Rénovation des logements : « Si on n’aide pas les particuliers, ils n’y arriveront pas », alerte Emmanuelle Cosse
Auditionnées par la commission d’enquête sur la rénovation énergétique, deux anciennes ministres du Logement ont alerté les sénatrices et sénateurs sur la faiblesse des moyens budgétaires de la politique de rénovation des logements. D’après Sylvia Pinel et Emmanuelle Cosse, l’Etat est encore à la recherche d’un véritable « modèle financier » viable.

Rénovation des logements : « Si on n’aide pas les particuliers, ils n’y arriveront pas », alerte Emmanuelle Cosse

Auditionnées par la commission d’enquête sur la rénovation énergétique, deux anciennes ministres du Logement ont alerté les sénatrices et sénateurs sur la faiblesse des moyens budgétaires de la politique de rénovation des logements. D’après Sylvia Pinel et Emmanuelle Cosse, l’Etat est encore à la recherche d’un véritable « modèle financier » viable.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Les anciennes ministres du Logement et de la Transition énergétique se sont succédé, ce lundi après-midi au Sénat. La commission d’enquête sur la rénovation énergétique, lancée par le groupe écologiste, continuait en effet ses travaux, après les auditions de Ségolène Royal et François de Rugy la semaine dernière. Après que Cécile Duflot a dénoncé, en début d’après-midi, des règles budgétaires « complètement absurdes et rageantes », sa successeure au ministère du Logement, Sylvia Pinel, et la dernière titulaire du portefeuille du quinquennat de François Hollande, Emmanuelle Cosse, ont aussi pointé les faiblesses budgétaires de la politique de rénovation énergétique du bâti.

« Malgré l’empilement des aides, le reste à charge reste trop lourd »

Emmanuelle Cosse, la présidente de l’Union sociale pour l’habitat, estime que la rénovation énergétique « est la politique la plus difficile en matière de logement » : « Dans la rénovation, vous vous attaquez au stock, dans son hétérogénéité. Vous vous attaquez à la vie des gens. Vous rentrez dans la vie de particuliers, ce qui veut dire qu’il faut un accompagnement énorme. » L’ancienne ministre du Logement estime à cet égard ne pas avoir eu « tous les moyens budgétaires nécessaires », même si le fait que les ministres successifs n’aient pas réussi à atteindre les objectifs fixés en matière de rénovation énergétique, « n’est pas qu’une question d’argent », a-t-elle concédé.

Sylvia Pinel, qui l’avait précédée au ministère, abonde : il manque un « modèle financier » à la politique de rénovation française : « Les rénovations ont un coût. Dans certains territoires il n’y aura pas d’augmentations de loyer, il faut un modèle financier qui permet d’équilibrer ces opérations. Des recommandations de financement sont à creuser. » Surtout, pour l’ancienne ministre du Logement, il y a la question du « reste-à-charge », c’est-à-dire la somme que les particuliers qui font des travaux ont à payer après déduction des différentes aides auxquelles elles sont éligibles. « Il y a de plus en plus de décohabitations, c’est encore plus difficile pour des familles monoparentales de réaliser des travaux. Malgré l’empilement des aides, dans le contexte économique que nous connaissons, le reste à charge reste trop lourd, et représente donc un frein à la rénovation du logement. »

« N’importe quel logement se vend à des prix dingues quelle que soit sa qualité énergétique, c’est fou »

Au-delà des familles monoparentales, Emmanuelle Cosse identifie un autre type de ménages que l’Etat a du mal à embarquer dans la massification de la rénovation énergétique du bâti : les retraités. « Beaucoup de publics retraités propriétaires ne veulent pas faire de travaux coûteux alors qu’ils n’auront pas de retour sur investissement. Cela dépend du marché immobilier, il y a des territoires où les passoires thermiques ne se vendent pas moins chères. […] À l’inverse, on est dans un moment où le marché immobilier n’a jamais été aussi florissant dans certains endroits, où n’importe quel logement se vend à des prix dingues quelle que soit sa qualité énergétique, ce qui est fou », développe l’ancienne ministre du Logement.

Emmanuelle Cosse regrette le manque d’incitations pécuniaires à la rénovation de l’Etat pour ces publics qui ont du mal à rénover leurs logements, et, elle aussi, l’absence d’un véritable modèle financier pérenne pour financer ces travaux : « Ces ménages n’ont jamais été incités par l’Etat à avoir des pratiques moins émettrices. Vous achetez une voiture moins émettrice, vous avez une réduction sur votre carte grise. Vous rénovez votre logement, est-ce que vous avez des incitations sur différentes taxes ? […] Après cette année avec un tarif de l’énergie extrêmement cher, on voit le modèle économique. Mais dans les années 2015-2016, l’énergie est extrêmement basse, on avait une grande difficulté à convaincre les ménages de faire des travaux. »

« Sur la rénovation, on est souvent à plus de 50 000 euros le logement, il faut en avoir conscience »

D’après elle, « si on n’aide pas les particuliers, ils n’y arriveront pas. » La présidente de l’Union sociale pour l’habitat développe : « Sur la rénovation, on est souvent à plus de 50 000 euros le logement, il faut en avoir conscience. Et pour des biens qui ont souvent une valeur inférieure à 100 000 euros. Qu’on soit modeste ou moins modeste, la question peut se poser entre la valeur de son bien et des travaux, malgré des aides très intéressantes. Le reste-à-charge est considérable, d’autant plus que les ménages ne veulent pas se rendetter avant de finir de payer leurs biens. » Ainsi, l’ancienne ministre du Logement n’est « pas sûre » que les moyens budgétaires actuels soient « suffisants pour tenir les délais », notamment sur les passoires thermiques classées G dans le diagnostic de performance énergétique (DPE).

Partager cet article

Dans la même thématique

Rénovation des logements : « Si on n’aide pas les particuliers, ils n’y arriveront pas », alerte Emmanuelle Cosse
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Rénovation des logements : « Si on n’aide pas les particuliers, ils n’y arriveront pas », alerte Emmanuelle Cosse
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le