French President  Attends Bastille Day Military Parade
Crédits : Eric TSCHAEN-POOL/SIPA

« Retailleau n’est pas Larcher et Larcher n’est pas Retailleau » : y a-t-il des « différences stratégiques » entre les deux hommes forts des LR pour 2027 ?

Gérard Larcher souhaite voir un « candidat unique » de la droite et du centre « au plus tard » en novembre, y compris via une primaire, quand Bruno Retailleau voit une « usine à gaz » dans l’idée d’une primaire ouverte. Mais chez les sénateurs LR, on tempère les différences entre les deux hommes.
François Vignal

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Une élection chasse l’autre. Les municipales sont à peine derrière nous, que déjà les états-majors politiques ont tous en tête l’élection présidentielle de 2027. Dans les rangs des LR, le sujet travaille les responsables. Un bureau politique a acté mardi soir trois modes de départage, soumis au vote des militants « le 18 avril », précise le sénateur Roger Karoutchi, président de la commission nationale d’investiture des LR.

Problème : entre Bruno Retailleau, candidat à la candidature des LR, Edouard Philippe chez Horizons et bientôt Gabriel Attal chez Renaissance, les candidats se bousculent dans le socle commun. Mais sur ce sujet, le président du Sénat, Gérard Larcher, entend œuvrer au rassemblement et jouer aux entremetteurs. Il a déjà reçu tous ces trois présidents de partis, ainsi qu’Hervé Marseille pour l’UDI et François Bayrou, pour le Modem, pour que tout ce petit monde se parle autour d’une table.

« Mon objectif est de ne pas livrer le pays aux extrêmes », affirme Gérard Larcher

Pour le président du Sénat, à la fin, il ne devra en rester qu’un. Dans un entretien au Parisien ce jeudi, Gérard Larcher, appelle à une candidature unique. « Les adhérents acteront le mode de désignation du candidat LR à l’élection présidentielle au mois d’avril. Ensuite, il y aura une seconde étape pour que l’on ait qu’un seul candidat de la droite et du centre, condition de notre qualification au deuxième tour. Mon objectif est de ne pas livrer le pays aux extrêmes. Je pense aussi qu’il y aura une pression forte des électeurs, des élus, des parlementaires pour que les candidats s’entendent. Au plus tard, il faudra un candidat unique en novembre », avance Gérard Larcher, qui penche pour une primaire : « Il faudra une charte des valeurs pour participer à la primaire et chacun devra s’engager à soutenir le vainqueur. Tous seront face à leurs responsabilités. Si une autre option est proposée et fait consensus, j’y suis ouvert ». Avant le premier tour des municipales, il avait déjà pris position pour une primaire, allant jusqu’à envisager que les LR se rangent derrière Attal, car « c’est la règle du jeu ».

Bruno Retailleau est lui totalement opposé à une primaire ouverte. « Qui imagine Xavier Bertrand soutenir Éric Zemmour ? Ou qui me voit faire campagne pour Gabriel Attal ? Soyons sérieux. Arrêtons de prendre les électeurs pour des imbéciles. Plutôt que d’essayer de construire des usines à gaz, moi je trace ma route, car je veux que LR ait un candidat pour 2027 », prévient-il dans Le Figaro.

Une sérieuse différence d’appréciation entre Gérard Larcher et Bruno Retailleau. D’autant que pour le président du Sénat, il n’y a rien d’automatique à ce que la candidature de Bruno Retailleau, s’il était bien désigné, aille jusqu’au bout. Une différence qui s’ajoute à une autre : le cas de Nice. Gérard Larcher a rappelé qu’il fallait respecter l’accord avec Horizons, quand Bruno Retailleau s’en était remis aux électeurs entre Christian Estrosi, candidat Horizons soutenu par LR, et Eric Ciotti, allié du RN.

« Ils ont des divergences stratégiques fortes »

Comment cette différence, entre deux hommes forts de la droite, les deux figures du Sénat, va-t-elle se gérer ? « Ils ont des divergences stratégiques fortes », reconnaît un proche soutien de Bruno Retailleau. Un sénateur LR confirme qu’« il y a des différences, des divergences d’appréciation de la situation, c’est sûr ». Il décrit « deux caractères un peu différents. Bruno est entier, déterminé, il est sur sa ligne. Gérard Larcher a un caractère plus rassembleur, c’est un gaulliste ». Il ne faut pas oublier que les deux ne viennent pas de la même droite. D’un côté, Bruno Retailleau a commencé aux côtés de Philippe de Villiers, quand l’ancien ministre du Travail est dans une filiation de gaulliste social.

Mais d’autres tempèrent l’idée d’une divergence, voire ne la voient pas. Pour le sénateur Roger Karoutchi, il n’y a pas de problème. « Il n’y a pas de différence d’appréciation entre Gérard Larcher et Bruno Retailleau. Nous avons besoin d’un candidat LR. En novembre 2026, chacun verra où on en est dans les sondages », avance le sénateur des Hauts-de-Seine, dont « le souhait, c’est que notre candidat fédère autour de lui ». Tout juste note-t-il une différence de tempo dans l’expression. « Nous, nous disons que la première étape est de désigner le candidat LR. Gérard Larcher est déjà dans l’étape de dire qu’il faudra un candidat unique. Mais on ne dit pas le contraire. C’est une différence de chronologie sur l’affirmation. Mais il n’y a pas de différence de stratégie », selon Roger Karoutchi.

