Réformes fiscales : il n’y a eu « aucun revirement » selon Édouard Philippe

Réformes fiscales : il n’y a eu « aucun revirement » selon Édouard Philippe

Couacs, rétropédalage, flou… Autant de termes pour qualifier les annonces successives concernant l’agenda des réformes fiscales.  La suppression de la taxe d’habitation devait être reportée à 2019, de même que la réforme de l’ISF. Finalement, ce sera pour 2018.
Public Sénat

Par Alice Bardo

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Il n’y a eu « aucun revirement » mais une « discussion sur le rythme auquel on fait les choses », a assuré ce mardi le Premier ministre,  à son arrivée au Sénat pour répondre aux questions du gouvernement.

Stéphanie Villers, cheffe économiste chez Humanis, n’est pas de cet avis : « Il y a eu un rétropédalage et ça, ce n’est pas bon. Ou les acteurs économiques considèrent que c’était un faux départ, que tout a été arrangé et donc ont confiance en l’avenir. Ou ils se disent ça commence mal et ils préfèrent rester dans l’attentisme. »

Même son de cloche du côté de Florian Silnicki, fondateur de la FrenchCom’ : « Il y a eu des contradictions entre le Président, son premier ministre et les ministres. Et cela a manifestement donné le sentiment d’une non-synchronisation. »

Une mise en oeuvre « d’ici la fin du quinquennat »

Au lendemain de l’annonce par la Cour des comptes d’un fort risque de dérapage du déficit pour l’année 2017, l’heure semblait plus être à la réduction des dépenses publiques qu’aux cadeaux fiscaux. Emmanuel Macron, qui avait promis que 80% des ménages seraient exonérés de cet « impôt injuste » qu’est la taxe d’habitation, semblait contraint de reporter à plus tard sa mise en œuvre.

Dans son discours de politique générale, le Premier ministre avait ainsi préféré insister sur les 7 milliards de baisses d’impôts votées sous la  présidence Hollande pour l’année 2018, tout en assurant que la suppression de la taxe d’habitation interviendra « d’ici la fin du quinquennat ». Quant à la réforme de l’ISF, qui a vocation à se recentrer sur la fortune immobilière, il avait confirmé son report à 2019.

« Attendez les arbitrages »

Côté ministres, les prises de position sont aussi timides, voire totalement floues. Ce dimanche, sur BFM TV, le ministre de l’Économie plaidait pour une mise en œuvre de la suppression de la taxe d’habitation « le plus rapidement possible ». Le même jour, à l’occasion des 17ème Rencontres d’Aix-en-Provence, il avait prévenu : « Nous pouvons faire, en même temps, la réduction des dépenses publiques et la baisse des impôts. »  « Attendez les arbitrages », avait toutefois ajouté Bruno le Maire, prudent.

Quant au ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, invité fin juin de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV-RMC , il s’était borné à dire que la taxe d’habitation ne devrait sans doute pas être supprimée au 1er janvier 2018 et que l’ISF serait réformé « dans le quinquennat ».

« Une volonté très claire de reprise en main »

Après plus d’une semaine de tergiversations, les arbitrages ont finalement été rendus : les deux mesures entreront en vigueur dès l’année prochaine, comme promis par Emmanuel Macron lorsqu’il n’était encore que candidatFlorian Silnicki note « une volonté très claire de reprise en main » : « On s’est accordé sur un message, une échéance ».

Pour autant, maintenir le flou n’était pas la plus mauvaise des stratégies, si tant est qu’il y en avait une. « Nicolas Sarkozy, comme François Hollande, ont eu à mettre en œuvre des projets sur lesquels ils ont eu à revenir, comme le bouclier fiscal. Le premier a donc épuisé l’opinion publique et l’action du second manquait de lisibilité, ce qui a affecté le lien avec les électeurs », explique le fondateur de LaFrenchCom’.

« Stigmatiser un adversaire » et maintenir le flou

Pas question pour Emmanuel Macron de reproduire les mêmes erreurs, c’est d’ailleurs pour cela qu’il s’évertue à lisser, voire verrouiller sa communication. Le Président s’est toutefois heurté à la réalité du terrain, et notamment à une situation des finances publiques particulièrement dégradée. Selon Florian Silnicki, l’exécutif « avait alors un strict intérêt à stigmatiser un adversaire ». Les invectives contre l’ancien gouvernement  et sa mauvaise gestion des comptes publics se sont multipliées. « Trop léger » pour justifier de revenir sur des promesses électorales, estime toutefois le communicant. Alors, le temps de la réflexion, le flou a été privilégié. « Un flou jusque-là utile à Macron dans sa conquête de la présidence », rappelle Florian Slinicki.

« Il a voulu donner la priorité à l’Europe »

Pour  Stéphanie Villers, Emmanuel Macron a bel et bien tenté de revenir sur ses promesses de campagne : « Il a voulu donner la priorité à l’Europe et à la construction européenne. Il mise sur un programme d’investissement à long terme et, pour cela, il doit convaincre l’Allemagne. Ce qui implique de faire les efforts nécessaires », c’est-à-dire ramener le déficit sous la barre des 3% de PIB. L’investissement doit repartir en France, mais si on veut prendre le train de l’innovation en marche, ça se passe au niveau de la zone euro. Macron et Merkel sont sur la même longueur d’onde, mais l’Allemagne attend que la France respecte le critère de déficit », renchérit l’économiste. Le Président a toutefois vu que le report des réformes fiscales « ne passait pas en interne ». « D’où son retournement de veste ultrarapide. Il a dû privilégier le court terme. »

Quelle qu’aient été les raisons de ces « couacs » sur le calendrier des réformes fiscales, au bout du compte « il n’y a qu’une seule parole, c’est celle du Président ». « Macron incarne une nouvelle étape de l’action politique française. Les Français vont donc attendre beaucoup de lui et il va donc être assez difficile pour le Premier ministre et les ministres d’apparaître autrement qu’en le contredisant », conclut le fondateur de LaFrenchCom’.

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