Régionales en Corse : les nationalistes partent divisés
Gilles Simeoni, actuel président de l’exécutif corse et candidat à sa propre succession, aura face à lui les listes de Jean-Guy Talamoni et de Jean-Christophe Angelini. La droite, avec le maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, espère profiter de cette division des nationalistes.

Régionales en Corse : les nationalistes partent divisés

Gilles Simeoni, actuel président de l’exécutif corse et candidat à sa propre succession, aura face à lui les listes de Jean-Guy Talamoni et de Jean-Christophe Angelini. La droite, avec le maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, espère profiter de cette division des nationalistes.
Public Sénat

Par Samia Dechir

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En Corse, les dernières élections régionales ont été marquées par une victoire historique des nationalistes, la victoire de Pè a Corsica, une coalition de trois partis censée durer 10 ans.

Mais cinq ans plus tard, l’union a volé en éclat. Chacun présente désormais sa propre liste. Gilles Simeoni, actuel président de l’exécutif corse et candidat à sa propre succession, mènera celle de Femu a Corsica. A la veille de l’élection, son parti a appelé la famille nationaliste à sortir de la logique des quotas pour s’ouvrir à d’autres formations.

« Je n’ai fait que rappeler ce que nous avions dit ensemble en 2017 devant les corses, à savoir que oui, nous sommes nationalistes et que notre action s’inscrit dans le fil historique du combat mené par ce peuple pour sa reconnaissance et ses droits, mais de la même façon, nous pensons que la Corse doit se faire avec tous les Corses, que le peuple Corse, ce ne sont pas seulement les nationalistes, et que donc nous avons vocation à travailler avec toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la démocratie et le projet que nous portons de faire avancer la Corse » défend Gilles Simeoni (voir le sujet vidéo).

Jean-Guy Talamoni et Jean-Christophe Angelini accusent Gilles Simeoni d’avoir péché par orgueil.

Une déclaration très mal reçue par les autres membres d’une coalition où la répartition des postes était jusqu’ici équilibrée entre les trois formations. Jean-Guy Talamoni ira donc de son côté défendre les couleurs indépendantistes de Corisca Libera. Et Jean-Christophe Angelini, celles du parti National Corse. Les deux hommes accusent Gilles Simeoni d’avoir péché par orgueil.

Aucun accord n’est acté, mais les nationalistes n’auront probablement pas d’autre choix qu’une alliance au second tour pour remporter l’élection. Ce premier tour en solo ne semble finalement devoir servir qu’à compter ses troupes.

« Sans l’Etat, les financements à l’échelle de la Corse ne peuvent pas être réalisés » souligne Laurent Marcangeli

Un jeu dangereux, face à une droite qui, elle, part unie derrière un seul candidat. Laurent Marcangeli, le maire d’Ajaccio, est le principal challenger des nationalistes. Son credo : sortir d’un bras de fer avec l’Etat dans lequel la majorité sortante aurait paralysé la Corse.

« Qui peut aujourd’hui dans n’importe quelle région de notre pays dire qu’on peut faire sans l’Etat ? Cela ne mène à rien, ce n’est que de la politique de perlimpinpin et au final, les dossiers n’avancent pas, parce que sans l’Etat, les financements à l’échelle de la Corse ne peuvent pas être réalisés, donc moi, ce que je propose, ce n’est pas d’être un béni-oui-oui oui, je n’en suis pas un. Je pourrai dire à l’Etat que je ne suis pas d’accord avec lui, mais ça ne sera pas une posture qui est en réalité une imposture », soutient Laurent Marcangeli, le candidat divers droite aux élections territoriales de Corse.

Jean-Charles Orsucci espère jouer « le faiseur de roi »

Face à des adversaires divisés, Laurent Marcangeli veut croire qu’il peut l’emporter. Mais il faudra aussi compter avec un troisième homme. Le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, un ancien socialiste rallié au macronisme. « Je ne me résous pas à l’idée que le jour du scrutin les Corses n’aient à choisir qu’entre une force libérale et un bulletin nationaliste, moi j’entends fédérer les progressistes, la gauche, j’ai souhaité ne pas avoir l’investiture de LREM, j’assume ma proximité avec le Président », affirme Jean-Charles Orsucci, qui entend être « le faiseur de roi et celui qui peut permettre aujourd’hui une alternative en Corse ».

Ici peut-être plus qu’ailleurs, l’enjeu de ces élections est vraiment de taille puisque depuis la réforme territoriale de 2018, il n’y a plus de départements mais une collectivité unique : la collectivité de Corse, avec des compétences étendues. Celui qui parvient à sa tête, tient véritablement les rênes de l’île de beauté.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le