Restauration de Notre-Dame: le Sénat ne veut pas de précipitation
Le Sénat dominé par l'opposition de droite a entamé lundi l'examen en première lecture du texte encadrant la restauration de la cathédrale Notre...

Restauration de Notre-Dame: le Sénat ne veut pas de précipitation

Le Sénat dominé par l'opposition de droite a entamé lundi l'examen en première lecture du texte encadrant la restauration de la cathédrale Notre...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le Sénat dominé par l'opposition de droite a entamé lundi l'examen en première lecture du texte encadrant la restauration de la cathédrale Notre-Dame, la quasi totalité des groupes mettant en garde contre "une loi d'exception" et un chantier qui serait mené tambour battant.

Le texte déjà adopté par l'Assemblée nationale entérine l'ouverture d'une souscription nationale pour gérer les dons de particuliers, d'entreprises ou de collectivités qui ont immédiatement afflué après l'incendie qui a détruit le 15 avril la charpente et la flèche de ce monument emblématique.

Il prévoit une majoration de la réduction d'impôt applicable aux dons des particuliers (portée à 75% dans la limite de 1.000 euros). Contre l'avis du gouvernement, le Sénat a prévu qu'elle s'applique dès le 15 avril, pour ne pas pénaliser les premiers contributeurs, alors que le texte initial fixait la période du 16 avril au 31 décembre.

La partie du projet de loi la plus controversée porte sur la création par ordonnances d'un établissement public destiné à assurer la conduite des études et travaux.

Tout aussi controversé, l'article habilitant le gouvernement à déroger à certaines règles (urbanisme, environnement, construction, préservation du patrimoine, commande publique) a été supprimé par les sénateurs dès l'examen en commission, avec l'assentiment de quasiment tous les groupes.

Des ouvriers travaillent sur le chantier de Notre-Dame de Paris, le 20 mai 2019
Des ouvriers travaillent sur le chantier de Notre-Dame de Paris, le 20 mai 2019
AFP/Archives

"Oui, nous restaurerons Notre-Dame de Paris. Le président a fixé un objectif, 5 ans, c'est un délai ambitieux, volontariste (...). Dans cette tâche qui nous attend, nous ne confondrons jamais pour autant vitesse et précipitation", a déclaré le ministre de la Culture Franck Riester.

Le chef de l'Etat a réaffirmé vendredi ce calendrier qui irrite les sénateurs à peu près sur tous les bancs.

"Il s'agit d'une loi pour reconstruire Notre-Dame de Paris, pas Notre-Dame de l'Elysée", a attaqué David Assouline (PS).

Le rapporteur LR Alain Schmitz (LR) a jugé "absurde de se laisser enfermer dans le délai de 5 ans si celui-ci doit conduire à rogner sur la qualité du chantier".

"Que vous vouliez aller vite, pourquoi pas ? A condition que cela reste un objectif et non pas un impératif", a affirmé la présidente de la commission de la Culture Catherine Morin-Desailly (centriste). "Le chantier durera ce qu'il doit durer".

"A la patience, vous substituez l'urgence (...), à la persévérance vous substituez la performance", a accusé le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau, tandis que Pierre Ouzoulias (CRCE à majorité communiste) évoquait "une dépossession" des autorités compétentes "au profit d’un dispositif contrôlé depuis le plus haut sommet de l’État".

- "Dernier état visuel" -

Les sénateurs ont inscrit dans le texte une référence aux engagements internationaux de la France en matière de patrimoine, qui imposent de "préserver l'authenticité et l'intégrité" du monument lors de sa restauration.

Elle devra être fidèle au "dernier état visuel connu" du monument avant le sinistre, y compris la flèche, ont acté les sénateurs, contre l'avis du gouvernement, précisant même que l'emploi de matériaux différents de ceux d'origine devra être justifé. Ce point a rencontré l'opposition du PS, pour qui il "interdirait tout geste architectural ultérieur".

Il a relancé le débat qui avait suivi l'annonce d'un concours d'architecture international pour restaurer la flèche.

Vendredi, M. Macron a assuré que le chantier "redonnerait une flèche" à la cathédrale.

"Nous devons faire une reconstruction inventive" en s'inspirant de "ce qu'avait fait Viollet-Le-Duc en son temps", qui avait privilégié "une alliance de la tradition et de la modernité, une audace respectueuse", selon le chef de l'Etat.

Dimanche, assumant être "conservatrice" en la matière, la maire de Paris Anne Hidalgo (PS) s'est dite "favorable à ce que (la cathédrale) soit restaurée à l'identique", tout en mettant de côté la question de la flèche, qui "n'a été ajoutée qu'au XIXe siècle".

"Aucune indignité ne doit peser sur le XIXe siècle et sur Viollet-Le-Duc", a plaidé M. Retailleau.

Le Sénat poursuivait lundi en soirée l'examen des articles du projet de loi.

Partager cet article

Dans la même thématique

Second round legislative election-Dijon
11min

Politique

Municipales : les points chauds à suivre dimanche pour le premier tour

De Paris, que la gauche tente de conserver face à la droite de Rachida Dati, à Lyon, où les écologistes sont menacés par Jean-Michel Aulas, en passant par Le Havre, où Edouard Philippe joue son avenir, ou encore Nice, où Eric Ciotti et Christian Estrosi se mènent une guerre fratricide, tour d’horizons des principales villes à suivre pour le premier tour des municipales.

Le

Élections municipales 2026 : l’incertitude de l’ampleur du rebond de la participation
5min

Politique

Élections municipales 2026 : l’incertitude sur l’ampleur de la participation

Après une forte abstention lors des dernières élections municipales de 2020, le scrutin de dimanche devrait être marqué par un rebond logique de la participation. L’ampleur du retour des électeurs dans les urnes fait partie des grandes inconnues. Certains instituts rappellent que le déclin de la mobilisation est devenu structurel depuis les années 90.

Le

Iraq France
5min

Politique

Mort d’un soldat français en Irak : le « pouvoir terroriste d’Iran » fait payer à la France son implication militaire dans la région

Une attaque de drones a ciblé une base militaire dans le nord de l’Irak, faisant un mort et six blessés parmi les forces françaises engagées en soutien des Kurdes. Derrière cette frappe menée vraisemblablement par un groupe pro-iranien, les exhortations du régime islamique à faire payer à la France le prix de son soutien militaire dans la région sont en cause. Une énième illustration de la stratégie iranienne de réplique tous azimuts.

Le