Réforme de la justice : le Sénat adopte l’amende forfaitaire pour les consommateurs de cannabis
Lors de l’examen du projet de loi de la réforme de la justice, les sénateurs ont voté ce jeudi l'instauration d'une amende forfaitaire de 300 euros pour usage de stupéfiants, en l'élargissant à d'autres délits.

Réforme de la justice : le Sénat adopte l’amende forfaitaire pour les consommateurs de cannabis

Lors de l’examen du projet de loi de la réforme de la justice, les sénateurs ont voté ce jeudi l'instauration d'une amende forfaitaire de 300 euros pour usage de stupéfiants, en l'élargissant à d'autres délits.
Public Sénat

Par Julien Chabrout

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

L’annonce avait été faite par la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, en avril dernier, devant les députés. Fumer un joint sera désormais passible d’une amende immédiate tout en restant un délit. La commission des lois du Sénat a voté ce jeudi pour l’instauration d’une amende forfaitaire de 300 euros pour usage de stupéfiants, en particulier de cannabis, à l’occasion de l’adoption de l’article 37 du projet de loi de réforme de la justice. Le montant de l’amende forfaitaire minorée est de 250 euros et le montant de l’amende forfaire majorée est de 600 euros. Cette amende forfaitaire concerne aussi la vente d’alcools aux mineurs de moins de 16 ans.

« La forfaitisation que nous proposons est un outil supplémentaire dans une gamme de réponses, ce n’est pas l’outil qui remplacera l’ensemble des autres mesures de politique pénale, a déclaré Nicole Belloubet. C’est un outil efficace, un outil qui n’empêche en aucun cas de conduire une politique de santé publique et un outil qui préserve une réponse individualisée dans un certain nombre de cas. »

Pour la garde des Sceaux, cette mesure s’inscrit dans une logique « d’efficacité, de fermeté, de dissuasion et de santé publique » alors qu’aujourd’hui « les consommateurs font l’objet d’un simple rappel à la loi », a-t-elle rappelé.

La commission des Lois du Sénat et le gouvernement ont été sur la même longueur d’onde. « La commission considère que ce dispositif n’est qu’un moyen de réponse parmi d’autres. Il a une autre vertu : taper là où ça fait mal, on prend de l’argent », a estimé le co-rapporteur ( LR) de la commission des Lois, François-Noël Buffet. « La position de la commission depuis le début de ce texte est de dire qu’il faut trouver la peine adaptée et efficace », a-t-il ajouté.

Favorable à la dépénalisation du cannabis et une légalisation contrôlée, son cheval de bataille depuis des années, la sénatrice écologiste Esther Benbassa a défendu un amendement visant à supprimer l’amende forfaitaire délictuelle à l’encontre des consommateurs de stupéfiants. En vain. « Le principe d’individualisation de la peine est bafoué. Cette mesure octroie un pouvoir arbitraire aux forces de l’ordre chargées d’appliquer la contravention. Ils pourront de ce fait sanctionner sans limite et au plus grand mépris des droits des personnes suspectés », a-t-elle regretté. Pour Esther Benbassa, cette « mesure est dénuée de toute réflexion sur les questions relatives à la santé publique » et aura pour « effet d’aggraver par une sanction pécuniaire une situation souvent déjà précaire ». La sénatrice de Paris a aussi pointé du doigt « l’inefficacité » de la forfaitisation, « compte tenu de l’impossibilité juridique d’appliquer une amende forfaitaire délictuelle pour les mineurs qui sont devenus des consommateurs réguliers et dont le nombre augmente sans cesse ». « Elle sera donc dénuée de tout effet de dissuasion de la consommation chez les plus jeunes », a-t-elle dénoncé.

 

Justice: Esther Benbassa opposée à l'amende forfaitaire pour la consommation de stupéfiants
02:13

 

La commission des lois a par ailleurs voté le recours à la procédure d’amende forfaitaire délictuelle pour tous les délits punis d’une peine d’amende, contre l’avis du gouvernement. « Cette proposition est un peu excessive car la catégorie des délits punis d’une peine d’amende recouvre des infractions très diverses pour lesquelles la procédure de forfaitisation n’est pas toujours souhaitable et n’est pas très simple à appliquer », a dit Nicole Belloubet, alors que la commission des lois l’a notamment étendue à la forfaitisation des faits d’outrages à une personne chargée d’une mission de service public ou pour des délits de dégradations légères. « Une telle extension va trop loin. La forfaitisation est adaptée aux délits dont la contestation est simple à opérer en pratique. Pour les autres infractions c’est plus compliqué car il faut recueillir des preuves et procéder à des contestations », a-t-elle déclaré. Pour la garde des Sceaux, « il serait plus judicieux d’attendre un retour d’expérience sur la forfaitisation de certains délits avant d’envisager une généralisation aussi importante ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le