’il y avait « un engagement […] de porter un texte législatif pour l’AME ». Si Élisabeth Borne n’avait pas exclu la voie réglementaire elle avait néanmoins assuré que les parlementaires seraient « pleinement associés à ces travaux ».

Invité de TF1, le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau note qu’en passant par la voie réglementaire, le gouvernement « évite le Parlement ». « Ce pouvoir méprise le Parlement. Pas de loi et dans les alcôves du ministère, on fait un règlement sur l’aide médicale d’Etat ».

« Une finesse politique de la part du Premier ministre »

Car comme Élisabeth Borne l’avait indiqué dans son courrier, Gabriel Attal a confirmé que le rapport Evin Stefanini servirait de base à la réforme. A l’automne dernier, une mission visant à trouver des pistes d’adaptation de ce dispositif avait été confiée à Claude Evin, ancien ministre socialiste des Affaires sociales, et à Patrick Stefanini, ancien directeur de campagne de Valérie Pécresse et de François Fillon à la présidentielle. Leur rapport, remis en plein examen de la loi immigration, s’éloignait sensiblement de la vision de la majorité sénatoriale. Ce qui autorise Bruno Retailleau à déclarer ce matin que sur l’aide médicale d’Etat, « le gouvernement fera trop peu ». « Ce gouvernement sur l’immigration est à gauche, il n’est pas à droite ».

Alors que la droite considère l’AME comme « un appel d’air migratoire », le rapport relevait au contraire que l’AME est « un dispositif sanitaire utile, globalement maîtrisé et qu’il ne constitue pas en tant que tel un facteur d’incitation à l’immigration irrégulière ». Ce que n’avait d’ailleurs pas manqué de rappeler Élisabeth Borne dans son courrier à Gérard Larcher.

Quant à l’opportunité de transformer l’AME en AMU, le rapport Evin-Stefanini estime qu’il engendrerait une « complexification générale », en soulignant « la difficulté de donner une définition précise et facilement appropriable par les professionnels de santé […] de notions telles que les soins urgents, la douleur aiguë, le risque d’altération grave et durable de l’état de santé ».

En choisissant la voie réglementaire, le gouvernement s’évite donc un nouveau bras de fer avec la droite sur un sujet aussi marquée idéologiquement. « Une finesse politique de la part du Premier ministre. C’est le résultat pratique qui nous permettra de dire si l’AME a été ou non réformée avec pertinence », conclut, philosophe, le sénateur centriste, Philippe Bonnecarrère qui fut co-rapporteur de la loi immigration.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

ECOLE DE LANTA
6min

Politique

Protection des enfants : que contient le projet de loi pour réformer l’aide sociale à l’enfance en crise ?

Le gouvernement a présenté ce mercredi les grandes lignes de son projet de loi très attendu sur la protection de l’enfance. Axé sur la réforme de l’Aide sociale à l’enfance, institution en faillite, le texte se veut aussi une réponse aux récentes affaires d’agressions sexuelles dans le périscolaire. Le ministre de l'Éducation a ainsi annoncé la création d'une « liste noire » pour les personnels ayant des comportements problématiques sur des enfants.

Le

Réforme AME : Gabriel Attal a-t-il vraiment « trahi » la promesse gouvernementale ?
6min

Politique

« Un signal catastrophique » : au Sénat, les organisations patronales chargent le gouvernement après le gel des allègements de cotisations sociales

Entendues ce mardi par les sénateurs, les organisations patronales ont réaffirmé leur vive opposition à la décision du gouvernement de ne pas augmenter le budget consacré aux allègements de cotisations sociales, à l’occasion de la revalorisation du Smic en juin. La mesure devrait coûter deux milliards d’euros aux entreprises, qui craignent pour leur compétitivité.

Le

Chateauneuf sur Isere: Jean-Luc Melenchon at the 3rd day of the Amfis summer university LFI
9min

Politique

Bon sondage pour Jean-Luc Mélenchon : « Ça doit être un sérieux clignotant orange pour la gauche sociale et écologiste »

Selon notre sondage Odoxa/Mascaret pour Public Sénat et la presse régionale, Jean-Luc Mélenchon prend 4 points et se retrouve au coude à coude avec Edouard Philippe. Du pain béni pour LFI. Mais quand les candidatures se préciseront, « il y aura un rééquilibrage », se rassure le socialiste Patrick Kanner. Mais ce sondage doit « servir de rappel » face à l’« incurie de la gauche sociale-démocrate », alerte le sénateur Place Publique, Bernard Jomier.

Le

Hearing of France’s Justice Minister Gerald Darmanin at National Assembly
9min

Politique

Moratoire, quotas, OQTF…  Pourquoi le plan de Gérald Darmanin pour « tarir l'immigration » se heurte à la Constitution et au droit européen

Dans une interview fleuve au Journal du Dimanche, le ministre de la Justice explique vouloir refonder la politique migratoire. Il reprend pour partie des mesures déjà défendues par la majorité sénatoriale de droite et du centre, mais dont la faisabilité et la constitutionnalité questionnent. De son côté, la gauche lui reproche d’entretenir à dessein « l’idée d’une submersion ».

Le