Réforme des études de santé : deux sénateurs demandent 20 % de places supplémentaires en deuxième année dans toutes les universités
Le 8 juillet, le Conseil d’Etat a enjoint 15 universités à étoffer leurs capacités d’accueil pour permettre à un plus grand nombre d’étudiants en première année de médecine de continuer leurs études. Les sénateurs Laurent Lafon et Sonia de La Provôté demandent que cette mesure soit élargie à l’ensemble des universités françaises.

Réforme des études de santé : deux sénateurs demandent 20 % de places supplémentaires en deuxième année dans toutes les universités

Le 8 juillet, le Conseil d’Etat a enjoint 15 universités à étoffer leurs capacités d’accueil pour permettre à un plus grand nombre d’étudiants en première année de médecine de continuer leurs études. Les sénateurs Laurent Lafon et Sonia de La Provôté demandent que cette mesure soit élargie à l’ensemble des universités françaises.
Public Sénat

Par Jules Fresard

Temps de lecture :

5 min

Publié le

L.AS, PASS et PACES. Cette année, derrière cette cohorte de sigles, trois parcours différents se faisaient face pour les étudiants en première année de médecine. D’un côté, les nouvelles filières L.AS et PASS, instaurées par le gouvernement à la rentrée 2020, obligeant les aspirants médecins à prendre, en plus du parcours traditionnel, une mineure censée leur offrir une solution de secours en cas d’échec. De l’autre, le dernier reliquat d’étudiants en PACES, ultimes redoublants de l’année universitaire 2019-2020.

Et dire que la cohabitation entre les étudiants des deux nouvelles filières et les derniers étudiants de PACES s’avère compliquer relève de l’euphémisme. Notamment en ce qui concerne leur passage en deuxième année. Dans une décision du 8 juillet, le Conseil d’Etat a enjoint les 15 universités sur lesquelles il était saisi, à augmenter de 20 % leur capacité d’accueil en deuxième année de médecine, et les réserver aux étudiants issus des filières L.AS et PASS. Les juges estimant que le quota de places en deuxième année réservé aux étudiants issus de la filière PACES (48 %), était bien trop supérieur à ce qu’ils représentaient parmi l’ensemble des étudiants en première année (30 %).

En réaction à cette décision, les sénateurs Laurent Lafon et Sonia de La Provôté, respectivement président et secrétaire de la commission de la Culture et de l’éducation du Sénat, appellent dans un communiqué à étendre cette injonction à un plus grand nombre d’établissements. Ils expliquent avoir « demandé en urgence au Premier ministre une généralisation de cette mesure, afin d’étendre l’obligation d’augmentation du nombre de places de deuxième année à l’ensemble des universités ».

La nécessité d’un pilotage ministériel

Joint par publicsenat.fr, Laurent Lafon détaille les raisons derrière cette démarche. « La réforme était nécessaire, les grands axes sont pour nous les bons. En revanche, il y a eu un vrai problème de pilotage de la réforme, avec le maintien de la PACES et des nouvelles filières. Ce qui fait qu’on arrive à cette situation qui est aujourd’hui assez inquiétante, avec des étudiants clairement pénalisés. Il faut que cette réforme soit pilotée au niveau ministériel » explique-t-il.

Pourquoi un tel pilotage au sommet de l’Etat ? Car la nouvelle réforme prévoit que pour les filières L.AS et PASS, ce sont désormais les universités elles-mêmes qui, en accord avec les ARS, viennent fixer un « numerus apertus », à comprendre un nombre d’étudiants admis en deuxième année en dessous duquel elles ne peuvent pas descendre. Marquant la fin du tant redouté « numerus clausus », lui fixé par l’Etat, qui mettait en place un nombre maximum d’étudiants admis en deuxième année.

Or, certains établissements sont accusés de ne pas avoir joué le jeu cette année, en favorisant les derniers étudiants redoublants de PACES. « Manifestement, il y a des réticences au sein des universités, qui se sont traduites dans les pourcentages d’admission par filière. Chacun n’a pas joué correctement le jeu de cette réforme, c’est pour ça qu’il faut un pilotage ministériel, afin d’éviter les situations absurdes que nous connaissons », abonde Laurent Lafon.

Une année transitoire non sans remous, qui inquiète Sonia de La Provôté, rapporteure au Sénat d’une mission d’information sur cette réforme. « Cette mise en œuvre chaotique compromet la mise en œuvre tout court de la réforme » s’inquiète-t-elle. La sénatrice du Calvados pointe d’ailleurs un certain nombre de dysfonctionnements observés parmi les nouvelles filières L.AS et PASS, qui viendraient remettre en cause leur objectif initial.

« Avec ces deux nouvelles voies, l’objectif était de donner aux étudiants une bouée de secours en cas d’échec lors du passage en deuxième année. En plus de leur formation en santé, ils devaient choisir une mineure, droit, langue… et pouvoir y continuer en licence s’ils échouaient en médecine. Or, quand on voit que certains étudiants, ayant validé leur parcours en santé mais pas leur mineure à cause d’une ‘note éliminatoire’, se voient refuser leur accès en deuxième année de médecine, cela va à l’encontre de l’objectif d’avoir des promotions plus importantes » continue-t-elle.

Un besoin d’un plus grand nombre de professionnels de santé, qui se fait déjà ressentir actuellement. La France connaît cet été une pénurie de médecins remplaçants, accaparés par les centres de vaccination. Ce qui pousse certains généralistes à ne pas prendre de vacances, ou à ne pas se faire remplacer. Laissant présager les prochaines années, si les promotions d’étudiants en santé admis à continuer leurs études ne sont pas réellement étoffées dès la rentrée.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le