Rentrée politique : un discours sécuritaire qui attise les convoitises avant 2022
En cette rentrée, le gouvernement se montre à l’offensive sur le terrain de la sécurité. La thématique a largement été aussi au centre des universités d’été du Rassemblement national et surtout des Républicains. Ces derniers saluent la volonté du gouvernement, mais se montrent plus prudents sur la réalité des actes. D’autres appellent à ne pas négliger l’économie et le social.

Rentrée politique : un discours sécuritaire qui attise les convoitises avant 2022

En cette rentrée, le gouvernement se montre à l’offensive sur le terrain de la sécurité. La thématique a largement été aussi au centre des universités d’été du Rassemblement national et surtout des Républicains. Ces derniers saluent la volonté du gouvernement, mais se montrent plus prudents sur la réalité des actes. D’autres appellent à ne pas négliger l’économie et le social.
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On savait que le régalien serait une pièce maîtresse de la fin du quinquennat d’Emmanuel Macron. Malgré les inquiétudes sur le plan sanitaire, avec la progression grandissante du nombre de cas de Covid-19, le gouvernement fait de la carte sécuritaire l’un des grands axes de sa rentrée. Elle figure parmi les priorités à l’agenda de son séminaire du 9 septembre. En attendant, elle occupe déjà le terrain médiatique. « La France est malade de son insécurité », fait valoir le nouveau ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, ce lundi dans les colonnes du Parisien. Aux côtés de Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la Citoyenneté, il a dévoilé une partie de la feuille de route. L’accent sera mis sur la lutte contre le trafic de stupéfiants et la consommation de drogue (avec la généralisation de l’amende forfaitaire de 200 euros ciblant les consommateurs), qui devra être « l’alpha et l’oméga et de toutes nos interventions », selon le ministre. Redéployer des forces de l’ordre dans les rues ou encore doubler le nombre de verbalisations pour harcèlement de rue sont deux autres grands objectifs affichés.

« L’été Orange mécanique »

Il faut dire que depuis la fin août, les oppositions à la droite de la République en marche donnent de la voix sur l’insécurité. Cet été, « on a donné le sentiment que l'Etat de droit était en recul », expliquait ainsi le président du Sénat (LR) Gérard Larcher, inquiet de « l’impuissance » à l’œuvre. Pour Xavier Bertrand, le président (LR) de la région Hauts-de-France, la France a traversé un « été Orange mécanique ». Réunis à Port-Marly ce week-end, les Républicains se sont largement attardés sur la thématique de l’insécurité dans leurs discours, bien présente selon eux dans le ressenti des Français. Christian Jacob, le président du parti, a dénoncé une « ultraviolence partout sur le territoire » quand Bruno Retailleau appelait à « reciviliser ce qui a été ensauvagé ». Même critique sur le bilan du gouvernement à Fréjus, là où s’est tenue l’université du Rassemblement national. « La barbarie s’installe », s’est exclamée Marine Le Pen.

À droite, Gérald Darmanin n’est pas un inconnu. Il était l’un des leurs et inspire, à ce titre, plus confiance que son prédécesseur Christophe Castaner. « Darmanin est peut-être un peu au fait des choses car il était élu local », considère la sénatrice LR du Val-d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio. Elle juge que cette offensive sécuritaire signe la fin de « trois années de déni » et de « discours du en même temps ». « On n’a l’impression qu’on n’a pas le même gouvernement. On ne peut pas reprocher au gouvernement d’avoir des objectifs, mais on fera le bilan. »

Le sénateur LR Jérôme Bascher (Oise) salue, lui, un « langage de vérité attendu par de nombreux Français », tenu par son « ami » Gérald Darmanin. « Le sujet, c’est bien la fermeté […] Ce qu’il dit est positif. C’est une politique de droite que nous entendons mener. »

Gérald Darmanin, « le clone » de Nicolas Sarkozy ?

