Réforme constitutionnelle (2/2) : tu veux ou tu veux pas ?
Alors que la réforme constitutionnelle est à l’arrêt à cause de l’affaire Benalla, les travaux reprennent après l’été sous un meilleur jour. Malgré de nouveaux soubresauts, l’accord semble proche. Et pourtant, tout finit mal…

Réforme constitutionnelle (2/2) : tu veux ou tu veux pas ?

Alors que la réforme constitutionnelle est à l’arrêt à cause de l’affaire Benalla, les travaux reprennent après l’été sous un meilleur jour. Malgré de nouveaux soubresauts, l’accord semble proche. Et pourtant, tout finit mal…
Public Sénat

Temps de lecture :

8 min

Publié le

A la rentrée 2018, la réforme constitutionnelle repointe le bout de son nez, après des débuts pourtant laborieux (lire l’épisode précédent). Gérard Larcher se dit prêt à jouer le jeu. « Il est mieux qu’on se remette autour d’une table et qu’on cause » lâche le deuxième personnage de l’État. Emmanuel Macron relance bel et bien la réforme en semblant éviter les sujets qui fâchent (voir vidéo ci-dessous).

« On peut voyager un peu ensemble » avec Gérard Larcher, assure Richard Ferrand, désormais président de l’Assemblée nationale. « Ce sera une relation plus équilibrée. Gérard Larcher est trop malin. C’est bien d’avoir quelqu’un également malin en face… » selon un député LREM. Les deux camps se méfient toujours l’un de l’autre.

Dose de proportionnelle : Macron veut une majorité parlementaire « plus représentative de la réalité de l’opinion »
04:22

Marc Fesneau, qui a remplacé Christophe Castaner aux Relations avec le Parlement, évoque un retour de la réforme en janvier 2019. Les sénateurs entendent limiter la baisse du nombre de parlementaires. Plutôt 270, au minimum, que 240, pour assurer une bonne représentation des territoires ruraux.

« S’ils veulent avoir la guerre, ils vont avoir la guerre… »

Mais, partout en France, la grogne monte autour du prix de l’essence. C’est la naissance des gilets jaunes, fin 2018. Deuxième crise d’envergure en moins d’un an. Le sort s’acharne sur la réforme constitutionnelle, de nouveau repoussée… Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, annonce un report à mars 2019. « Le grand débat ne doit pas être une simple caution », met en garde, suite à ce report, Philippe Bas, président LR de la commission des lois du Sénat. « Le Sénat va tout faire pour bloquer la réforme constitutionnelle » croit en réalité un membre du parti présidentiel. L’ambiance commence à nouveau à se tendre.

Janvier 2019, les relations entre exécutif et sénateurs reprennent une tournure franchement mauvaise. Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron, qui a lancé le grand débat pour s’extirper de la crise des gilets jaunes, évoque la transformation du Sénat et du Conseil économique, social et environnemental. Autrement dit, on n’est pas loin d’évoquer sa suppression ! L’exécutif donne l’impression de surfer ainsi sur l’antiparlementarisme, qui vise en particulier la Haute assemblée. Au Sénat, tout le monde s’excite. L’heure est à la défense du bicamérisme. « S’ils veulent avoir la guerre, ils vont avoir la guerre… » lâche un élu de droite. Un accord semble bien loin. Et politiquement, pourquoi les sénateurs feraient-ils ce cadeau à Emmanuel Macron, d’une réforme adoptée, synonyme de victoire politique ?

On trinque ? Pas encore…

Dans la foulée du grand débat, l’idée d’un référendum d’initiative citoyenne locale est évoquée, selon un projet d’allocution. Puis, lors d’une conférence de presse, Emmanuel Macron met à nouveau la proportionnelle sur la table. Le RIC a disparu. Le chef de l’État lui préfère un référendum d’initiative partagée rendu plus accessible. La réforme fera donc son retour « à l’été ».

C’est reparti pour les discussions. Et cette fois – surprise – les choses semblent mieux engagées. On parle même de « deal » à la Haute assemblée. « On a les clefs de la réforme. Ils ont peur qu’on les attire dans la nasse. Mais notre intention est chimiquement pure » assure un sénateur aux premières loges… Exit les mesures qui diminuaient les droits du Parlement. La baisse du nombre de parlementaire est toujours là, mais allégée, la différenciation locale est conservée. Bref, la réforme semble Sénat-compatible.

