Paris : Cabinet meeting
French president Emmanuel Macron Cabinet meeting at the Elysee Palace in Paris on July 21, 2023. French presidency formalized French government reshuffle on July 20, 2023 with eight new members of a government//04SIPA_sipa.060/Credit:Jean-Baptiste Autissier -/SIPA/2307211509

Rencontre entre Macron et les partis : « Pas évident que la magie de ce moment se prolonge jusque dans l’hémicycle », selon Hervé Marseille

La rencontre avec les chefs de partis, réunis à huis clos par Emmanuel Macron, était « un exercice démocratique intéressant », selon Hervé Marseille, président de l’UDI et du groupe centriste du Sénat. Il confirme qu’Emmanuel Macron a jugé « un peu absurde » l’impossibilité de faire trois mandats présidentiels de suite.
François Vignal

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

Ils ont tenu jusqu’au bout de la nuit. C’est un peu après 3 heures du matin que les chefs de partis, réunis à Saint-Denis, sans collaborateur ni téléphone portable, à l’invitation d’Emmanuel Macron, sont ressortis de ces 12 heures de réunion. International, institutions, cohésion de la Nation… Le programme était vaste. Présent en tant que président de l’UDI, Hervé Marseille retient une « ambiance plutôt sérieuse, mais détendue » et « surtout, avec une grande liberté d’expression ». « Est-ce que ça peut déboucher sur des compromis ? C’est moins sûr. Tout le monde est resté jusqu’à la fin. Mais à la sortie, j’ai tout de suite vu par les interventions que le naturel reprenait le dessus », note celui qui est aussi président du groupe Union centriste du Sénat. Entretien.

Vous avez participé hier à la rencontre d’Emmanuel Macron avec les chefs de partis. Vous avez été libéré au bout de 12 heures. Qu’avez-vous retenu ?

Forcément, c’était long. Mais en même temps, c’était intéressant. Et c’était de bonne qualité, innovant. Parce que ce n’était pas évident de mettre des gens aussi différents que Jordan Bardella et Manuel Bompard dans la même salle pour discuter sur un certain nombre de sujets, et qui parfois pouvaient même converger. Par exemple, sur la politique internationale, il y avait un soutien assez large à la politique menée par le Président. Il y a des appréciations, mais sur ce que mène la France, il n’y a pas de décalage.

Le seul engagement à la sortie, c’est une conférence sociale sur les carrières et les branches situées sous le salaire minimum. Il peut en ressortir quelque chose ?

A l’évidence, il y a un problème de pouvoir d’achat. On le sait avec l’inflation. La conférence sociale, c’est une idée qui rattrape un peu ce qu’on aurait dû faire après la Covid, c’est-à-dire tirer les conséquences sociales de cette période. Je suis pour et on l‘avait réclamée il y a un an et demi. Ce n’est pas forcément une idée de gauche. C’est une idée qui rejoint les préoccupations sociales.

Pour vous, cette « rencontre de Saint-Denis », c’était un coup’ de com’ ou un exercice démocratique ?

C’est un exercice démocratique intéressant. Encore une fois, ça permet de faire s’exprimer sur leur position l’ensemble des forces politiques du pays. Est-ce que ça peut déboucher sur des compromis ? C’est moins sûr. Tout le monde est resté jusqu’à la fin. Mais à la sortie, j’ai tout de suite vu par les interventions que le naturel reprenait le dessus. Il y a une parenthèse car il y a un échange qui se fait directement, sans témoin. Mais est-ce que la magie de ce moment peut se prolonger jusque dans les hémicycles parlementaires ? Ce n’est pas évident.

Y a-t-il eu des échanges entre les participants, ou cela se limitait-il à des tours de table ?

C’était des tours de table, mais il y avait des réponses, les uns entre les autres, et le Président répondait à tout le monde. J’ai retenu que la Nupes était plutôt désireuse de mettre en évidence sa demande d’un référendum sur la retraite et que le Président, évidemment, a exprimé le fait qu’on ne pouvait pas opposer la légitimité du Parlement à celle du référendum.

Globalement, l’ambiance était plutôt sérieuse, mais détendue. Mais surtout, avec une grande liberté d’expression. Par exemple, Fabien Roussel, le secrétaire national du PCF, a exprimé son rejet du 49.3 et a souligné ce qu’il appelle la violence du début de l’année. Et le Président lui a répondu que quand on applique la Constitution, on n’est pas violent.

Sur les institutions, y a-t-il matière à avancer ?

Il y a eu des demandes sur un référendum sur l’immigration, mais qui n’est pas rendu possible par l’article 11 de la Constitution. Donc il faudrait élargir le champ de l’article 11. On rentre dans un domaine compliqué. Donc le texte immigration continuera d’être examiné par la voie parlementaire. Il y a ceux qui sont favorables à cela et aussi beaucoup de réticences. Certains disent qu’il faut pouvoir faire des référendums sur toutes sortes de sujets, avec l’idée d’une démocratie plus participative et plus rythmée. Ceux qui sont plus réservés disent qu’il faut faire attention. C’est un garde-fou et on ne peut pas faire des référendums sur tout et n’importe quel sujet.

Et sur les collectivités ?

Pareil, il y a un souci partagé pour dire qu’il faut plus de décentralisation. Après, il y a ceux qui voudraient revenir à des régions plus modestes et plus soucieuses de coller à la nature du terrain, car les nouvelles régions éloignent les citoyens de la décision. Et en même temps, il y a l’idée qu’on ne peut pas chambouler perpétuellement l’architecture territoriale du pays. Il faut y réfléchir avant de vouloir tout bouger.

Et sur la dose de proportionnelle, un consensus peut-il émerger ?

Le Président a pris acte de ce qu’il se disait. Il a dit qu’il fallait creuser. EELV, nous à l’UDI, Stéphane Séjourné à Renaissance ou François Bayrou pour le Modem sont favorables à une dose de proportionnelle. Après, il faut définir laquelle. Eric Ciotti ne s’est pas manifesté.

Selon l’AFP, Emmanuel Macron a dit hier soir que « ne pas pouvoir être réélu est une funeste connerie », au sujet de la limitation par la Constitution à deux mandats présidentiels successifs. Confirmez-vous ses propos ?

Je ne me souviens plus s’il a dit « connerie ». Jordan Bardella a évoqué le septennat unique. Il y a eu un débat. Le Président a dit « je suis toujours animé par le désir d’agir, de travailler pour le pays. Mais je reconnais que c’est un peu absurde car les deuxièmes mandats, de ce fait, ont une nature complètement différente ». D’ailleurs, Edouard Philippe a surenchéri en disant oui, c’est une connerie.

Sur le chapitre cohésion de la Nation, qu’en ressort-il ?

C’était très tard. Il y a eu des considérations sur l’immigration, l’intégration, la jeunesse, le logement, la politique de la ville. C’était plutôt des chantiers ouverts.

Au final, cette rencontre était-elle utile ?

C’est toujours utile d’échanger avec ceux en charge des familles politiques qui siègent au Parlement. C’était de bon niveau. C’est important de savoir ce que pensent les uns et les autres. Mais s’il suffisait de passer quelques heures ensemble pour gommer les différences, ça se saurait. Il y a des points où on constate des compromis, où on gomme les divergences. D’autres où on progresse et d’autres où ça va être long.

Partager cet article

Dans la même thématique

Rencontre entre Macron et les partis : « Pas évident que la magie de ce moment se prolonge jusque dans l’hémicycle », selon Hervé Marseille
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Rencontre entre Macron et les partis : « Pas évident que la magie de ce moment se prolonge jusque dans l’hémicycle », selon Hervé Marseille
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le