En revanche, les effets dans les urnes ne sont pas un sujet d’inquiétude pour lui. « Je ne suis jamais inquiet de voir que sur les sujets régaliens la France peut être unie », affirme-t-il. Jusqu’à présent, le sénateur juge que l’exécutif n’a pas fait ses preuves. « Ça ne va jamais au bout. Ce sont nous qui faisons les propositions. Au gouvernement, ils sont à la ramasse, sauf quand ils sont acculés. » Il en veut pour preuve les propositions de loi, qui ne sont multipliées ces derniers mois au Sénat – sur la délinquance, l’encadrement des manifestations ou encore contre le développement du communautarisme – et pour lesquelles le gouvernement n’a jamais donné suite, sinon avec retard.

L’ambition du nouveau ministre se traduit en tout cas par une communication qui promet d’être régulière. Il envisage un point presse mensuel pour communiquer sur les « résultats » des services, en matière de lutte contre les stupéfiants, de chiffres des violences conjugales ou sexuelles, les heures de patrouille ou encore les données sur l’asile et l’immigration. Un culte du chiffre, qui rappelle son utilisation intensive par Nicolas Sarkozy dans les années 2000, lors de son passage au ministère de l’Intérieur. Le parallèle n’a échappé à personne. « Gérald Darmanin ? Le clone », compare Jacqueline Eustache Brinio. « Je ne suis pas sûr qu'il s’en cache vraiment. Il s’est mis dans les pas de Nicolas Sarkozy ministre de l’Intérieur, une personnalité dont les gens considéraient qu’il avait des résultats », commente à son tour Marc-Philippe Daubresse, un autre ministre chiraquien.

Le problème du suivi pénal

Fondamentalement, Jérôme Bascher localise la racine de l’insécurité sur la place Vendôme, plutôt que sur la place Beauvau. « Le problème de Darmanin, c’est le ministre de la Justice, les instructions données aux parquets et aux juges d’application des peines », accuse-t-il. Gérald Darmanin et le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti s’étaient notamment opposés sur l’utilisation du terme « ensauvagement » de la société, le second désapprouvant l’utilisation de cette expression par son collègue.

Le diagnostic porté sur le ministère de la Justice semble être partagé par de nombreuses personnalités à droite. « Le problème est beaucoup dans le suivi pénal », acquiesce Marc-Philippe Daubresse. « Ce que dit Gérald Darmanin ne me déplaît pas du tout, mais j’attends de la voir la réalité sur le terrain. » « Il faut voir comment la justice va répondre à ces attentes. La réponse pénale est très faible. Un rappel à la loi n’est pas suffisant », avance Jacqueline Eustache-Brinio.

« Laisser le débat s’instaurer sur la sécurité à présent, c’est un peu prématuré », estime le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse

Jacqueline Eustache-Brinio sent toutefois que l'offensive du gouvernement traduit une « vraie inquiétude » dans les rangs de l’exécutif. « On n’est pas dupes du tout. On sait très bien que ça fait partie des axes sur lesquels l’élection présidentielle se jouera », analyse-t-elle.

Au risque de dévoiler son jeu trop rapidement ? Marc-Philippe Daubresse se montre assez critique sur le débat politique et médiatique qui se cristallise sur la thématique sécuritaire. « Le sujet majeur, c’est la crise économique et sociale. Laisser le débat s’instaurer sur la sécurité à présent, c’est un peu prématuré. Ce sera un débat de présidentielle, c’est sûr, mais ça ne me semble pas le débat crucial de la rentrée », explique-t-il à Public Sénat. L’ancien ministre estime que la thématique sécuritaire a été montée en épingle sous l’effet des réseaux sociaux et des chaînes d’information qui ont servi de caisse de résonance aux faits divers.

À l’heure où différentes formations abordent la sécurité sous le même prisme, le sénateur LR met en garde sa famille politique. « Si vous voulez exister, il faut une stratégie de différenciation. Sur la sécurité, il est évident que la droite a toujours eu un discours net et ferme. Un autre sujet de différenciation sera la réponse à la crise économique et sociale. On n’entend pas assez, de mon point de vue, les ténors de la droite sur cette question. »

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