Retard dans la vaccination : « Le gouvernement a cédé à la peur »
Réuni ce mercredi pour analyser le début de la campagne vaccinale contre la Covid-19, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques estime que le gouvernement a été trop prudent avec la vaccination dans les Ehpad.

Retard dans la vaccination : « Le gouvernement a cédé à la peur »

Réuni ce mercredi pour analyser le début de la campagne vaccinale contre la Covid-19, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques estime que le gouvernement a été trop prudent avec la vaccination dans les Ehpad.
Alexandre Poussart

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Pourquoi la France est à la traîne dans la vaccination contre la Covid-19 en Europe ? Réunis ce mercredi, les sénateurs et députés membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) ont tenté de répondre à cette question.

Un excès de prudence

Ils pointent d’abord une trop grande prudence des autorités dans le protocole de vaccination dans les Ehpad. Pour Gérard Longuet, sénateur (Les Républicains) et président de l’OPECST, « le gouvernement cède à la peur judiciaire après l’affaire du sang contaminé ». Pour rappel, 3 anciens ministres avaient été jugés dans une affaire de contamination de produits sanguins par le virus du sida au milieu des années 1980. Cette prudence du gouvernement « déclenche des protocoles de vaccination insupportables », estime Gérard Longuet. Dans les Ehpad, « le dossier de consentement gros de 48 pages est grotesque. Il faut se déclarer en état d’urgence vaccinal et accélérer les process. »

Des failles dans l’organisation logistique

Les parlementaires pointent également des failles dans l’organisation logistique de cette campagne vaccinale. « Pour réussir cette campagne, avec le vaccin Pfizer qui doit être conservé à -80 degrés, il faut une logistique parfaite, quasi militaire », rappelle Sonia de la Provôté, sénatrice centriste, chargée du rapport de l’Office parlementaire sur la vaccination contre la Covid-19, publié à la mi-décembre. « On a voulu avancer d’une semaine le lancement de la vaccination (fin décembre), mais la logistique n’était pas prête », pointe la sénatrice. « En Allemagne, où plus de 300 000 personnes ont déjà été vaccinées (contre 20 000 en France), la logistique a été préparée bien en amont et les centres de vaccination étaient déjà identifiés. »

Des disparités selon les départements

Certains départements ne sont toujours pas prêts pour vacciner les Ehpad. « Chez moi dans le Calvados, la vaccination dans les Ehpad ne va commencer que le 13 janvier », assure Sonia de la Provôté. « Dans ma région Grand Est », témoigne Gérard Longuet, « il faut que les acteurs de terrain comme les médecins d’Ehpad, les pharmaciens soient davantage mobilisés pour combler le retard. »

Le refus des vaccinodromes : une stratégie à la française

Les parlementaires ne sont pas très critiques sur la stratégie du gouvernement de ne pas ouvrir de grands centres de vaccination pour la population, des vaccinodromes, dans des gymnases par exemple. Une stratégie à la française qui privilégie une vaccination à proximité de la personne, avec le médecin généraliste au centre du dispositif. « Voir les gens se précipiter à 5 heures du matin devant des vaccinodromes n’est pas la bonne solution » assure Gérard Longuet, « en tout cas le gouvernement doit mieux expliquer sa stratégie d’acheminer le vaccin vers les personnes et pas l’inverse. » Néanmoins, pour organiser une campagne massive dans les prochains mois, les parlementaires jugent opportuns des centres de vaccinations ouverts, gérés par les collectivités locales, pour venir en complément des cabinets médicaux.

Alors que le ministre de la Santé Olivier Véran sera auditionné mardi prochain au Sénat sur cette campagne vaccinale, les sénateurs de l’OPECST attendent du gouvernement des chiffres précis sur l’évolution de la vaccination dans chaque territoire.

Partager cet article

Dans la même thématique

Attal porte parole
9min

Politique

« Ce n’est pas la saison 3 du macronisme, ni un retour à l’UMP » : Gabriel Attal joue la carte des « nouveaux visages » pour marquer sa différence avec Edouard Philippe

Avec un mélange de « nouveaux visages » et de fidèles pour former son équipe, Gabriel Attal entend enclencher une « nouvelle phase » de sa campagne présidentielle. Il continue de marquer sa différence avec Edouard Philippe et compte créer la dynamique cet automne. « Les Français ne supporteraient pas d’élire un Président par défaut », soutient le candidat Renaissance.

Le

Paris : Présidentielle 2027 Bruno Retailleau
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Bruno Retailleau veut « renverser la table » avec une profonde réforme constitutionnelle

S’il est élu président de la République en 2027, Bruno Retailleau veut faire de la réforme constitutionnelle sa première grande réforme. Le président des Républicains entend engager, dès le début de son mandat, une refonte des institutions destinée à renforcer le pouvoir des citoyens, réaffirmer la primauté du droit français et donner davantage de marges de manœuvre au Parlement, notamment sur l’immigration et la sécurité.

Le

Blois: Raphael Glucksmann at summer convention campusPS
10min

Politique

« Si Raphaël Glucksmann veut jouer la finale de la Ligue des champions, il ne peut pas avoir peur des barrages » : tensions autour de l’organisation des débats de la primaire PS

Alors que l’équipe de Raphaël Glucksmann prône l’organisation d’un seul débat, sur le service public, dans le cadre de la primaire PS/Place Publique, les autres candidats en veulent trois. « Les bras m’en tombent. Je ne comprends pas le raisonnement », pointe le sénateur Rémi Cardon, soutien d’Olivier Faure, lui aussi candidat. « Ça ne pose aucun problème à Raphaël Glucksmann qu’il y ait deux ou trois débats », assure pourtant le sénateur Place Publique Bernard Jomier, qui pointe des polémiques « pas à la hauteur », y compris de la part de soutiens socialistes de son candidat…

Le

Bourgoin-Jallieu  demonstation against sexual violence targeting women and children
6min

Politique

Loi intégrale contre les violences sexuelles : « Que le gouvernement aborde l'examen de ce texte avec humilité et en ayant en tête son bilan », enjoint Laurence Rossignol

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé l'inscription de la proposition de loi « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles comme premier texte de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la reprise de la session ordinaire, début octobre. Ce texte de 69 articles est inspiré des 140 propositions élaborées par une coalition d'associations féministes et de défense des droits des enfants. Le meurtre dramatique de la jeune Lyhanna avait mis la pression sur l'exécutif, poussé par l'opposition de gauche et le bloc central, à aborder les violences sexuelles et sexistes dans une approche systémique.

Le