Rencontres de Saint-Denis : la lettre d’Emmanuel Macron laisse toujours les oppositions dans l’expectative

Rencontres de Saint-Denis : la lettre d’Emmanuel Macron laisse toujours les oppositions dans l’expectative

Le président de la République est revenu vers les leaders des partis politiques qu’il avait réunis une semaine auparavant. Dans une lettre de plusieurs pages, Emmanuel Macron annonce la reconduite de ce format et précise que les réflexions institutionnelles vont se poursuivre. Certains opposants restent sur leur faim.
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Les « Rencontres de Saint-Denis » déboucheront bien sur d’autres initiatives politiques. Une semaine après avoir réuni pendant près de douze heures, au nord de Paris, les responsables des principaux partis, Emmanuel Macron s’est engagé à prolonger le format, et à associer ses interlocuteurs sur plusieurs chantiers. Le chef de l’État a en effet transmis un courrier dans la nuit aux intéressés. Ces derniers ont jusqu’à dimanche pour répondre à la main tendue et faire des contre-propositions éventuelles, avant une « prochaine rencontre ». Le calendrier doit être dévoilé la semaine prochaine.

Le document présidentiel dresse sur six pages la synthèse des échanges nocturnes tenus dans la cité dionysienne, listant les quelques rares points d’accord comme la position de la France face à la guerre en Ukraine, tout comme les nombreux points où les consensus sont pour le moment absents. En matière de changements institutionnels – comme l’introduction d’une dose de proportionnelle, l’approfondissement de la décentralisation ou l’avenir du non-cumul des mandats – Emmanuel Macron propose aux chefs de partis de « mener un travail en direct » avec eux « durant les mois à venir » pour « construire la proposition la plus ambitieuse possible ».

Toujours sur le plan du fonctionnement démocratique, le chef de l’État s’engage à faire une proposition « dans les semaines qui viennent » sur une modification des modalités du recours au référendum, dans le but de l’utiliser éventuellement sur les questions d’immigration. Parmi les autres annonces : celles d’un débat au Parlement sur la situation au Sahel mais aussi la convocation d’une Conférence sociale, sur la question de salaires, dont les modalités restent encore à définir avec les partenaires sociaux.

Un format « utile » pour le sénateur Hervé Marseille, qui attend néanmoins des « précisions »

Président du groupe Union centriste au Sénat, la deuxième force de la majorité de droite et du centre, Hervé Marseille salue un contenu qui est « le reflet fidèle des échanges » qui se sont tenus il y a quelques jours. « Maintenant, on va voir comment ça se déroule, on va attendre d’avoir des précisions », patiente le sénateur des Hauts-de-Seine. « Il y a une tentative de trouver des solutions, car il n’y a pas de majorité à l’Assemblée nationale », observe le parlementaire, qui vante un rendez-vous « utile ». La volonté d’Emmanuel Macron de poursuivre les discussions, notamment sur la sphère institutionnelle, s’explique probablement par le fait qu’une majorité des trois cinquièmes pour réviser la Constitution est loin d’être gagnée. « De toute façon, les décisions et les débats se prendront au Parlement. Ces travaux permettent d’échanger, de préparer les dossiers », estime le sénateur.

Si beaucoup de partis d’opposition ont salué le format inédit de cette « initiative politique d’ampleur », selon les mots de l’Élysée, la plupart d’entre eux ont étalé leur déception au lendemain de l’entrevue. Une semaine plus tard, la missive du chef de l’État n’a pas dissipé l’atmosphère de scepticisme. Les écologistes ont été parmi les premiers à s’exprimer, déçus par « l’infime place » qu’occupe l’écologie dans la lettre. Abordée en fin de dernière page, la thématique environnementale est renvoyée à la présentation, en avant-première aux présidents de partis, du projet de Planification écologique. « Inquiétant » et « anachronique » dénonce Europe Écologie-Les Verts.

« Des ambiguïtés à tous les étages » regrette un socialiste

Toujours à gauche, un cadre socialiste peine à trouver les mots vis-à-vis de la lettre d’Emmanuel Macron. « Un grand fourre-tout. Le président de la République décide de ce qu’il accepte de parler, nous obligeant au passage au dialogue avec le RN », s’exclame cet élu, avant de regretter « des ambiguïtés à tous les étages ».

La semaine dernière, d’autres familles ont également pressé le chef de l’État de passer aux suites concrètes. Jordan Bardella, du Rassemblement national se disait « dans l’incapacité » de préciser sur quoi déboucheraient ces rencontres, et Manuel Bompard disait avoir eu « l’impression de vivre 12 heures sur la planète Mars ». « Tout cela doit se traduire concrètement », s’impatientait également Éric Ciotti.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Paris : Session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Loi Yadan contre l’antisémitisme : les sénateurs dubitatifs à l’annonce de la reprise en main du gouvernement

Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.

Le

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

La sélection de la rédaction

France Chile
9min

Politique

Comment va se passer « l’initiative politique d’ampleur » d’Emmanuel Macron avec les chefs de partis ?

Le chef de l’Etat rassemble ce mercredi, à Saint Denis, tous les chefs de partis représentés au Parlement. Si un certain flou demeure, l’international, la décentralisation et la cohésion de la Nation sont au programme. Le tout « à huis clos », pour permettre des échanges « en confiance ». « Le Président a appelé individuellement les participants », selon le président de l’UDI, Hervé Marseille, histoire de préparer la réunion. Mais la Nupes a décidé de sécher le dîner prévu.

Le