Réforme de l’ISF : Griveaux n’écarte pas la possibilité «qu’on modifie le système»
« Il faudra évaluer et voir si l’argent, qui a été supprimé dans cette part de l’ISF(…) revient bien dans l’économie réelle » a affirmé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, reprenant une demande de certains parlementaires LREM. Mais la mission de suivi de la politique fiscale, promise par Bruno Le Maire, n’existe pas encore.

Réforme de l’ISF : Griveaux n’écarte pas la possibilité «qu’on modifie le système»

« Il faudra évaluer et voir si l’argent, qui a été supprimé dans cette part de l’ISF(…) revient bien dans l’économie réelle » a affirmé le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, reprenant une demande de certains parlementaires LREM. Mais la mission de suivi de la politique fiscale, promise par Bruno Le Maire, n’existe pas encore.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Parmi les multiples revendications hétéroclites des gilets jaunes, le retour de l’ISF revient régulièrement. L’impôt de solidarité sur la fortune a été supprimé il y a un an et remplacé par l’impôt sur la fortune immobilière, qui ne vise plus que les actifs immobiliers.

Dans la majorité LREM, les doutes commencent à s’exprimer sur cette réforme, que certains voient comme le péché originel d’Emmanuel Macron. « La suppression de l’ISF est un vrai cadeau aux très riches » va même jusqu’à dire le sénateur LREM Michel Amiel, interrogé le 30 novembre par publicsenat.fr. Ils sont plusieurs à demander au moins un bilan de la réforme, et pourquoi pas une nouvelle forme d’imposition pour les plus hauts revenus.

« C’est le rôle du Parlement de contrôler, de s’assurer que cet argent est bien revenu pour créer des emplois »

Signe que l’exécutif est conscient de la sensibilité du sujet, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a ouvert la porte à un ajustement de la réforme de l’ISF, ce lundi matin sur France Inter. « L’ISF, ce n’est pas un cadeau pour les riches, c’est permettre aux entreprises d’avoir de l’argent réinvesti dans les territoires » a commencé par rappeler Benjamin Griveaux, avant d’ajouter :

 « Moi je le dis : il faudra évaluer. Il faudra voir si l’argent, qui a été supprimé dans cette part de l’ISF sur les valeurs mobilières, revient bien dans l’économie réelle et ça, c’est le rôle du Parlement de contrôler, de s’assurer que cet argent est bien revenu pour créer des emplois dans nos territoires. Et de faire en sorte, que si ce n’est pas le cas, qu’on modifie ce système, qu’on puisse permettre à chacun d’avoir de l’argent réinvesti dans nos territoires pour l’emploi ».

Bruno Le Maire avait promis « une mission de suivi » de la politique fiscale du gouvernement

L’idée d’une évaluation est en réalité dans les cartons depuis un an. En novembre 2017, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, avait annoncé devant le Senat « une évaluation de notre politique fiscale » d’ici deux ans. « Nous mettrons en place, comme je l’avais promis, une mission de suivi » avait-il assuré, « composée de parlementaires, de membres de la Cour des comptes, de représentants des administrations compétentes » (voir la vidéo). Il ne limitait donc pas cette action de contrôle au seul Parlement.

Bruno Le Maire, le 23 novembre 2017, promet « une évaluation de notre politique fiscale » d’ici deux ans
01:21

Or pour l’heure, cette mission de suivi n’existe pas. Interrogé vendredi 30 novembre par publicsenat.fr, l’entourage de Bruno Le Maire assure que « cette promesse sera tenue. On est en train de travailler à la constitution d’un comité pour évaluer cette politique économique ». Ce bilan « ne concerne pas que l’ISF. C’est global, en intégrant le PFU (prélèvement forfaitaire unique) » précise-t-on. « Une première évaluation pourrait arriver en septembre ou fin 2019 » ajoute Bercy. Il y a un an, Bruno Le Maire avait évoqué « avant le 1er avril 2020 un premier rapport ». Le mouvement des gilets jaunes n’attendra pas jusque-là.

Alors que l’ISF rapportait environ 5 milliards d’euros en 2016 et touchait 351.000 foyers, l’IFI devrait rapporter 1,53 milliard d'euros en 2019 et concerner environ 150.000 personnes. Le coût est donc de 3,5 milliards d’euros pour les caisses de l’Etat. Selon les estimations faites l’an dernier par la commission des finances du Sénat, la transformation de l’ISF et la « flat tax » ont permis un gain total de 1,5 million d’euros pour chacun des 100 premiers contribuables les plus fortunés.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le