Saint-Denis : Meeting LFI-PCF avec Bally Bagayoko et Jean-Luc Melenchon
Crédit : Chang Martin/Sipa Press.

Résultats du premier tour des municipales : les sondages se sont-ils trompés ?

Grenoble, Toulouse, Lyon ou encore Paris, les résultats du premier tour ont réservé quelques surprises. Pour autant, faut-il pointer du doigt les instituts de sondage ?
Simon Barbarit

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C’est devenu habituel lors d’une soirée électorale : pointer du doigt les instituts de sondage qui n’auraient pas vu juste. Dimanche soir, sur le plateau de Public Sénat, c’est Antoine Leaument, député LFI, qui y est allé de sa critique. Ses reproches étaient plutôt prévisibles. Rapporteur, l’année dernière d’une commission d’enquête sur « l’organisation des élections en France », il en avait tiré la conclusion que les sondages sous-estimaient « structurellement la gauche ».

« Les sondeurs se sont plantés dans des largeurs assez impressionnantes […] Ils sont nuls […] La seule chose sur laquelle on peut se baser, ce sont les urnes », a-t-il affirmé hier soir alors que Les Insoumis réalisaient « une percée » dans les territoires où ils étaient jusqu’ici peu implantés.

« Des résultats en phase avec le premier tour »

A Saint-Denis, LFI a fait fort en accrochant une ville de 150 000 habitants à son tableau de chasse, avec l’élection dès le premier tour de Bally Bagayoko face au maire PS sortant, Mathieu Hanotin. A Roubaix, David Guiraud atteint 46 % des voix et est bien parti pour l’emporter. Dans certaines grandes villes, LFI a même créé la surprise en devançant les listes d’union de la gauche, comme à Toulouse, où le candidat LFI François Piquemal est arrivé en tête à gauche avec 27 %, devant la liste d’union de la gauche menée par le socialiste François Briançon (24,1 %). A Limoges, le député insoumis Damien Maudet est aussi en tête à gauche, et à Lille, le maire sortant Arnaud Deslandes (PS) est donné dans un mouchoir de poche avec sa concurrente LFI Lahouaria Addouche.

« Globalement, les enquêtes ont relevé la dynamique en faveur de la France Insoumise dans la dernière ligne droite de la campagne. A Lyon, Marseille, Strasbourg, Paris, les candidats LFI ont fait les scores proches des estimations des sondages. Il n’y a pas eu de grosses surprises sauf peut-être à Lille et Toulouse. Même si on voyait quand même une progression de ces candidats dans la dernière période de la campagne », note Jean-Daniel Levy, directeur délégué de Harris Interactive.

Même analyse du côté d’Odoxa. « Pour l’instant, les résultats des villes où nous avons effectué des sondages sont tout à fait en phase avec le premier tour. Même quand nos sondages ont pu faire polémique ou être opposés à d’autres comme à Nantes », affirme Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa qui préfère attendre les résultats du second tour pour faire le bilan.

A Nantes, la maire PS sortante, Johanna Rolland a récolté 35,24 % des voix, suivie de près par Foulques Chombart de Lauwe, candidat Les Républicains (33,77 %), meneur d’une alliance entre LR, le camp présidentiel, le MoDem et Horizons. Fort de 11,2 % des suffrages, le candidat Insoumis, William Aucant a proposé à la maire sortante une fusion technique. Début mars un sondage Odoxa et un sondage Ifop avaient donné des résultats contradictoires. 35 % pour la candidate PS et 34 % pour le candidat LR, soit le résultat du premier tour. Alors que l’Ifop tablait sur un 43 % pour Johanna Rolland et 26 % pour Foulques Chombart de Lauwe. Même si dans les deux cas, le score du candidat Insoumis était proche du résultat du premier tour 12,5 % pour Odoxa et 13,5 % pour l’Ifop (lire notre article).

Comme l’expliquait Gael Sliman à Public Sénat la semaine dernière, « il y a deux méthodes qui existent en sondage : le téléphone, méthode la plus répondue jusque dans les années 2000/2010. Et depuis une quinzaine ou une vingtaine d’années, pour les sondages nationaux, les instituts préfèrent travailler sur une méthode online, des enquêtes web, qui ont montré qu’elles étaient plus efficaces. Car tout le monde peut répondre sur son ordinateur, sa tablette. On arrive à joindre toutes les populations, même les plus âgées. Alors que par téléphone, c’est devenu très difficile. Les gens, très sollicités, ne répondent plus. Il y a des systèmes de blocage. Ça devient très difficile de pouvoir recueillir par téléphone ».

Paris vraiment une surprise ?

C’était l’un des points chauds de la soirée dimanche. Avec près de 38 % Emmanuel Grégoire, à la tête d’une alliance PS-Les Ecologistes-PCF, devance nettement Rachida Dati, candidate LR et MoDem, donnée à 25,4 %. Derrière, Sophia Chikirou (LFI 11,72 %), Pierre-Yves Bournazel (Horizons 11,34 %) et Sarah Knafo (Reconquête ! 10,4 %) sont en position de se maintenir. « Honnêtement, je n’ai pas l’impression de m’être planté. Je me souviens d’une enquête qui donnait Rachida Dati 8 points derrière Emmanuel Grégoire. Quant à Sarah Knafo, elle a toujours été testée entre 10 et 12 % », relève un sondeur qui préfère garder l’anonymat.

« Il y a eu un sursaut de mobilisation à Paris des électeurs de gauche qui se sont déplacés pour aller voter Emmanuel Grégoire. Ce qui a baissé mécaniquement l’ensemble des candidats de la droite. Sarah Knafo qui franchit la barre des 10 % et LFI qui stagne à Paris, on l’avait identifiée », note Jean-Daniel Levy.

Des enjeux locaux sous-estimés ?

A un an de la présidentielle, le scrutin local a pris des accents nationaux avec une surexposition des thèmes de la sécurité ou des finances publiques. Pour le Rassemblement national et La France Insoumise, l’enjeu était de peser sur leur espace politique. Rompant avec la stratégie de parti non-aligné de Marine Le Pen, le patron du Rassemblement national, Jordan Bardella a tendu la main « aux listes de droite sincère ». Tandis que les accords locaux entre LFI et le PS se nouent ici et là comme à Toulouse, et fragilisent le cordon sanitaire que certains cadres socialistes veulent voir mettre en place avec le parti mélenchoniste.

« Des grands enjeux nationaux ont joué en faveur du RN et de LFI. Mais il y a eu un mix entre enjeu national et local. Il n’y a pas de prime au sortant de manière manifeste, ni de dégagisme systématique. En Seine-Saint-Denis Denis par exemple, les enjeux locaux semblent avoir été déterminants quand vous comparez les résultats de ces trois villes, Saint-Denis, Saint-Ouen et Pantin », note Jean-Daniel Levy avant d’ajouter.

Si Saint-Denis a un maire LFI, à Saint-Ouen, la liste de la gauche unie hors LFI conduite par le maire socialiste sortant, Karim Bouamrane, est arrivée en tête au premier avec 46,63 % des suffrages exprimés, loin devant la liste conduite par la France insoumise (19,16 %). Même tendance à Pantin, où le maire sortant Bertrand Kern (PS) arrive en tête avec 39,60 % devant le candidat LFI qui arrive en troisième position (21,94 %).

Ce sont surtout les résultats du second tour qui indiqueront si les sondages ont sous ou surperformé.

 

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