« Il y a des différences de rôle » entre Gérard Larcher et Bruno Retailleau

Une sénatrice souligne qu’« il y a des différences de rôle surtout. Je vois que Bruno et le président Larcher restent très proches, se voient très souvent, s’appellent tout le temps ». Elle ajoute : « Le rôle de Gérard Larcher, c’est d’aboutir à une convergence sur un candidat. Et Bruno Retailleau, son objectif à lui est d’être candidat à la présidentielle, donc il marque ses différences, son champ ». Un autre décrit deux hommes qui font la paire : « Retailleau n’est pas Larcher et Larcher n’est pas Retailleau. Leur complémentarité a été un atout pour le Sénat. Ils n’ont jamais vraiment été alignés mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne travaillent pas ensemble ».

« Parfois, je ne suis pas d’accord avec l’un ou l’autre. Mais ce n’est pas parce que je suis en désaccord sur un sujet que je suis en désaccord sur tout », minimise une figure de la Haute assemblée, qui prône l’unité : « Si on passe son temps à se débiner les uns les autres, on n’est pas arrivés ». « Ils ont des différences de point de vue là-dessus (sur la primaire), c’est clair, mais leurs relations sont bonnes », confirme un membre du groupe. Un autre sénateur LR juge « très bonne » leurs relations. « A propos de Nice, Larcher et Retailleau s’en sont expliqués mardi matin en réunion de groupe, mais il n’y a pas d’eau dans le gaz entre les deux. Ils restent en phase », ajoute le même. « Je ne pense pas que ce soit rédhibitoire. Ils ont une trop de longue histoire pour ça », estime encore un autre membre de la Haute assemblée.

« Dans l’esprit de Gérard Larcher, c’est le moyen de dire que ce n’est pas la guerre dans la majorité sénatoriale, qui compte aussi des centristes »

Un sénateur LR a son explication à l’appel au candidat commun par le sénateur des Yvelines : « Gérard Larcher pense à sa réélection au Sénat en septembre prochain. Il veut l’élection la plus large possible, montrer qu’il est très rassembleur », estime un soutien de Bruno Retailleau. D’autant que le groupe Les Indépendant, à majorité Horizons, vote Larcher pour le plateau. « Dans l’esprit de Larcher, c’est le moyen de dire que ce n’est pas la guerre dans la majorité sénatoriale, qui compte aussi des centristes, des Horizons », ajoute une figure du Sénat.

« Quand il fait sa mise au point sur Nice, il le fait pour le Sénat », confirme une sénatrice qui lui est proche, « mais il le fait aussi pour donner des chances pour la suite ». Elle continue : « Gérard Larcher a un double rôle : garder la majorité du Sénat unie, et une perspective. Si on ne s’accorde pas au Sénat, on ne s’accorde pas à la présidentielle », car « il faut continuer le bel élan des municipales aux sénatoriales. Puis ça peut ouvrir une perspective pour être enclin au rassemblement à la présidentielle ».

« Une primaire ouverte, c’est la machine à perdre »

Reste à voir derrière qui se fera le rassemblement. Edouard Philippe est le mieux placé pour l’heure. « Dans les mois qui viennent, j’appelle mes amis à faire en sorte que le candidat LR qui sortira de la procédure, et pour moi, c’est Bruno Retailleau, soit le plus haut possible, au moment des éventuelles discussions pour dégager un éventuel candidat commun », avance Max Brisson, sénateur LR des Pyrénées-Atlantiques. Mais pour lui, plutôt qu’une primaire, « il faudra un départage simple. Ce sera l’analyse de l’état de l’opinion ».

Pour Marc-Philippe Daubresse aussi, « ce sont les sondages, trois mois avant le scrutin, qui permettent de départager ». Le sénateur LR du Nord n’est « pas contre le principe d’un candidat unique. Mais c’est une erreur de faire une primaire ouverte. Car c’est la machine à perdre », alerte l’ancien ministre, avec le risque de voir « des électeurs, d’une autre influence politique, venir influencer le vote ». A l’inverse, une sénatrice estime qu’« un comité des sages crée des rancœurs, mais pas d’élan. La primaire crée de l’élan ». Entre pro et anti primaire, difficile de se mettre d’accord…

Gérard Larcher pourrait-il soutenir Edouard Philippe s’il est le mieux placé ?

Mais à l’heure du « money time », Larcher le gaulliste ne préférera-t-il pas, au fond, soutenir l’ancien juppéiste Edouard Philippe plutôt que Bruno Retailleau ? « Je pense », confie un membre de l’entourage de Bruno Retailleau. Mais un autre LR croit l’inverse : « Au fond de lui-même, Larcher soutiendra Retailleau. Il est très conscient des limites de Philippe ».

Mais chez les sénateurs LR, certains, sous couvert d’anonymat, envisage ce scénario d’une droite qui se range derrière l’ancien premier ministre. « On peut souhaiter que ce soit un LR. Mais si ce n’est pas le cas, il faudra bien trouver le moyen de soutenir celui qui arrivera en tête et évitera un duel RN/LFI. Je regarde l’essentiel. Et l’essentiel, c’est de ne pas avoir de second tour RN/LFI », avance ce sénateur LR, pour qui le rappel à l’ordre de Gérard Larcher, sur le respect de l’accord avec Horizons à Nice, était salutaire : « On a bien fait de réaffirmer que quand on a donné sa parole, on donne sa parole et son soutien. Faut le respecter. Sinon, quelle est notre crédibilité ensuite ? »

« A un moment donné, on est des grands garçons »

« A un moment donné, on est des grands garçons et il y a une précompétition qui devra avoir lieu, un pool de qualification, car les règles du jeu ont changé : il y a une place préemptée par le RN. Faisons preuve de maturité et entendons-nous sur celui qui sera le mieux placé » affirme un sénateur LR, qui conclut : « Les semaines à venir vont être intéressantes ».

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