Rencontre Poutine/Macron : « Nous nous sommes tout dit »
Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont tenté de réchauffer leurs relations pour leur première rencontre, au Château de Versailles. Mais les points de divergences sont encore là.

Rencontre Poutine/Macron : « Nous nous sommes tout dit »

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont tenté de réchauffer leurs relations pour leur première rencontre, au Château de Versailles. Mais les points de divergences sont encore là.
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Le lieu choisi est tout sauf anodin. C’est au milieu de la Galerie des batailles, au Château de Versailles, qu’Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont tenu une conférence de presse commune, ce lundi. Mais pour leur première rencontre, la volonté des deux chefs d’Etat était de montrer un certain rapprochement et de célébrer « cette amitié franco-russe ».

« Ces victoires militaires ont souvent été le fruit de beaucoup d’incompréhensions et ont fait tomber beaucoup d’hommes » a rappelé Emmanuel Macron, qui a salué « l’amitié mutuelle qui dure encore aujourd’hui », dans les pas de Pierre Le Grand. Les deux hommes ont inauguré ensemble une exposition consacrée au Tsar, « symbole de cette Russie qui veut s’ouvrir à l’Europe » souligne Macron, et qui avait passé plusieurs semaines en France. « C’est la première fois que je viens ici. Et je suis très impressionné par la grandeur de la France, la grandeur de son histoire » a salué le Président russe. Voilà pour les échanges d’amabilités.

En réalité, Macron et Poutine n’ont pas fait que s’échanger des fleurs. La conférence de presse est sortie par moment du langage diplomatique habituel. L’occasion de solder les dossiers qui fâchent. « C’était un échange extrêmement franc, direct, avec beaucoup de choses qui se sont dites. (…) Il y a une part de ce que je lui ai dit que je ne vous dirai pas, (…) mais nous nous sommes tout dit. On partage des désaccords. Mais surtout, on voit comment construire de manière concrète une action commune. (…) Si nous n’avons pas un dialogue franc, sincère, fait parfois de désagréments, (…) nous n’arriverons à aucune avancée » a expliqué Emmanuel Macron. Le chef de l’Etat français a tenu à souligner l’« importance pour la France du respect de toutes les personnes, de toutes les minorités et sensibilités ». « Les cas des personnes LGBT en Tchétchénie et des ONG en Russie » ont été mis sur la table par l’hôte de l’Elysée. « Le président Poutine m'a (...) indiqué avoir pris plusieurs initiatives sur le sujet des personnes LGBT en Tchétchénie, avec des mesures visant à faire la vérité complète sur les activités des autorités locales et à régler les sujets les plus sensibles », a détaillé Emmanuel Macron.

« Russia Today et Sputnik ont été des organes d'influence et de propagande »

La campagne électorale française a laissé des traces en réalité. Moscou avait reçu Marine Le Pen et voyait aussi d’un bon œil François Fillon. Interrogé par l’AFP sur les cybers attaques contre le site de Macron pendant la campagne, attribuées à la Russie, Vladimir Poutine a balayé d’un revers de main le sujet, sourire en coin : « Vous voyez comment cette question a été formulée. (…) On dit que peut-être c’était des hackers russes. Comment voulez-vous que je commente quoi que ce soit ? Qui dit quoi et sur quelle base ? » a-t-il demandé, se permettant de faire la leçon au journaliste français. Question ensuite de Russia Today, sur l’interdiction pour le media russe et le site Spoutnik d’accéder au QG de Macron pendant la campagne. Réponse sanglante du Président français : « J’ai eu des relations exemplaires avec les journalistes étrangers. Encore faut-il qu’ils soient journalistes. (…) Quand des organes de presses répandent des contre-vérités infamantes, ce ne sont plus des journalistes, ce sont des organes d’influence » et « de propagande mensongère » attaque-t-il, accusant clairement « Russia Today et Sputnik ». Regardez :

Macron : « Russia Today et Sputnik ont été des organes d'influence et de propagande »
01:16

Vladimir Poutine s’est lui fait un plaisir de rappeler son opposition aux sanctions décidées contre la Russie après l’annexion de la Crimée : « Vous avez posé la question sur les sanctions contre la Russie et demandé si ça contribue à régler la crise à Est de l’Ukraine. Aucunement. Je lance un appel : il faut en finir avec toutes les limitations des échanges internationaux ».

« Notre priorité absolue, c'est la lutte contre le terrorisme »

Cette rencontre entre les deux chefs d’Etat a cependant aussi été l’occasion de mettre en avant des points de rapprochement. La lutte contre le terrorisme en est un. « Sur la Syrie, j'ai rappelé quelles étaient nos priorités et je crois que nous pouvons sur cette voie travailler ensemble, en tout cas c'est mon souhait, dans les prochaines semaines », « notre priorité absolue, c'est la lutte contre le terrorisme et l'éradication des groupements terroristes et en particulier de Daech » a souligné Emmanuel Macron.

Le chef de l'Etat français s'est accordé avec Vladimir Poutine sur la création d'« un groupe de travail » franco-russe pour lutter contre le terrorisme. Emmanuel Macron a également plaidé pour une transition démocratique pour la Syrie « mais en préservant un Etat Syrien » car « les Etats faillis sont une menace pour nos démocraties » a-t-il ajouté, se disant même prêt à « discuter avec l'ensemble des partis en présence », « y compris les représentants de M. Bachar al-Assad ».

« Ligne rouge » de l’utilisation d’armes chimiques en Syrie pour la France

Mais Emmanuel Macron a formulé une « ligne rouge très claire » : « L'utilisation d'une arme chimique par qui que ce soit » fera « l'objet de représailles et d'une riposte immédiate de la part des Français ».

Sur la situation en Ukraine, les Présidents ont fait part de leur bonne volonté : « Nous avons longuement parlé des différents points de détails et de mise en œuvre du processus dit de Minsk. Notre souhait, je crois pouvoir le dire sous le contrôle du président Poutine, c'est que dans les meilleurs délais puisse se tenir à nouveau un échange sous le format dit Normandie » réunissant Russie, Ukraine, France et Allemagne, a déclaré Emmanuel Macron.

« Un forum franco russe des sociétés civiles sera mis en place »

Pour rapprocher les sociétés civiles, « un forum franco russe des sociétés civiles sera mis en place » a par ailleurs annoncé le Président français. « Je veux veiller à ce que nos peintres, musiciens, scientifiques puissent travailler ensemble dans les meilleures conditions » a souligné Emmanuel Macron, Vladimir Poutine évoquant aussi les échanges entre étudiants.

« Nous avons essayé de trouver avec le Président Macron les points de rapprochement » résume le Président russe. « Je suis persuadé que les intérêts premiers de la France et de la Russie dépassent tous ces points de frictions. D’ailleurs, les hommes d’affaire des deux pays le comprennent très bien » a rappelé Vladimir Poutine, qui a souligné qu’« aucune des 500 entreprises françaises présentes en Russie n’ont pas quitté le marché malgré les péripéties de ces derniers temps ». La diplomatie par les affaires, voilà un langage par lequel Vladimir Poutine et Emmanuel Macron devraient se comprendre.

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