Réforme des retraites : les LR ne veulent pas porter le chapeau du 49.3

Réforme des retraites : les LR ne veulent pas porter le chapeau du 49.3

Après le recours au 49.3 pour faire passer la réforme des retraites, faute d’une majorité suffisante à l’Assemblée, « il est assez facile de faire porter au LR cette responsabilité », affirme leur président, Eric Ciotti. « Les LR ont été un partenaire fiable au Sénat, mais pas à l’Assemblée nationale », soutient François Patriat, patron des sénateurs macroniste.
François Vignal

Par François Vignal, Guillaume Jacquot et Simon Barbarit

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Tout ça pour ça. Au terme d’un parcours parlementaire intense, le gouvernement a finalement décidé de recourir au 49.3 à l’Assemblée nationale pour faire adopter en force sa réforme des retraites, faute d’avoir pu s’assurer d’une majorité. Il n’y aura donc pas eu de vote des députés sur la réforme des retraites. Ce sera un vote sur l’une des motions de censure déposée par les oppositions. En cas de rejet, le texte sera considéré comme adopté.

Le gouvernement a beau avoir négocié en amont avec les LR, avant la présentation de la réforme le 10 janvier, puis pendant les débats à l’Assemblée, au Sénat, et enfin en commission mixte paritaire, c’est un échec. Il lui fallait une trentaine de voix LR. Mais l’activisme du député Aurélien Pradié et de ses amis, prêts à voter contre, a eu raison des chances de faire adopter la réforme par un vote en bonne et due forme.

« Je me demande s’il y a un patron des LR ou des individualités », pointe François Patriat

Du côté de la majorité macroniste, la tentation est là de mettre la situation sur le dos de la droite. « Je m’interroge sur l’attitude des LR, pour qui la retraite à 65 ans était leur ADN, qui votent pour au Sénat, et qui vote contre à l’Assemblée, du moins une partie d’entre eux », réagit François Patriat, patron du groupe RDPI (Renaissance). « Il faut dire que ce dénouement ne correspond pas à la parole donnée », continue ce fidèle d’Emmanuel Macron. Citant la « retraite à 64 ans », « la retraite minimale » à 1200 euros et « les carrières longues », François Patriat estime qu’« on a répondu à leurs demandes, et au bout, ne pas voter, c’est faire preuve de leur part, d’une part d’irresponsabilité ».

« Les LR ont été un partenaire fiable au Sénat, mais pas à l’Assemblée nationale. Et je me demande s’il y a un patron des LR, une direction, ou des individualités qui ne se soucie que de leur propre avenir et pas de celui du pays », pointe François Patriat, qui pensait encore « jusqu’à midi, qu’il y avait une majorité LR qui voterait ». Au final, pour le sénateur de la Côte-d’Or, « le gouvernement a bien fait de passer le texte par 49.3 » car le texte, « qui est une loi d’équilibre, avec des avancées sociales sans précédent, ne pouvait pas ne pas être adopté ».

« Le groupe LR portait une majorité en faveur de la réforme, certes modeste », affirme Eric Ciotti

Côté LR, on a une autre vision du film. « Le recours au 49.3 est un échec », commente salle des quatre colonnes, à l’Assemblée, le député et président des LR, Eric Ciotti. Accompagné de Bruno Retailleau et d’Olivier Marleix, les présidents des groupes LR du Sénat et de l’Assemblée, il était allé négocier en janvier dans le bureau de la première ministre, Elisabeth Borne.

Aujourd’hui, il rejette toute responsabilité sur ce qui s’apparente à un fiasco. « Le groupe LR portait une majorité en faveur de la réforme, certes modeste, même si je ne dissimule pas qu’il y avait des positions qui étaient différentes », reconnaît Eric Ciotti, qui assure avoir « pris (ses) responsabilités en souhaitant l’adoption de cette réforme. Elle sera vraiment adoptée dans le cadre du 49.3 ». Précision importante : « Le groupe a décidé que nous ne nous associerons pas à une motion de censure ». Le président des LR souligne au passage que « la majorité non plus, n’était pas unie ». Eric Ciotti ajoute : « Il est assez facile de faire porter au LR cette responsabilité ».

« La question des carrières longues n’a pas été traitée », selon Aurélien Pradié

Quelques minutes plus tard, Aurélien Pradié donne sa réaction à BFM TV. Il est en partie responsable de la situation, mais assume. « Moi et plusieurs de mes amis, nous avons eu une position très claire depuis le début. Nous avons dit que si des lignes rouges n’étaient pas obtenues, nous ne voterions pas la réforme. Hier, en CMP, la question des carrières longues n’a pas été traitée », lâche le député du Lot.

L’amendement d’Olivier Marleix sur les carrières longues, repris en CMP, avait pourtant été présenté – a tort – comme l’amendement Pradié, sûrement pour tenter d’obtenir son soutien… Au passage, la mesure ajoute 300 millions d’euros au compteur. Quant aux motions de censure des autres groupes, il ne les votera pas « personnellement » - il aurait aimé voir une motion LR – même si « chaque député reste totalement libre ».

