Bordeaux : Renaissance European Campus
France s centrist Democratic Movement (MoDem) party leader Francois Bayrou delivers a speech at the European Campus of the French governing party Renaissance. In Bordeaux on October 8, 2023.//AMEZUGO_003189/Credit:UGO AMEZ/SIPA/2310081546

Remaniement : François Bayrou se retire du jeu, la majorité présidentielle vacille

Pressenti pour faire son retour au gouvernement depuis sa relaxe dans l’affaire des emplois fictifs des assistants parlementaires du Modem, François Bayrou a finalement exclu cette hypothèse en insistant sur le manque « d’accord profond sur la politique à suivre ». Un coup de théâtre qui fragilise un peu plus la majorité présidentielle.
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

François Bayrou a dit non et le fait savoir. Mercredi soir, Le président du MoDem a signifié à l’AFP son refus d’intégrer le gouvernement de Gabriel Attal. « Il y avait deux domaines qui me paraissaient mériter un engagement plein : le ministère de l’Éducation, qui connaît aujourd’hui une crise de confiance qui vient de loin et que je croyais que l’on pouvait corriger. Mais de nombreuses discussions m’ont fait conclure à une différence d’approche sur la méthode à suivre qui me paraît rédhibitoire. Le deuxième sujet, c’est le gouffre qui s’est creusé entre la province et Paris. Toutes les crises de l’aménagement du territoire et la distance désormais de plus en plus grande entre les citoyens et l’action publique. Nous n’avons pas pu trouver un accord sur ces deux points. Et donc, sans accord profond sur la politique à suivre, je ne pouvais pas accepter d’entrer au gouvernement », a-t-il expliqué.

Bayrou de nouveau candidat à la présidentielle ?

Le président du Modem a également indiqué que Gabriel Attal lui avait proposé le ministre des Armées, « mais la défense est le secteur qui, dans la politique française, se porte le mieux à mes yeux », a-t-il décliné.

Sur franceinfo ce jeudi, le soutien historique d’Emmanuel Macron a critiqué la méthode et la composition du gouvernement de l’exécutif. « Qu’est-ce qu’on a promis au pays en 2017 ? Qu’on allait gouverner autrement […] Hier, à la réunion du groupe, un de nos députés a dit : J’ai l’impression qu’on gouverne de plus en plus comme avant » […] « On a un gouvernement qui comporte sur quatorze, onze ministres parisiens ou franciliens […] Et sur 15 membres du gouvernement, pas un seul du sud de la Loire », a-t-il déploré avant de formuler ce qui pourrait s’apparenter à une candidature pour la prochaine présidentielle. « L’enjeu de 2027 c’est qu’on arrive à réconcilier la France qui se bat en bas et celle qui décide en haut […] Je n’ai jamais renoncé à aucun des devoirs qui sont les miens ».

Ce désaccord mis sur la place publique à de quoi faire vaciller la majorité présidentielle et pose la question du positionnement des 51 députés Modem à l’Assemblée et de la place des ministres du parti centriste, comme Marc Fesneau. « Une majorité de plus en plus relative… ! Bienvenue au MoDem dans l’opposition », a ironisé le président du groupe socialiste Boris Vallaud sur X.

« Du coup, si Bayrou veut être cohérent, l’ensemble des ministres Modem doivent quitter le gouvernement », a pour sa part estimé le député LR Pierre-Henri Dumont.

Quel place pour le Modem dans la majorité ?

Interrogé sur Sud Radio, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau y voit « une rupture » dans le second quinquennat d’Emmanuel Macron. « C’est la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron […] Il ne pourra plus conduire de politique courageuse […] au moment où la France en a besoin ».

Mercredi soir, devant les députés Modem, François Bayrou avait dénoncé « une démarche d’humiliation » de l’exécutif envers son parti. Sur franceinfo, le Béarnais a néanmoins assuré que le Modem était « un membre à part entière de la majorité qui veut reconstruire le pays ».

Mais au sein du groupe Modem, la stratégie de François Bayrou est déjà contestée. « Si nous n’étions pas satisfaits de la place qui nous était proposée, il eût été envisageable de pratiquer le soutien sans participation. Nous sommes en train de choisir l’inverse. La participation sans le soutien. Ce qui revient à affaiblir dangereusement notre camp tout en nous discréditant nous-mêmes. C’est politiquement inepte et moralement dégradant », a tancé, dans un communiqué, le député Modem, Jean-Louis Bourlanges.

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Remaniement : François Bayrou se retire du jeu, la majorité présidentielle vacille
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le