Réforme des retraites : le Sénat active une nouvelle procédure pour limiter les prises de parole
Réunie ce 8 mars après une séance nocturne sous haute tension, la Conférence des présidents du Sénat a décidé d’activer l’article du 42 du règlement interne. Cette disposition permet de fixer un temps de parole forfaitaire pour les groupes politiques.

Réforme des retraites : le Sénat active une nouvelle procédure pour limiter les prises de parole

Réunie ce 8 mars après une séance nocturne sous haute tension, la Conférence des présidents du Sénat a décidé d’activer l’article du 42 du règlement interne. Cette disposition permet de fixer un temps de parole forfaitaire pour les groupes politiques.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La majorité sénatoriale ajoute une corde à son arc pour garder le contrôle du temps sur la réforme des retraites, qui entre dans sa septième journée d’examen. La nuit dernière, alors que l’hémicycle débattait de l’article 7, cœur du réacteur de la réforme des retraites, le groupe Les Républicains a déclenché le recours à l’article 38 du règlement du Sénat. Cette procédure interne a permis de « clôturer » les explications de vote sur les nombreux amendements déposés par la gauche.

La reprise en main ne s’est pas arrêtée là. Les rapporteurs ont ensuite déposé une proposition de réécriture de l’article, pour provoquer le rejet en cascade d’un millier d’amendements. Déposés en réaction par l’opposition sur l’amendement du rapporteur, plusieurs milliers de sous-amendements ont été déclarés irrecevables par la commission des affaires sociales. Ce matin, les groupes de gauche ont donné de la voix contre le « coup de force » de la part de la droite.

Bien décidée à ce que l’examen du projet de loi puisse aller à son terme le 12 mars à minuit, la majorité sénatoriale a pris une nouvelle assurance. À la mi-journée, la Conférence des présidents a voté la possibilité de recourir à l’article 42 du règlement. Selon ses alinéas 10 et 16, il est possible d’attribuer « soit un temps forfaitaire soit un temps minimal et un temps à la proportionnelle » aux groupes politiques, pour les prises de parole et explications de vote sur chaque article. Idem pour les explications de vote sur l’ensemble, qui auront lieu dimanche. La Conférence des présidents « peut également prévoir l'intervention, pour des temps qu'elle détermine, d'un seul orateur par groupe », précise l’article.

« Paralysie des instances parlementaires »

« À partir du moment où les groupes de gauche s’appuient sur les ressources du règlement, pour exprimer leur volonté d’obstruction et de désaccord, il n’est pas anormal qu’on utilise le même règlement pour exprimer nos préoccupations », explique Hervé Marseille, le président du groupe Union centriste. « Attristé par la paralysie des instances parlementaires pour mettre en relief l’opposition qui s’exprime dans les rues », le patron des alliés des Républicains prévient que l’article 42 serait utilisé « chaque fois que ce sera nécessaire ».

Pour le président du groupe écologiste, Guillaume Gontard, la Conférence des présidents montre que chacun reste campé sur ses positions. « Il n’y a pas eu de moyens de discuter – ce qui était logique – entre la position des groupes de gauche, qui est de poursuivre le débat comme il s’est fait jusqu’à présent, et la volonté de la majorité sénatoriale d’utiliser tous les moyens pour contraindre ce débat. Elle a décidé de remettre un tour de vis, et de passer coûte que coûte. »

Le sénateur de l’Isère digère d’autant plus mal les évènements de la nuit que le Sénat n’était pas en retard, selon lui. « On est quasiment à la moitié de notre débat, à l’article 7. On ne peut pas mettre en avant l’obstruction ou notre mauvaise volonté », se défend-il. « La majorité sénatoriale a été conciliante, à l’écoute. On a laissé se dérouler le débat, qui est en fait un monologue et des soliloques des groupes de gauche. Je prends acte des déclarations des groupes de gauche qui disent clairement qu’ils ne veulent pas que l’examen aille à son terme, je le regrette », s’impatiente Hervé Marseille.

La reprise de la séance, après les questions au gouvernement, vers 16 h 30, s’annonce électrique.

À lire aussi >> Retraites : « La droite sénatoriale et le gouvernement foulent la démocratie aux pieds », dénonce la gauche du Sénat

À lire aussi >> Retraites : qu’est-ce que l’article 38, ce levier que pourrait actionner la majorité sénatoriale pour accélérer les débats ?

Partager cet article

Dans la même thématique

Documentaire Paris le mystère du palais disparu de Stéphane Jacques
5min

Politique

Paris, le mystère d’un palais disparu

Les promeneurs, touristes ou Parisiens qui déambulent sur le parvis de Notre-Dame, s’imaginent-ils qu’à quelques pas de là se dressait au Moyen Âge, l’une des plus somptueuses résidences d’Europe ? Et surtout, comment, six siècles plus tard, le tout premier palais de nos rois, bâti sur l’île de la Cité, au beau milieu de la capitale, a-t-il pu devenir ce fantôme de l’Histoire ? Dans son documentaire Le mystère du palais disparu, Stéphane Jacques retrace l’enquête menée par un trio de scientifiques spécialistes de la reconstitution numérique.

Le

Réforme des retraites : le Sénat active une nouvelle procédure pour limiter les prises de parole
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Illustrations – Reseaux Sociaux – France
5min

Politique

Ingérences électorales : faut-il sanctionner les réseaux sociaux ? 

Après trois opérations de désinformation en quelques jours ciblant des candidats déclarés ou pressentis à l’élection présidentielle, Sébastien Lecornu a rappelé que la lutte contre les ingérences était une priorité. La gauche appelle le gouvernement à en faire plus et à sanctionner les réseaux sociaux participant à la diffusion.

Le

Train retardé : les sénateurs créent une garantie de correspondance, en cas de trajet opéré par plusieurs compagnies
6min

Politique

Harmonisation des titres, garantie de correspondance, ouverture de SNCF Connect : les propositions des sénateurs pour faciliter les trajets en train

Les sénateurs ont rendu public, ce mercredi, leurs propositions pour harmoniser les tarifs et conditions d’achats des billets sur le réseau de trains, alors que les opérateurs sont toujours plus nombreux avec l’ouverture à la concurrence. Des propositions que les rapporteurs ont bon espoir de voir reprises par les députés dans le projet de loi-cadre.

Le