Report de la visite de Charles III : « Une décision de raison » pour les sénateurs
La mobilisation contre la réforme des retraites bouleverse l’agenda politique. Après le report de l’examen de la loi immigration, c’est la visite du roi Charles III qui est déplacée. Le souverain britannique devait notamment se rendre au Sénat pour prononcer un discours historique. « L’exécutif est aux abois et sous tension », pour le sénateur communiste Éric Bocquet est le président du groupe d’amitié France-Royaume Uni.

Report de la visite de Charles III : « Une décision de raison » pour les sénateurs

La mobilisation contre la réforme des retraites bouleverse l’agenda politique. Après le report de l’examen de la loi immigration, c’est la visite du roi Charles III qui est déplacée. Le souverain britannique devait notamment se rendre au Sénat pour prononcer un discours historique. « L’exécutif est aux abois et sous tension », pour le sénateur communiste Éric Bocquet est le président du groupe d’amitié France-Royaume Uni.
Simon Barbarit

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Victime collatérale des mobilisations contre la réforme des retraites, la première visite d’Etat du roi Charles III a été annulée. Le souverain britannique devait se rendre au Sénat pour prononcer un discours lundi. Il devait aussi participer à un dîner au château de Versailles lundi soir, puis se rendre à Bordeaux mardi.

19 ans après la visite de la Reine d’Angleterre au Sénat, Charles III va devoir attendre un peu avant de fouler à son tour l’escalier d’honneur du palais du Luxembourg. Sa visite de deux jours en France, qui devait passer par le Sénat où il devait prononcer un discours devant les parlementaires, a été « reportée, compte tenu de l’annonce d’une nouvelle journée d’action nationale contre la réforme des retraites » prévue le mardi 28 mars, a annoncé l’Élysée ce vendredi, dans un communiqué.

La décision a été « prise par les gouvernements français et britannique, après un échange téléphonique entre le Président de la République et le Roi ce matin, afin de pouvoir accueillir Sa Majesté le roi Charles III dans des conditions qui correspondent à notre relation d’amitié » complète la présidence française.

Selon Downing Street, le report de la visite s’est fait à la demande d’Emmanuel Macron. Du côté de l’Elysée, on évoque une nouvelle date pour « le début de l’été ». « Nous ne serions pas sérieux et nous manquerions d’un certain bon sens » à « proposer une visite au milieu des manifestations », a justifié Emmanuel Macron, lors d’un sommet européen à Bruxelles.

« On donne l’image d’un pays ingouvernable livré aux mains de quelques milliers d’agitateurs »

La venue du souverain britannique, dont le point d’orgue de la visite était un dîner d’Etat au château de Versailles lundi soir, était en train de virer au casse-tête. La journée de mobilisation de jeudi a été émaillée de nombreuses violences notamment à Bordeaux, où la porte de la mairie a été incendiée. La ville faisait partie du programme de la visite du roi. Au Sénat, la plus grande prudence entourait la venue du souverain. Peu d’éléments sur le déroulé de l’évènement avaient fuité.

« Compte tenu de la violence qui a eu lieu dans de nombreuses grandes villes, c’est une décision de raison. Mais c’est tragique pour la France d’annuler une visite d’une telle importance. C’était la première visite à l’étranger du roi depuis son accession au trône. Il s’agissait d’une nouvelle étape dans les relations franco-britanniques depuis le Brexit », regrette Christian Cambon, le président LR de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat. L’élu du Val-de-Marne déplore « l’image effroyable donnée par la France à l’étranger ». « On donne l’image d’un pays ingouvernable livré aux mains de quelques milliers d’agitateurs. Ce n’est plus la retraite qui est en cause, ce sont des Black blocs qui veulent mettre le pays à feu et à sang », juge-t-il.

« Le chef de l’Etat doit maintenant apporter une réponse politique à la crise »

Pour le sénateur socialiste, Yan Chantrel, membre du groupe d’amitié France-Royaume Uni, ce report « est un premier aveu de la part du chef de l’Etat qu’il y a un problème dans ce pays ». « Chose qu’il n’avait pas faite lors de son intervention. Je pense qu’il ne s’attendait pas à ce que la mobilisation s’accentue. On dénonce souvent la dérive monarchique d’Emmanuel Macron, il y aurait eu un décalage de le voir recevoir le roi Charles à Versailles », note-t-il avant d’ajouter : « Le chef de l’Etat doit maintenant apporter une réponse politique à la crise et non plus seulement sécuritaire. Il faut qu’il envoie des signaux et faire revenir les syndicats autour de la table ».

Quelques heures après l’annonce de l’annulation de la visite du roi Charles, Emmanuel Macron a d’ailleurs indiqué être « à disposition de l’intersyndicale » après la décision du Conseil constitutionnel.

« L’exécutif est aux abois et sous tension »

« L’intervention du Président mercredi était politique. Et c’est bien pour ça qu’elle n’a pas été appréciée. Il a assumé de dire qu’il fallait faire des efforts pour les générations futures », estime pour sa part François Patriat, le président du groupe RDPI (à majorité présidentielle). Pragmatique, le sénateur de Côte d’Or qualifie le report de la visite de « choix de sagesse et de prudence ». « Dans le contexte actuel, on ne pouvait pas mobiliser autant de forces de l’ordre pour assurer sa sécurité. Le roi doit être couronné début mai, il ne fallait pas prendre le risque de voir des images hostiles entacher son couronnement », explique François Patriat.

Le sénateur communiste Éric Bocquet est le président du groupe d’amitié France-Royaume Uni. Il avait prévu de décliner la réception au château de Versailles. « J’avais reçu un carton d’invitation mais dans le contexte actuel, ça ne me semblait pas possible de m’y rendre ». A l’annonce du report de la visite royale, Éric Bocquet n’est pas vraiment surpris. « Je m’attendais à une annonce de ce genre. On sentait bien qu’il y avait une grande inquiétude de l’autre côté de la Manche. Ça montre quand même une grande fébrilité du président Macron qui contraste avec cette arrogance affichée lors de son intervention de mercredi. Nous avons eu droit au report de la loi immigration, maintenant celle de Charles III, l’exécutif est aux abois et sous tension ».

 

 

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