Report du Brexit : «Demain sera plus douloureux encore», avertit le sénateur Jean Bizet
Le président de la commission des Affaires européennes du Sénat se montre très inquiet après la décision des Européens d’accorder six mois supplémentaires aux Britanniques pour trouver un accord de sortie. Il redoute une « paralysie potentielle de l’Europe ».

Report du Brexit : «Demain sera plus douloureux encore», avertit le sénateur Jean Bizet

Le président de la commission des Affaires européennes du Sénat se montre très inquiet après la décision des Européens d’accorder six mois supplémentaires aux Britanniques pour trouver un accord de sortie. Il redoute une « paralysie potentielle de l’Europe ».
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

La saga du Brexit s’allonge. Le Royaume-Uni devait rendre sa décision le 29 mars. La date butoir avait été repoussée au 12 avril. Finalement, au terme d’un sommet européen tourmenté à Bruxelles organisé dans la nuit du 10 au 11 avril, les Vingt-Sept et Londres se sont mis d’accord pour accorder un sursis de six mois maximum au gouvernement de Theresa May pour éviter un divorce sans accord. Jusqu’à présent, la Première ministre britannique avait échoué trois fois à faire adopter, par le Parlement du pays, le traité de sortie négocié avec les Européens.

Le groupe de suivi du Sénat sur le Brexit et la Refondation de l’Union européenne, qui avait recommandé la veille au président Emmanuel Macron de faire preuve de fermeté face aux demandes du Royaume-Uni, ne se satisfait pas de cette prolongation. Le sénateur Jean Bizet (LR), parle de « déception » et se dit « très ennuyé par cette affaire ». « On allonge un peu plus la période d’incertitude. Voire plus encore. On passe de l’incertitude à la paralysie potentielle de l’Europe », met-il en garde.

Délai de 6 mois accordé aux Britanniques : la « déception » du sénateur Jean Bizet
00:36

Propos recueillis par Flora Sauvage

De l’avis du sénateur LR de la Manche, un « saut dans le vide » aurait peut-être été plus judicieux qu’un énième report, à l’heure où des « décisions clés » attendent l’Union européenne : cadre financier pluriannuel, qui fixera les grandes orientations budgétaires pour les 7 prochaines années, conflits commerciaux avec les États-Unis et la Chine ou encore les migrations. « La solution d’une rupture totale aurait été très douloureux, mais je pense que demain sera plus douloureux encore », commente ce jeudi Jean Bizet, un brin soucieux.

« Ils ont dit très clairement que de l’intérieur ils allaient perturber l’Europe »

Car ce nouveau délai de négociations et d’intenses débats politiques à Londres, qui pourra s’allonger jusqu’au 31 octobre, vient télescoper le renouvellement des institutions européennes. Le compromis trouvé à Bruxelles cette nuit ne devrait pas perturber l’installation de la future Commission européenne. En revanche, un Royaume-Uni encore présent dans l’Union en octobre signifie que des eurodéputés britanniques devront être élus en mai.

Jean Bizet redoute en quelque sorte leur capacité de nuisance dans les prochains mois. « Ils vont élire 73 parlementaires qui vont avoir à prendre des décisions importantes. Or comment peut-on s’assurer de leur esprit constructif ? » D’autant que deux leaders eurosceptiques notoires à la Chambre des communes, Mark Francois et Jacob Rees-Mogg, n’ont pas tenu un discours rassurant. « Ils ont dit très clairement que de l’intérieur ils allaient perturber l’Europe », rappelle Jean Bizet.

La période de six mois accordée aux Britanniques apparaît comme une solution d’entre-deux, entre un groupe de pays (dont la France) partisans d’une attitude intransigeante, et un autre groupe favorable à un report du divorce beaucoup plus long.

La probabilité d’un « no-deal », longtemps redoutée, se fait chaque jour de plus en plus plausible. Le groupe de travail du Sénat, qui a enchaîné les auditions et les consultations, évalue à 60 milliards d’euros le coût des barrières douanières en cas de hard Brexit. La moitié pèsera sur la Grande-Bretagne. Beaucoup anticipent ce scénario et se tiennent prêts. « Les milieux économiques, notamment Français, s’y sont préparés », déclare Jean Bizet.

Partager cet article

Dans la même thématique

France French man goes on trial for alleged torture rapes and pimping of former partner
7min

Politique

Violences sexuelles : quelle réforme pour une meilleure spécialisation de la justice ?

Dans un entretien dans le journal Le Monde, le garde des Sceaux se dit défavorable à une mesure de la proposition de loi intégrale visant à supprimer les cours criminelles départementales et rétablir la compétence des cours d'assises pour tous les crimes sexuels. Une mesure incompatible, selon lui, avec une juridiction spécialisée. Avocats et magistrats insistent, eux, sur une meilleure formation des magistrats, et la dimension pédagogique des procès d'assises, nécessaire pour une meilleure prise en compte de ces crimes par l'ensemble de la société.

Le

Paris: Olivier Faure presentation projet socialiste presidentielle 2027
7min

Politique

Le PS cherche son champion… et surtout le mode d’emploi

Le Parti socialiste a enfin un projet. Son candidat, en revanche, reste introuvable. Réuni ce mardi 30 juin au soir, en Conseil national, le PS tente de sortir de l’impasse présidentielle en demandant… aux militants de choisir comment ils choisiront leur candidat. Primaire ouverte, primaire fermée, double primaire : derrière les subtilités de procédure se joue une bataille bien plus politique, celle du leadership de la gauche sociale-démocrate et, en creux, du rapport de force avec Raphaël Glucksmann.

Le

Paris :  Political leaders leave after a meeting on Iran and Middle East war at Matignon
5min

Politique

Plan Clim : le Rassemblement national détaille son projet à 40 milliards

Dans la foulée d’une semaine de canicule historique à l’origine d’environ 1 000 décès, selon un premier bilan de Santé publique France, le Rassemblement national détaille les mesures de son « Plan Clim ». Au total, les troupes de Marine Le Pen envisagent une enveloppe de 40 milliards.

Le