Credit : DURAND FLORENCE / SIPA

Réforme des retraites : ce que prévoient les deux premiers décrets d’application

Les mesures emblématiques de la réforme ont fait l’objet ce dimanche de deux décrets d’application, publiés au Journal Officiel, deux jours avant une journée d’action des syndicats. Parmi elles : le recul progressif de l’âge légal d’ouverture des droits.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Promulguée le 14 avril, dans la foulée de la validation de l’essentiel de ses dispositions par le Conseil constitutionnel, la réforme des retraites a franchi ce week-end une nouvelle étape dans sa mise en œuvre. Les deux premiers décrets d’application sont parus ce 4 juin au Journal officiel.

Les deux textes pris par le gouvernement, après avis du Conseil d’Etat, développent les modalités d’application des articles 10, 11 et 17. Il s’agit notamment du recul progressif de l’âge légal d’ouverture des droits à la retraite de 62 à 64 ans, mais aussi de l’accélération du calendrier qui réhausse la durée de cotisation requise pour pouvoir bénéficier d’une pension à taux plein (la réforme Touraine), les deux mesures emblématiques de la loi. Les décrets concernent également le nouveau cadre des départs anticipés, aussi bien au titre des carrières longues et que du handicap.

Pas de surprise dans ces textes réglementaires, qui déclinent les calendriers fixés dans la loi adoptée au Parlement. Au 1er septembre, date de la mise en œuvre voulue par l’exécutif, les Français nés entre le 1er septembre et 31 décembre 1961 partiront à la retraite trois mois plus tard. L’âge est reculé de trois mois à chaque génération. L’âge légal de départ à 64 ans concernera les générations à partir de celle née en 1968. Quant au nombre de trimestres requis, celui-ci sera de 172 (soit 43 ans) dès la génération 1965.

L’un des décrets détaille les conditions pour un départ anticipé au titre d’une carrière longue, un autre point sensible du texte. Conformément à la réforme, quatre bornes d’âge (16, 18, 20 et 21 ans) constitueront la porte d’entrée dans le dispositif, permettant un départ plus rapide (respectivement 58, 60, 62 et 63 ans). Mais à condition d’avoir déjà un certain nombre de trimestres avant ces bornes en question. Pour rappel, la réforme a introduit deux nouveaux paliers, ceux de 16 et 21 ans. Le texte promulgué au Journal officiel aborde enfin les modalités de départ des catégories actives de la fonction publique, c’est-à-dire les métiers comme celui de policier ou de pompier.

On retrouve dans les textes publiés une autre modification de la réforme : quatre trimestres seront accordés en cas d’arrêt de travail pour élever un enfant (assurance vieillesse des parents au foyer) ou pour les aidants, les personnes qui épaulent au quotidien des personnes en situation de dépendance.

« Pourquoi les sortir à la veille de la manifestation ? » s’interroge l’ancienne cheffe de file du groupe PS au Sénat

A noter, enfin, que le décret permet aux assurés, qui ont déjà entrepris les démarches pour partir en retraite au 1er septembre, d’annuler leur demande jusqu’au 31 octobre 2023 auprès des organismes de la Sécurité sociale. Cette mesure de transition, prévue pour les personnes qui ne répondraient pas aux nouvelles conditions de départ, figurait aussi dans la loi.

Ce duo de décrets n’arrive pas à n’importe quel moment. Leur publication intervient deux jours avant une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme, le mardi 6 juin. Toujours cette semaine, le 8 juin, la proposition de loi du groupe LIOT (Libertés Indépendants et Outre mer) abrogeant le recul de l’âge de départ à 64 ans sera débattue en séance à l’Assemblée nationale. Parmi les opposants à la réforme des retraites, beaucoup goûtent peu au timing de publication des mesures d’entrée en application. « Pourquoi les sortir à la veille de la manifestation ? Ça continue. Le gouvernement fait des bras d’honneur aux salariés et aux organisations syndicales », tance la sénatrice PS Monique Lubin.

D’ici au 1er septembre, d’autres décrets d’application suivront, puisque 31 au total sont attendus. Le gouvernement précise qu’ils seront publiés « dans les prochaines semaines » et que les conseils d’administration des caisses de Sécurité sociale seront « saisis pour avis préalablement ». Renaud Villard, le directeur général de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) se tient prêt. Le 31 mai, il déclarait que des retraites seraient calculées en fonction des nouvelles règles « dès le mois de juillet ».

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

ill_institution_assemblee_nationale_15
10min

Politique

Les pétitions, un nouvel outil de pression citoyenne sur le débat public ?

Du succès de la mobilisation contre la loi Duplomb au classement sans suite de la pétition sur la présomption de légitime défense des forces de l’ordre, les pétitions en ligne s’imposent comme un nouveau mode d’interpellation des élus. Sans portée juridique contraignante, elles peinent toutefois à infléchir le travail parlementaire. Leur succès révèle surtout l’aspiration croissante des citoyens à peser sur les décisions publiques entre deux élections, alors que les institutions peinent encore à leur ouvrir une véritable place.

Le

Recolte betterave 2020
7min

Politique

Projet de loi d'urgence agricole : une censure du Conseil constitutionnel est-elle envisageable ?

Mercredi, le Parlement a définitivement adopté le projet de loi d'urgence agricole qui prévoit l'utilisation à titre dérogatoire, pour certaines cultures, de deux néonicotinoïdes interdits en France. Un texte qui va faire l'objet d'une saisine du Conseil constitutionnel par différents groupes politiques. L'année dernière, les Sages avaient censuré une disposition similaire issue d'un texte d'origine sénatoriale, mais les parlementaires ont, depuis, revu leur copie.

Le

Paris : Weekly cabinet meeting at Elysee Palace
5min

Politique

Quels ministères ont connu le plus de ministres pendant les mandats d’Emmanuel Macron ?

Les deux quinquennats d’Emmanuel Macron ont été marqués par un nombre important de gouvernements. Sur ces neuf ans, c’est le ministère de la Santé qui a connu le plus de ministres, talonné par les ministères en charge des Collectivités territoriales ou de l’Environnement. Les Armées, l’Economie et les Affaires étrangères sont ceux avec le plus de stabilité. Le reflet de choix politiques ou le fruit d’une instabilité politique ?

Le