Réforme des retraites : les sénateurs Républicains « vent debout » contre la suspension, quand le PS espère qu’elle « soit abrogée »

Au palais du Luxembourg, les sénateurs attendent que le texte, qui déterminera l’avenir de la réforme des retraites, arrive dans leur hémicycle. Les Républicains promettent de faire barrage à toute tentative de suspension, là où les socialistes veulent y voir un premier pas vers une abrogation.
Aglaée Marchand

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100 millions en 2026 et 1,4 milliard en 2027, ce sera le coût à supporter par les caisses de retraite en cas de suspension de la réforme, a avancé le ministre du Travail et des Solidarités lors de son audition par le Sénat mardi 28 octobre. Un montant qui grimperait à 3 milliards, a renchéri Jean-Pierre Farandou, en tenant compte d’une moindre activité à l’échelle nationale.

« On agite toujours des milliards, on ne sait pas vraiment à quoi ça correspond », soupire la sénatrice socialiste Monique Lubin, « pour l’instant, notre système de retraites peut englober tout ça ». « Sur la durée plus longue, avec les problèmes de démographie qui arrive à l’horizon, peut-être pas, mais il faut aussi compter sur des gains de productivité liés aux nouvelles technologies », poursuit l’élue des Landes. Le ton est plutôt à l’agacement chez les Républicains : « Il y a un gouffre financier qui s’annonce, […] c’est en totale irresponsabilité qu’on a suspendu cette réforme », s’agace Florence Lassarade. Dans la lignée des annonces de Gérard Larcher du week-end dernier, promettant que la majorité sénatoriale rétablirait la réforme en cas de vote des députés en faveur de sa mise en pause, la sénatrice de Gironde l’assure : « Mon groupe au Sénat est vent debout contre cette suspension ».

Pourtant, l’élue LR confirme que certains thèmes sont passés à la trappe lors des travaux sénatoriaux sur la réforme des retraites en 2023, comme les critères de pénibilité et les retraites des femmes : « On peut peut-être revenir sur ces aspects-là, mais pour le reste, le travail a été fait ». Et d’ajouter : « L’âge, c’est paramétrique, si on ne veut pas toucher à l’âge ou encore le diminuer, à ce moment-là, ce sont les pensions qui baisseront ». « Il faut quand même être lucide et voir qu’on ne va pas raser gratis pendant des années ».

A droite, les voix s’élèvent pour critiquer une suspension coûteuse qui ne bénéficierait qu’à une seule génération. Quant à Emmanuel Macron, venu mettre son grain de sel dans les discussions entre le bloc central et les socialistes, le président de la République a assuré qu’il n’était question que d’un simple « décalage ». Le PS s’autorise pourtant à espérer que le vote d’une suspension pourrait paver la voie vers un rétropédalage définitif : « Notre objectif c’est bien évidemment que cette loi soit abrogée », affirme Monique Lubin, et que les jeux pour 2027 puissent relancer « un vrai débat sur ce quoi devenir notre système de retraites et comment nous le pérennisons ». La conférence sociale suggérée par Sébastien Lecornu ? « Encore un coup de pub’ », fustige-t-elle. « A chaque fois, nous allons faire des mesures paramétriques, qui sont toujours les mêmes, soit on rallonge le nombre de trimestres, soit on modifie l’âge, et on pénalise toujours finalement les mêmes », souffle l’élue des Landes.

Le PLFSS : « Je pense qu’il va falloir l’amender lourdement »

La copie du PLFSS qui va arriver à la Chambre haute ne devrait convaincre aucun des deux camps. « Je pense qu’il va falloir l’amender lourdement », souligne la LR Florence Lassarade, qui déplore les mesures avancées concernant la médecine libérale. De son côté, la socialiste Monique Lubin pointe du doigt un texte « pas acceptable » et « brutal pour de très nombreux Français », avec le gel des pensions de retraite et le doublement des franchises médicales notamment. Et ce même en cas de suspension : « Dans l’état dans lequel il est actuellement, ce serait irrecevable et nous […] ne le voterions pas ».

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