Réforme des retraites: concertation, acte II
Les partenaires sociaux sont attendus jeudi et vendredi à Matignon pour un nouveau round de concertation sur la réforme des retraites, sur fond...

Réforme des retraites: concertation, acte II

Les partenaires sociaux sont attendus jeudi et vendredi à Matignon pour un nouveau round de concertation sur la réforme des retraites, sur fond...
Public Sénat

Par Gabriel BOUROVITCH

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Les partenaires sociaux sont attendus jeudi et vendredi à Matignon pour un nouveau round de concertation sur la réforme des retraites, sur fond de cacophonie gouvernementale et de remaniement imminent.

On prend les mêmes et on recommence: après 18 mois de discussions sur le futur "système universel" de retraite avec le haut commissaire Jean-Paul Delevoye, syndicats et patronat reprennent le chemin de la négociation, cette fois-ci avec Edouard Philippe.

Force ouvrière ouvrira le bal jeudi matin, suivi de la CFTC, puis l'après-midi de la CFDT, du Medef et de la FNSEA. Les entretiens reprendront vendredi avec, dans l'ordre, l'U2P, l'Unsa, la CGT, la CFE-CGC puis la CPME.

M. Delevoye était mardi sur le point de faire son entrée au gouvernement, deux ans après sa nomination au poste de haut-commissaire à la réforme des retraites. Il y conservera ce titre.

L'intéressé a lui-même confirmé cette entrée en saluant auprès du quotidien La Voix du Nord "la confiance que (lui) montre le président par (sa) nomination". Elle lui permettra de siéger au Conseil des ministres et de défendre, dans quelques mois, la réforme devant le Parlement.

Agnès Buzyn sera également présente à Matignon, la ministre des Solidarités et de la Santé restant attachée à ses prérogatives: "C'est moi qui porte les retraites", rappelait-elle la semaine dernière. Lundi, en marge d'un déplacement sur le thème des urgences, elle affirmait encore: "Je sais faire plusieurs choses à la fois".

Agnès Buzyn, Edouard Philippe et Jean-Paul Delevoye le 18 juillet 2019
Agnès Buzyn, Edouard Philippe et Jean-Paul Delevoye le 18 juillet 2019
AFP/Archives

C'est pourtant bien M. Delevoye qui devrait conduire la "concertation citoyenne" voulue par Emmanuel Macron, et dont les détails seront présentés aux partenaires sociaux.

"Je tiens à un grand débat", a prévenu Emmanuel Macron, souhaitant que ce chantier "incarne le changement de méthode" initié après la crise des "gilets jaunes".

Pour l'instant, c'est la durée de cet exercice qui semble faire débat au sommet du pouvoir. Vendredi, Gérald Darmanin a évoqué "un petit peu moins d'un an", avant que M. Philippe corrige son ministre des Comptes publics: le projet de loi "sera présenté au Parlement, comme je m'y suis engagé, dans les mois qui viennent".

Un cafouillage qui rappelle celui sur l'âge de départ en retraite, qui avait agité l'exécutif au printemps. Le sujet n'est d'ailleurs toujours pas clos, puisque le chef de l'Etat a remis en cause la principale proposition du rapport de M. Delevoye.

Au lieu du fameux "âge du taux plein" à 64 ans, M. Macron a lui-même indiqué qu'il "préfér(ait) un accord sur la durée de cotisation". Une volte-face en forme d'"ouverture à la CFDT", a expliqué M. Darmanin, tandis que la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a assuré que "l'idée de l'âge pivot" n'était "pas enterrée".

- Sur le qui-vive -

Face à tant de contradictions, Laurent Berger demeure sur ses gardes. "Ce n'est pas un geste à notre égard, c'est une parole, ça reste une parole", a-t-il répliqué lundi.

Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, avait souhaité que la prime de fin d'année accordée par les entreprises soit
Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, avait souhaité que la prime de fin d'année accordée par les entreprises soit "obligatoire", et non sur une base volontaire, le 10 décembre 2018 à Paris
AFP

Le leader de la centrale réformiste, seule organisation favorable à un "système universel", est surtout "inquiet" de la volonté du président de la République que ce régime "soit équilibré financièrement" quand il entrera en vigueur en 2025.

"La CFDT est claire, il n'y a pas besoin d'élément de réforme financier", a mis en garde M. Berger, rappelant que la durée de cotisation doit déjà augmenter jusqu'à 43 ans d'ici 2035.

"Il faut s'en tenir à cela, il n'y a pas besoin d'aller au-delà", a-t-il insisté avant d'énumérer ses "conditions" pour un éventuel compromis: pension minimum à "100% du Smic", retraite progressive, prise en compte de la pénibilité, des carrières longues ou encore des "discriminations dont sont victimes les femmes".

Réforme de la retraite : principaux changements proposés
Les principaux changements proposés dans le rapport Delevoye pour le futur "système universel" de retraites promis par Emmanuel Macron
AFP/Archives

Les autres syndicats ne seront pas aussi conciliants. Opposé au "principe d'un système unique par points", Yves Veyrier estime qu"on peut améliorer les dispositions dans le cadre des régimes existants". Le numéro un de Force ouvrière ne voit "aucune raison de défaire" le cadre actuel "qui garantit une retraite convenable". Après avoir séché le dernier entretien avec M. Delevoye en mai, il ira bien à Matignon, tout en préparant une journée de mobilisation samedi 21 septembre.

Son homologue de la CGT, Philippe Martinez, tient le même discours: "Il y a besoin d'améliorer ce système, mais pas de tout changer", affirme-t-il, jugeant que "le système par points est injuste".

"On va aller le redire au Premier ministre", mais "si c'est pour botter en touche ou noyer le poisson... On a des doutes", a-t-il ajouté, déjà tourné vers sa propre manifestation programmée le mardi 24.

Partager cet article

Dans la même thématique

Lebanon Israel Iran
4min

Politique

Frappes israéliennes à Beyrouth : « Les Libanais ont compris que ce n’était que le début »

L’armée israélienne a annoncé, vendredi matin, qu’elle allait mener de nouvelles frappes contre le Hezbollah sur la banlieue sud de Beyrouth. L’escalade militaire entre Israël et l’Iran s’étend désormais pleinement au Liban. Tatiana Krotoff, journaliste au service international du quotidien francophone libanais, l’Orient du Jour, fait état du choc de la population après l’ordre d’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth par l’armée israélienne.

Le

Réforme des retraites: concertation, acte II
3min

Politique

Municipales à Paris : « Ma liste du premier tour sera ma liste du second tour » déclare Emmanuel Grégoire

Invité de la matinale de Public Sénat, le candidat socialiste à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a réagi aux tensions entre les partis de gauche à l’approche des municipales. Donné en tête des intentions de vote au premier tour par un sondage Ipsos-BVA, il affirme vouloir aborder le scrutin avec une alliance déjà constituée, tout en excluant toute entente avec La France insoumise pour le second tour dans la capitale.

Le

Réforme des retraites: concertation, acte II
5min

Politique

Saint-Etienne : le stade Geoffroy-Guichard et l’AS Saint-Etienne s’invitent dans le débat des municipales

Lors du débat organisé par Public Sénat et TL7, la proposition de vendre le stade Geoffroy Guichard, propriété de la mairie, à l’ASSE a été mise sur la table par le candidat Horizons, Eric Le Jaouen. Les huit candidats sont aussi revenus sur l’affaire Perdriau, qui a vu l’ancien maire condamné à cinq ans de prison dans une affaire de chantage à la sextape.

Le