Régionales : LREM désigne ses chefs de file et espère limiter la casse

Régionales : LREM désigne ses chefs de file et espère limiter la casse

Le parti présidentiel a terminé, ou presque, de désigner ses chefs de file pour les régionales. Le scrutin sera difficile. LREM ne devrait remporter aucune région mais espère éviter l’accident industriel. « Les régionales doivent nous permettre de renouer avec nos codes de 2017 » lance Stanislas Guerini, numéro 1 du parti. Publicsenat.fr fait le point sur les candidats macronistes, région par région.
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Les scrutins intermédiaires sont toujours compliqués pour le pouvoir. L’échec des municipales pour LREM l’a clairement rappelé. Pour les élections régionales, la majorité présidentielle ne devrait pas faire de miracle. Reporté de mars à juin pour cause de covid-19, le scrutin n’en sera pas moins regardé de près, à moins d’un an de la présidentielle.

« On ne gagnera pas de région »

Certains jouent la carte de l’optimisme, comme le président du groupe LREM du Sénat, François Patriat. Donné perdant aux sénatoriales, il l’a emporté. « Je pense qu’il y a une ou deux régions en France où la majorité présidentielle peut gagner » affirme le sénateur de Côte-d’Or. En réalité, les choses seront plus compliquées. Sans trahir de secret, autant prévenir tout de suite : « On ne gagnera pas de région. C’est tout à fait possible, voire probable. Mais ce n’est pas un handicap pour 2022. Raison de plus de les jouer » confie un cadre du parti présidentiel. Méthode Coué ou réalité ? « Les électeurs répondent de façon mature, c’est-à-dire à une élection. Ils peuvent voter pour le centre gauche ou le centre droit aux régionales et voter Macron à la présidentielle, car les gens fonctionnent de façon séquencée » pensent les stratèges macronistes.

« Vu la catastrophe nucléaire des municipales, ils ne visent pas beaucoup de régions. Ils n’en visent aucune en fait… » confirme une élue LREM. En réalité, l’ambition est surtout de « ne pas avoir d’accident industriel » lance un parlementaire LREM. Mais aussi « d’exister, de porter le programme de la majorité et d’avoir des élus. Quoi qu’il arrive, on aura plus d’élus qu’aujourd’hui ! » ajoute un responsable de la majorité.

« Si on part désunis, on l’a vu aux municipales, c’est délétère » met en garde Stanislas Guerini

La République En Marche peaufine ces derniers jours son dispositif. D’ici la semaine prochaine, tous les chefs de file de la majorité présidentielle par région devraient être connus. Première règle : pas de division. « Si on part désunis, on l’a vu aux municipales, c’est délétère. Je mets autant d’énergie que nécessaire pour partir rassemblés. Et la majorité présidentielle sera présente dans toutes les régions » affirme à publicsenat.fr Stanislas Guerini, délégué général de La République En Marche.

Au parti, on a travaillé de façon besogneuse pour mettre en place le dispositif et s’entendre au mieux avec les alliés du Modem ou d’Agir. Pour le Modem, la situation de départ est compliquée. Le parti est dans la majorité sortante de Valérie Pécresse en Ile-de-France, de Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France ou encore avec Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes – autant de concurrents potentiels d’Emmanuel Macron pour 2022 – ou encore en PACA… L’idée est de choisir son camp. A savoir, celui du Président. Mais il devrait être difficile de voir tous les conseillers régionaux sortants Modem monter dans le train d’En Marche. « Il y en aura bien quelques-uns qui vont rester dans les majorités sortantes » reconnaît-on chez LREM, mais « François Bayrou a dit qu’il ferait la police… » Du côté du Modem, on assure que « l’objectif est d’être aligné avec En marche ».

Le scrutin doit être aussi l’occasion de remobiliser une base militante qui en a besoin. « Les régionales doivent nous permettre de renouer avec nos codes de 2017 : être positif, porter quelque chose » s’enthousiasme Stanislas Guerini. Et si le scrutin est local et ne devra pas permettre de tirer d’enseignements définitifs pour 2022, certains thèmes de campagnes pourront se retrouver d’une région à l’autre. « Il faut mettre en avant quelques idées, quelques marqueurs, comme le plan de relance, la jeunesse, l’Europe, la fracture territoriale. C’est une élection régionale qui a aussi une dimension plus nationale » explique le numéro 1 de La République En Marche, qui entend jouer les chances du parti présidentiel crânement. Il ajoute :

Les régions, ce sont des collectivités qui nous vont bien. On aurait inventé une collectivité, ce serait celle-là.

Fesneau, Pietraszewski, Darrieussecq et Abba, les quatre ministres chefs de file

Reste un léger détail : le casting. « Il faut avoir des candidats solides, plus ou moins connus, qui portent bien nos idées, qui tiennent la marée » décrit Stanislas Guerini. Qui se retrouvent dans ce portrait-robot ? La majorité des candidats n’est pas officielle – ça devrait venir au fur et à mesure – mais on les connaît maintenant tous, ou presque.

