Réforme des retraites : Larcher met en garde contre « les tentations du grand soir »
Le Sénat organise, ce jeudi, un colloque sur cette thématique, en présence de la ministre de la Santé Agnès Buzyn. S’il se montre favorable à une réforme, le président de la Haute assemblée a listé les écueils à éviter.

Réforme des retraites : Larcher met en garde contre « les tentations du grand soir »

Le Sénat organise, ce jeudi, un colloque sur cette thématique, en présence de la ministre de la Santé Agnès Buzyn. S’il se montre favorable à une réforme, le président de la Haute assemblée a listé les écueils à éviter.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Ce jeudi matin, le président du Sénat a ouvert le colloque « Réforme des retraites : équité, équilibre, simplification », en présence de la ministre de la santé et des solidarités Agnès Buzyin. Une façon pour le Sénat de s’emparer de ce sujet miné, comme l’a expliqué Gérard Larcher. « La sauvegarde de notre régime de retraite est au cœur de notre pacte social et républicain » a-t-il expliqué. « On ne peut pas le traiter à la légère, ni croire qu’un coup de baguette magique suffira à le transformer. »

Il a rappelé que la Haute assemblée s’était déjà attaquée à cette thématique, dès 2010, à travers un amendement sur les objectifs et les caractéristiques d’une réforme systémique. « Nous étions les précurseurs » a-t-il souri. « Le sujet n’est donc pas tabou, ici. Au contraire » a souligné Gérard Larcher.

Si la réforme lui semble inévitable, il a néanmoins mis en garde le gouvernement. « Il n’y aurait pas, d’un côté, les conservateurs qui ne jureraient que par les bonnes vieilles réformes paramétriques, qu’elles portent sur l’âge de départ ou sur la durée des cotisations. Et de l’autre, des partisans d’une ‘vraie’ réforme, celle conduisant à  un grand régime universel de retraite qu’il soit par points ou fondé sur des comptes notionnels. Méfions-nous des tentations du ‘grand soir’, qui font que l’on se réveille le matin, parfois, avec la gueule de bois » a-t-il prévenu.

« La brutalité peut parfois paralyser »

« La réalité est plus complexe » a poursuivi le président du Sénat. « Nos 42 régimes sont aussi le fruit de l’histoire sociale de notre pays, ne l’oublions jamais. Et qu’on ne gomme pas l’histoire sociale parce qu’elle porte aussi des projets, des aventures, et des défis humains et collectifs. Ils sont le résultat de compromis, qu’ils soient sociaux ou professionnels, auxquels les assurés de ces régimes sont attachés. Il faut en tenir compte, la brutalité peut parfois paralyser des réformes qui sont pourtant nécessaires. »

Autre point sensible, celui des régimes complémentaires. « Cela rend d’autant plus délicat voire difficile la perspective d’un régime unifié » a explique Gérard Larcher. « D’ailleurs, les partenaires sociaux ont-ils moins bien géré leurs régimes complémentaires que l’Etat ? Ont-ils été moins courageux que lui pour prendre leur part des efforts nécessaires ? Je n’en suis pas certain. » Et de marteler : « Je crois profondément au rôle des corps intermédiaires. Rien ne peut se bâtir sans dialogue et concertation. »

Enfin, il a listé les « écueils » que doit éviter le gouvernement dans sa démarche. « Que l’on y consacre beaucoup de temps, beaucoup d’énergie et qu’on ne prenne pas les mesures nécessaires pour assurer l’équilibre financier de la prochaine décennie » serait le premier d’entre eux. « Pire encore : que la recherche de ce régime unique conduise à des dépenses supplémentaires pour des raisons d’échelles de perroquet (progressions trop rapides, notamment dans la fonction publique) faciles à imaginer. Voire à faire main basse sur les réserves des régimes complémentaires, comme certains le redoutent. Voire des prélèvements supplémentaires. »

Il a enfin annoncé qu’un nouveau colloque aura lieu « le moment venu, lorsqu’on en saura plus sur les intentions du gouvernement. Cela leur permettra de faire valoir leur analyse et d’en débattre. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Second round legislative election-Dijon
11min

Politique

Municipales : les points chauds à suivre dimanche pour le premier tour

De Paris, que la gauche tente de conserver face à la droite de Rachida Dati, à Lyon, où les écologistes sont menacés par Jean-Michel Aulas, en passant par Le Havre, où Edouard Philippe joue son avenir, ou encore Nice, où Eric Ciotti et Christian Estrosi se mènent une guerre fratricide, tour d’horizons des principales villes à suivre pour le premier tour des municipales.

Le

Élections municipales 2026 : l’incertitude de l’ampleur du rebond de la participation
5min

Politique

Élections municipales 2026 : l’incertitude sur l’ampleur de la participation

Après une forte abstention lors des dernières élections municipales de 2020, le scrutin de dimanche devrait être marqué par un rebond logique de la participation. L’ampleur du retour des électeurs dans les urnes fait partie des grandes inconnues. Certains instituts rappellent que le déclin de la mobilisation est devenu structurel depuis les années 90.

Le

Iraq France
5min

Politique

Mort d’un soldat français en Irak : le « pouvoir terroriste d’Iran » fait payer à la France son implication militaire dans la région

Une attaque de drones a ciblé une base militaire dans le nord de l’Irak, faisant un mort et six blessés parmi les forces françaises engagées en soutien des Kurdes. Derrière cette frappe menée vraisemblablement par un groupe pro-iranien, les exhortations du régime islamique à faire payer à la France le prix de son soutien militaire dans la région sont en cause. Une énième illustration de la stratégie iranienne de réplique tous azimuts.

Le