L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
Credit:MOURAD ALLILI/SIPA/2601271618

Réseaux sociaux : le Sénat examine le texte sur l’interdiction pour les moins de 15 ans le 31 mars

Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale fin janvier, la proposition de loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans arrive au Sénat. Son examen en séance publique est prévu le 31 mars. Le texte a été modifié en commission.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Portée par la députée Renaissance Laure Miller et soutenue par l’exécutif, la proposition de loi s’inscrit dans une volonté d’encadrer plus strictement l’exposition des jeunes aux contenus en ligne. Le gouvernement, qui a engagé la procédure accélérée, espère une adoption rapide afin de permettre une entrée en vigueur dès la rentrée scolaire prochaine. Un calendrier jugé « peu raisonnable », par la sénatrice Catherine Morin-Desailly. Dans sa version adoptée par les députés, le texte prévoit une mesure forte : l’interdiction pure et simple des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, assortie de la suspension des comptes existants. Une rédaction large, qui ne distingue pas les plateformes et qui, si elle était maintenue, placerait la France parmi les pays les plus restrictifs en la matière. L’élaboration du texte a par ailleurs été marquée par une concurrence inhabituelle entre initiatives du même camp politique. Un projet de loi gouvernemental avait initialement été envisagé parallèlement à celui de Laure Miller, avant que l’exécutif ne décide finalement de soutenir ce dernier. « Nous étions dans une forme de guerre des textes », observe Catherine Morin-Desailly. Elle regrette que son propre texte, adopté à l’unanimité au Sénat, n’ait pas été retenu, tout en soulignant que la version actuelle reprend certaines de ses propositions ainsi que des recommandations du Conseil d’État.

Une réécriture pour éviter une censure constitutionnelle

Au Sénat, cette approche a été jugée juridiquement fragile. « Une interdiction générale et indifférenciée est trop large et attentatoire aux libertés publiques », résume la sénatrice, s’appuyant sur les réserves émises par le Conseil d’État. Selon elle, un tel dispositif risquerait d’être censuré par le Conseil constitutionnel, notamment parce qu’il ne tient pas compte du rôle des parents dans l’accompagnement des usages numériques. La rapporteure défend ainsi une logique plus nuancée : « On ne peut pas considérer que tout est interdit jusqu’à 15 ans, puis tout autorisé du jour au lendemain », explique-t-elle. La version adoptée en commission introduit donc une distinction entre deux catégories de plateformes : celles jugées nocives pour « l’épanouissement physique, mental ou moral » des mineurs, qui seraient strictement interdites, et celles considérées comme moins problématiques, accessibles avec une autorisation parentale. « Nous avons voulu rétablir un équilibre et rendre le texte applicable », insiste la sénatrice, qui revendique une réécriture fondée sur les auditions menées et sur les exigences du droit européen.

Le rôle central de l’Arcom

Pour opérer cette distinction, le Sénat s’appuie sur le rôle clé de l’Arcom, chargée d’identifier les plateformes présentant des risques particuliers, notamment en raison de mécanismes addictifs ou de contenus violents. « Il faut objectiver les dangers : les algorithmes qui favorisent l’addiction, le scrolling, les contenus incitant à des comportements à risque », souligne Catherine Morin-Desailly. Ce mécanisme vise aussi à répondre aux contraintes du règlement européen sur les services numériques (DSA), qui limite la capacité des États à imposer unilatéralement des obligations aux plateformes. « Nous ne pouvons pas légiférer seuls contre les grands acteurs du numérique. Il faut s’inscrire dans le cadre européen », rappelle la rapporteure, qui plaide pour une montée en puissance de la régulation à l’échelle de l’Union.

« Quand un modèle est toxique, il faut pouvoir aller jusqu’à suspendre la plateforme »

Au-delà de la question de l’âge, la sénatrice appelle à un changement de paradigme dans la régulation des réseaux sociaux. « Aujourd’hui, on impose des contraintes aux utilisateurs, mais les plateformes, elles, ne sont pas suffisamment responsabilisées », déplore-t-elle. Elle cite notamment les mécanismes économiques fondés sur la captation de l’attention et l’addiction, ainsi que les contenus problématiques, régulièrement dénoncés dans des enquêtes parlementaires. « Quand un modèle est toxique, il faut pouvoir aller jusqu’à suspendre la plateforme », estime-t-elle, jugeant les sanctions prévues par le DSA encore insuffisantes. Alors que le Sénat s’apprête à examiner le texte en séance publique, la question d’un compromis avec l’Assemblée nationale reste ouverte.

L’objectif d’une entrée en vigueur dès la rentrée prochaine suscite des doutes. « Ce n’est pas raisonnable », tranche Catherine Morin-Desailly. La mise en place de systèmes fiables de vérification de l’âge, conformes aux exigences de la CNIL et respectueux des libertés publiques, nécessitera du temps. « On parle de dispositifs complexes, qui doivent être sécurisés et validés. Cela ne peut pas être opérationnel en quelques mois », insiste-t-elle, plaidant pour une coordination européenne.

Le vote du Sénat, en séance publique est prévu le 31 mars.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Réseaux sociaux : le Sénat examine le texte sur l’interdiction pour les moins de 15 ans le 31 mars
2min

Politique

Universités : « Ce gouvernement n'augmentera pas les droits d'inscription », assure Philippe Baptiste

Un rapport remis au gouvernement la semaine dernière suggérait plusieurs pistes pour éviter « l'appauvrissement » des universités, comme multiplier par cinq les frais d'inscription pour les étudiants français. Une mesure que le ministre de l'Enseignement supérieur a écartée ce mardi matin devant le Sénat tout en renvoyant le débat à la prochaine présidentielle.

Le

Presidential candidate Jean-Luc Melenchon attends the debate on the bill to nationalize ArcelorMittal
4min

Politique

Sondage présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon reprend le leadership à gauche mais reste rejeté par l’ensemble des Français

Longtemps présenté comme fragilisé par la montée de Raphaël Glucksmann, Jean-Luc Mélenchon semble avoir inversé la tendance. Le dernier baromètre Odoxa-Mascaret montre que le leader de La France insoumise est désormais la personnalité politique la plus appréciée des sympathisants de gauche, confirmant une dynamique engagée depuis l’annonce de sa candidature. Une progression qui intervient alors que les perspectives d’une primaire de la gauche s’éloignent de plus en plus.

Le

NEWS : Fete du Rassemblement National – Macon – 01/05/2026
5min

Politique

Procès du FN : en cas d’empêchement de Marine Le Pen, Jordan Bardella s’installe comme une alternative crédible aux yeux des Français

Selon le dernier baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale, près de six Français sur dix estiment que Marine Le Pen est traitée comme n’importe quel justiciable. Alors que la cour d’appel rendra son verdict le 7 juillet, l’hypothèse d’une inéligibilité de la dirigeante du Rassemblement national ne semble ni délégitimer la justice aux yeux de l’opinion ni fragiliser durablement son parti, où Jordan Bardella apparaît désormais comme une alternative pleinement crédible.

Le