Déjà, quelques ministres. Pas autant qu’espéré dans un premier temps. « Dans toutes les régions, tout le monde se dégonfle » résume un élu local LREM. L’absence de réels poids lourds connus du grand public est un signe, quant aux (faibles) chances de victoire. On l’a vu avec le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, qui aurait pu se lancer en Ile-de-France. La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, était partante pour y aller en PACA, mais la situation difficile dans les universités ne lui permet pas de quitter le gouvernement. L’expérience Buzyn, qui a quitté le ministère de la Santé pour les municipales en pleine épidémie est restée dans les mémoires.

Olivier Véran et Olivier Dussopt sur les listes en Auvergne Rhône-Alpes ?

Quatre membres du gouvernement seront finalement candidats en tête de liste aux régionales. Deux Modem : Marc Fesneau, ministre chargé des Relations avec le Parlement, en Centre-Val de Loire, et Geneviève Darrieussecq, ministre chargée des Anciens combattants, et ancienne Mont-de-Marsan, en Nouvelle Aquitaine.

On compte aussi deux LREM : dans les Hauts-de-France, Laurent Pietraszewski, secrétaire d’Etat chargé des Retraites et de la Santé au travail. Dans le Grand Est, Bérangère Abba, secrétaire d’Etat chargée de la Biodiversité, sera cheffe de file. D’autres ministres pourraient cependant être présents sur les listes. Au siège de LREM, on plaide pour que le ministre de la Santé, Olivier Véran, et le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, soient tous deux sur la liste en Auvergne Rhône-Alpes. On espère que les deux Olivier, chacun en régional de l’étape et implantés localement, pourront mettre un peu d’huile dans la campagne.

Bruno Bonnell face à Laurent Wauquiez, François de Rugy en Pays de la Loire, Stéphane Travert en Normandie

Pour faire face à Laurent Wauquiez, c’est le député Bruno Bonnell qui s’y colle. Il devait être désigné en interne officiellement ce vendredi. En Ile-de-France, le député LREM Laurent Saint-Martin, rapporteur général du Budget, sera le candidat. Inconnu du grand public, il doit vite « rentrer dans le match » pour combler cette lacune.

En Pays de la Loire, l’ancien ministre et ex-EELV, François de Rugy, mènera la liste. Beaucoup lui ont demandé. « Il est bon, structuré, quand il cause, il cause bien. Et il fait chier la droite » lâche un connaisseur du parti. Le homard gate ne l’aura pas tué. En Bretagne, c’est Thierry Burlot, vice-président (ex-PS) chargé de l’environnement à la région, qui a décroché le pompon. En Normandie, c’est pour le moment un binôme, avec la députée européenne Stéphanie Yon Courtin et l’ancien ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert.

« Si on fait un rassemblement dans une région, il faut le faire dans la clarté » prévient Stanislas Guerini

En Bourgogne-Franche-Comté, le secrétaire d’Etat Jean-Baptiste Lemoyne, réélu sénateur en septembre 2020, a été sollicité. Mais il a décliné. Le nom de l’ancien sénateur PS Yves Krattinger était ensuite évoqué et semblait tenir la corde. Mais c’est finalement le maire de Nevers, Denis Thuriot (LREM, ex-PS), qui devrait porter les couleurs de la majorité présidentielle. Mais dans cette région, l’extrême droite sera haute. « En Bourgogne-Franche-Comté, c’est la région où le risque est le plus fort » selon un responsable LREM. « En Bourgogne, le RN peut gagner » confirme un parlementaire LREM.

Reste une incertitude en Région Sud Provence-Alpes-Côte d’Azur, où le nom de Christophe Castaner, patron des députés LREM, est évoqué. Mais l’idée d’un rapprochement avec le président LR sortant, Renaud Muselier, est dans les tuyaux. Pas à n’importe quelles conditions. « Si on fait un rassemblement dans une région, il faut le faire dans la clarté » prévient Stanislas Guerini. Dit autrement, « on ne fait pas Nice » résume un marcheur. Comprendre le flou artistique dans lequel a baigné le maire de Nice, Christian Estrosi, pour les municipales. Si accord il y a, il doit donc être officiel, assumé, et avec des membres de LREM sur la liste. « Pas d’accord de dessus de table » soutient un élu LREM.

« Equation de merde »

Dans cette région aussi, où Thierry Mariani devrait être candidat RN, le parti de Marine Le Pen jouera les premières places. « Il y a un risque RN » confirme un responsable de la majorité LREM qui connaît bien la région. La situation devrait aussi être épineuse dans les Hauts-de-France, où le président sortant veut faire d’une victoire sa rampe de lancement pour la présidentielle. « Si Xavier Bertrand est face au RN, faut-il appeler à voter Xavier Bertrand ? Si vous voulez dire que c’est une équation de merde, la réponse est oui » lâche un ministre, qui suit la question des régionales de près… Un joli dilemme pour le parti du chef de l’Etat. On imagine mal, cependant, LREM ne pas faire barrage au RN en cas de second tour. C’est ce que demandera Emmanuel Macron à la présidentielle, s’il se retrouve de nouveau face à Marine Le Pen en 2022.

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