Au Palais du Luxembourg, on apprécie que le gouvernement ait « mis de l’eau dans son vin ». Allez, on trinque ? Pas encore. L’exécutif a décidé de ressortir à nouveau l’idée de renouveler tout le Sénat en 2021. Pas l’idéal pour conclure. Même cause, mêmes effets, les sénateurs disent « non ». On tourne en rond.

« L’accord est proche » mais l’échec est inévitable

Le 12 juin, à la tribune de l’Assemblée nationale, pour son discours de politique générale, Edouard Philippe fait pourtant mine de rester confiant : « L’accord est proche ». Sur le papier, c’est vrai. On n’a jamais été aussi proche d’un accord. Presque tous les sujets sensibles ont été expurgés. Mais le premier ministre met en garde. Il ne mobilisera « pas du temps parlementaire pour constater in fine le désaccord avec le Sénat » (voir la vidéo ci-dessous). La confiance n’est toujours pas là.

Voyant la balle renvoyée dans son camp, Gérard Larcher réagit vite par communiqué, qui ressemble plus à un faire-part de décès de la réforme. Il dénonce, de manière qui semble un peu précipitée, le « renoncement » de l’exécutif. Et parle au passé : « Un accord était possible lors de la discussion parlementaire » grâce aux « importantes avancées ». Mais il prévient : « Le Sénat ne saurait porter la responsabilité de ce report ». Officiellement, les négociations ont bloqué sur une différence de 20 sénateurs sur le niveau de baisse nécessaire.

Réforme de la Constitution : l’accord est « proche » mais Edouard Philippe renvoie la balle au Sénat
02:41

« Gérard Larcher a toujours une ligne rouge. Sur le cumul, on a dit oui. Moins de proportionnelle, on a dit oui. Un sénateur par département, on a dit oui. Il y a toujours une ligne rouge » lui reproche alors François Patriat, à la tête des sénateurs LREM. Mais en réalité, ce nouveau report – ou plutôt cet échec – arrange tout le monde. Car si les sénateurs n’ont jamais été très friands de la réduction du nombre de parlementaires, les députés LREM non plus. Difficile de se faire hara kiri. La baisse, c’est bien pour le voisin. Quand il faut la faire dans son département, c’est toujours plus compliqué.

Réforme dans les limbes

La réforme connaît un soubresaut à la rentrée 2019, quand l’exécutif décide de présenter malgré tout le texte en Conseil des ministres, fin août. Un pur affichage qui permet de sous-entendre que le blocage vient du Sénat. Car le gouvernement conditionne l’inscription du texte au Parlement à « un accord global préalable » avec la Chambre haute. « Pas question d’avoir un débat parlementaire tronqué » rétorque Gérard Larcher lors de sa conférence de presse de rentrée (voir la vidéo ci-dessous). Tout le monde se dit toujours prêt à discuter. Mais chacun continue de se renvoyer la balle, qui commence à s’user.

Institutions : « Pas question d’avoir un débat parlementaire tronqué » prévient Gérard Larcher
02:03

Depuis, la réforme est dans les limbes. Le gouvernement a eu d’autres dossiers prioritaires, comme les retraites. Tout ça pour ça. « Nous allons prier pour la révision constitutionnelle » ironise en janvier dernier Gérard Larcher, qui ne pleurera pas la réforme… Fin de l’histoire ? Peut-être pas tout à fait. « Le Président n’a pas enterré la réforme constitutionnelle. Je vous le dis franchement » confiait fin février une ministre, selon qui « la proportionnelle est toujours là. Sur le redécoupage, il y a un bureau au ministère de l’Intérieur qui a déjà travaillé ».

Retour d’une réforme a minima après la crise du Covid

A la faveur des mesures post-Covid, la réforme repointe en effet le bout de son nez. Mais dans une version vraiment a minima, avec l’intégration de la lutte contre le réchauffement climatique à l’article 1 de la Constitution, annonce Emmanuel Macron. Mesure déjà adoptée par amendement, à l’Assemblée, lors de l’examen du premier texte. Mais au Sénat, on doute de l’utilité d’une révision que certains jugent « cosmétique ». Les débats vont se poursuivre dans les mois à venir, qui diront si cette troisième version de la révision va à son terme. Mais la grande réforme institutionnelle dont rêvait le chef de l’État ne verra, elle, peut-être jamais le jour.

 

A lire aussi : Réforme constitutionnelle (1/2) : récit d’un poker menteur qui a opposé Macron à Larcher

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Réforme constitutionnelle (2/2) : tu veux ou tu veux pas ?
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le