Rénovation des logements : « Si on n’aide pas les particuliers, ils n’y arriveront pas », alerte Emmanuelle Cosse
Auditionnées par la commission d’enquête sur la rénovation énergétique, deux anciennes ministres du Logement ont alerté les sénatrices et sénateurs sur la faiblesse des moyens budgétaires de la politique de rénovation des logements. D’après Sylvia Pinel et Emmanuelle Cosse, l’Etat est encore à la recherche d’un véritable « modèle financier » viable.

Rénovation des logements : « Si on n’aide pas les particuliers, ils n’y arriveront pas », alerte Emmanuelle Cosse

Auditionnées par la commission d’enquête sur la rénovation énergétique, deux anciennes ministres du Logement ont alerté les sénatrices et sénateurs sur la faiblesse des moyens budgétaires de la politique de rénovation des logements. D’après Sylvia Pinel et Emmanuelle Cosse, l’Etat est encore à la recherche d’un véritable « modèle financier » viable.
Louis Mollier-Sabet

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Les anciennes ministres du Logement et de la Transition énergétique se sont succédé, ce lundi après-midi au Sénat. La commission d’enquête sur la rénovation énergétique, lancée par le groupe écologiste, continuait en effet ses travaux, après les auditions de Ségolène Royal et François de Rugy la semaine dernière. Après que Cécile Duflot a dénoncé, en début d’après-midi, des règles budgétaires « complètement absurdes et rageantes », sa successeure au ministère du Logement, Sylvia Pinel, et la dernière titulaire du portefeuille du quinquennat de François Hollande, Emmanuelle Cosse, ont aussi pointé les faiblesses budgétaires de la politique de rénovation énergétique du bâti.

« Malgré l’empilement des aides, le reste à charge reste trop lourd »

Emmanuelle Cosse, la présidente de l’Union sociale pour l’habitat, estime que la rénovation énergétique « est la politique la plus difficile en matière de logement » : « Dans la rénovation, vous vous attaquez au stock, dans son hétérogénéité. Vous vous attaquez à la vie des gens. Vous rentrez dans la vie de particuliers, ce qui veut dire qu’il faut un accompagnement énorme. » L’ancienne ministre du Logement estime à cet égard ne pas avoir eu « tous les moyens budgétaires nécessaires », même si le fait que les ministres successifs n’aient pas réussi à atteindre les objectifs fixés en matière de rénovation énergétique, « n’est pas qu’une question d’argent », a-t-elle concédé.

Sylvia Pinel, qui l’avait précédée au ministère, abonde : il manque un « modèle financier » à la politique de rénovation française : « Les rénovations ont un coût. Dans certains territoires il n’y aura pas d’augmentations de loyer, il faut un modèle financier qui permet d’équilibrer ces opérations. Des recommandations de financement sont à creuser. » Surtout, pour l’ancienne ministre du Logement, il y a la question du « reste-à-charge », c’est-à-dire la somme que les particuliers qui font des travaux ont à payer après déduction des différentes aides auxquelles elles sont éligibles. « Il y a de plus en plus de décohabitations, c’est encore plus difficile pour des familles monoparentales de réaliser des travaux. Malgré l’empilement des aides, dans le contexte économique que nous connaissons, le reste à charge reste trop lourd, et représente donc un frein à la rénovation du logement. »

« N’importe quel logement se vend à des prix dingues quelle que soit sa qualité énergétique, c’est fou »

Au-delà des familles monoparentales, Emmanuelle Cosse identifie un autre type de ménages que l’Etat a du mal à embarquer dans la massification de la rénovation énergétique du bâti : les retraités. « Beaucoup de publics retraités propriétaires ne veulent pas faire de travaux coûteux alors qu’ils n’auront pas de retour sur investissement. Cela dépend du marché immobilier, il y a des territoires où les passoires thermiques ne se vendent pas moins chères. […] À l’inverse, on est dans un moment où le marché immobilier n’a jamais été aussi florissant dans certains endroits, où n’importe quel logement se vend à des prix dingues quelle que soit sa qualité énergétique, ce qui est fou », développe l’ancienne ministre du Logement.

Emmanuelle Cosse regrette le manque d’incitations pécuniaires à la rénovation de l’Etat pour ces publics qui ont du mal à rénover leurs logements, et, elle aussi, l’absence d’un véritable modèle financier pérenne pour financer ces travaux : « Ces ménages n’ont jamais été incités par l’Etat à avoir des pratiques moins émettrices. Vous achetez une voiture moins émettrice, vous avez une réduction sur votre carte grise. Vous rénovez votre logement, est-ce que vous avez des incitations sur différentes taxes ? […] Après cette année avec un tarif de l’énergie extrêmement cher, on voit le modèle économique. Mais dans les années 2015-2016, l’énergie est extrêmement basse, on avait une grande difficulté à convaincre les ménages de faire des travaux. »

« Sur la rénovation, on est souvent à plus de 50 000 euros le logement, il faut en avoir conscience »

D’après elle, « si on n’aide pas les particuliers, ils n’y arriveront pas. » La présidente de l’Union sociale pour l’habitat développe : « Sur la rénovation, on est souvent à plus de 50 000 euros le logement, il faut en avoir conscience. Et pour des biens qui ont souvent une valeur inférieure à 100 000 euros. Qu’on soit modeste ou moins modeste, la question peut se poser entre la valeur de son bien et des travaux, malgré des aides très intéressantes. Le reste-à-charge est considérable, d’autant plus que les ménages ne veulent pas se rendetter avant de finir de payer leurs biens. » Ainsi, l’ancienne ministre du Logement n’est « pas sûre » que les moyens budgétaires actuels soient « suffisants pour tenir les délais », notamment sur les passoires thermiques classées G dans le diagnostic de performance énergétique (DPE).

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