« On gagne uniquement quand on chasse en meute »

Au Sénat, c’est une autre ambiance. Le matin, la majorité sénatoriale a voté sans problème les conclusions de la CMP, même si on compte des abstentions et quelques votes contre. Y a-t-il une division entre députés et sénateurs LR ? « Il n’y a pas de scission entre députés et sénateurs LR. Il y a incontestablement, pour une partie des députés, une divergence d’appréciation, moins sur le texte que sur le contexte politique. Il faut le regretter. Je rappelle qu’on gagne uniquement quand on chasse en meute. Sinon, on a vocation à se mettre en difficulté. Gageons que les choses s’arrêtent. Qu’ils prennent garde à ça. Que ceux qui ont refusé de voter réfléchissent à ça. Il y a un avenir collectif qui dépasse l’avenir individuel de chacun », met en garde François-Noël Buffet, président LR de la commission des lois. Regardez :

Le sénateur LR aurait « préféré qu’il y ait un vote ». Il glisse au passage que le rapporteur du texte au Sénat, René-Paul Savary, s’était même rendu devant les députés LR pour « essayer de les convaincre ».

« Il ne faut pas nous refiler le mistigri du 49.3, c’est la décision de Macron »

Sa collègue LR, Laure Darcos, se dit pour sa part « très déçue que les députés LR n’aient pas décidé plus en masse de voter ce texte. On a de cesse de répéter que c’est notre texte. Nous ne sommes pas les supports du gouvernement. C’est le gouvernement qui est venu sur notre texte ». Ce qui n’a pas entraîné pour autant suffisamment de votes de députés LR…

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Marc-Philippe Daubresse, sénateur LR du Nord, aurait aussi « préféré un vote, car un 49.3 fait que vous ne savez pas ce que les gens auraient voté. C’est un peu facile, pour les intéressés ». L’absence de vote arrange en effet certains, chez les LR notamment, qui n’auront pas à se prononcer. « J’aurais été à la place d’Emmanuel Macron, j’aurais plutôt fait le vote. Je pense que ça se jouait à 3/4 voix près », ajoute l’ancien ministre. Il continue :

Le gouvernement a mal fait sa tactique. On négocie et on évolue pendant le texte. On ne fait pas le deal global avant.

« Aurélien Pradié et Pierre-Henri Dumont sont des députés Zébulon »

Maintenant, le résultat est là. Et pour Marc-Philippe Daubresse, il ne faut pas mettre la situation sur le dos des LR. « Le problème de ce 49.3, ce n’est pas le problème des LR. C’est le problème du gouvernement », soutient le sénateur du Nord, qui ajoute : « Comme disait Bruno Retailleau, c’est la Grosse Bertha ou la roulette russe. Ils ont choisi la Grosse Bertha, c’est tout ».

« Eric Ciotti et Olivier Marleix ont dit voilà ce qu’il faut voter, mais vous n’êtes jamais maître d’un groupe. Il ne faut pas nous refiler le mistigri du 49.3, c’est la décision de Macron », ajoute Marc-Philippe Daubresse, qui reconnaît néanmoins qu’« à l’Assemblée, c’est plus compliqué ». Il ne se prive pas de dénoncer « Aurélien Pradié et Pierre-Henri Dumont (un proche de Xavier Bertrand, ndlr) sont des députés Zébulon. Quand on fait tournicoti, tournicoton, on le paie toujours dans les urnes, à un moment donné. Les gens n’acceptent pas qu’on fasse du tango, un pas en avant, un pas en arrière. Aurélien Pradié a voulu faire parler de lui, faire le buzz pour lui-même ».

« Je ne sais pas comment vont se passer les réformes à l’avenir »

Hervé Marseille, président du groupe Union centriste du Sénat, l’autre composante de la majorité sénatoriale, rappelle de son côté que « tout ce qui est fait dans le cadre législatif constitutionnel est régulier. Pour autant, on voit que politiquement, il y a beaucoup de frustration et de rancœurs ».

Le président du groupe Union centriste au Sénat, dont les membres se sont prononcés majoritairement en faveur du texte, considère que l’issue du jour adresse un mauvais signal, après le recours à des débats contraints dans le cadre du 47-1 et le vote bloqué au Sénat provoqué par le 44-3. « Le message n’est pas le meilleur. Cela fait beaucoup de contraintes pour faire adopter un texte », souffle le sénateur des Hauts-de-Seine. Sans croire au succès d’une motion de censure, le président de l’UDI s’inquiète pour la suite. « Cela va donner des ailes à l’opposition, et je ne sais pas comment vont se passer les réformes à l’avenir ». Comme cela avait été porté en séance au Sénat, Hervé Marseille réitère son souhait d’une « grande conférence sociale » dans le pays. « Il y a une fracture sociale. J’en appelle au gouvernement et au président de la République pour trouver les voies et moyens du dialogue et du rassemblement ». Pour l’heure, jeudi après-midi, la place de la Concorde, en face de l’Assemblée nationale, était remplie de manifestants venus spontanément, pour qui le combat contre la réforme continue.

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