Retour à la tradition, Macron invite la presse à l’Elysée
Une longue conférence de presse à l'Elysée, à l'ancienne, comme François Hollande ou Nicolas Sarkozy: deux jours après le va-tout de ses...

Retour à la tradition, Macron invite la presse à l’Elysée

Une longue conférence de presse à l'Elysée, à l'ancienne, comme François Hollande ou Nicolas Sarkozy: deux jours après le va-tout de ses...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Une longue conférence de presse à l'Elysée, à l'ancienne, comme François Hollande ou Nicolas Sarkozy: deux jours après le va-tout de ses annonces, Emmanuel Macron se livrera mercredi pour la première fois à cet exercice typique de la Ve République.

"C'est une rupture assez forte, une revanche de l'ancien monde", estime un conseiller proche de l'exécutif. "Il y avait un tel verrouillage" avec les anciens conseillers qu'il "a besoin de montrer qu'il a lui-même changé. C'est une main tendue à la presse".

En arrivant au pouvoir au printemps 2017, Emmanuel Macron avait voulu tourner le dos à une présidence Hollande jugée trop bavarde et proche des journalistes. Son credo: contourner les médias pour parler directement aux Français via les réseaux sociaux, comme le prônaient son conseiller spécial Ismaël Emelien et sa conseillère presse Sibeth Ndiaye.

Ni conférence de presse donc, ni même d'interview au JT de 20 heures. Emmanuel Macron a annulé dès son arrivée la traditionnelle interview télé du 14 juillet.

A l'étranger, il n'a pu échapper aux points de presse avec les chefs d'Etat étrangers ni aux conférences de presse post-sommets. Mais il a immédiatement averti qu'il refuserait de répondre aux questions sur la politique française. Il est vrai que François Hollande, interrogé sur sa vie privée jusque dans ses déplacements, s'y était laissé piéger. Au final, Emmanuel Macron a suivi à son gré cette règle auto-proclamée, selon la question posée.

Mais il a été loin de rester muet. Il s'est exprimé énormément par des canaux différents: entretiens dans des journaux choisis comme l'hebdomadaire Le Point à qui il parle longuement en 2017, allocutions, vidéos officielles ou de coulisses, tweets, médias peu conventionnels (BFMTV et Mediapart ensemble, Brut, Konbini). Il a cependant accepté le très populaire JT de 13 heures de TF1.

C'est surtout à l'occasion de ses nombreux bains de foule, filmés en direct, qu'il a parlé librement, en répondant aux Français qui l'interpellaient par des petites phrases parfois cassantes qui ont fait le buzz et forgé son image clivante.

Le grand débat lui a offert une nouvelle scène pour défendre ses choix pendant des dizaines d'heures. Mais sans faire d'annonces ayant marqué les mémoires.

- "En rupture" -

Après le départ d'Ismaël Emelien et de Sibeth Ndiaye de l'Elysée, le chef de l'Etat, actuellement sans conseiller en communication officiel, a choisi un retour à la tradition des conférences de presse dans la salle des fêtes de l'Elysée.

François Hollande donne une conférence de presse à l'Elysée, le 7 septembre 2015
François Hollande donne une conférence de presse à l'Elysée, le 7 septembre 2015
POOL/AFP/Archives

Celles de Charles de Gaulle ou de François Mitterrand sont restées fameuses. Nicolas Sarkozy en donnait une par an environ. La dernière en date, donnée par François Hollande en 2015, avait tourné à son désavantage et il avait renoncé à celle de 2016 pour éviter des questions sur la primaire à gauche ou sa candidature.

"Chaque nouveau président adopte une communication en rupture avec le précédent et finit par faire exactement la même chose. Il voulait tenir la presse à distance et la réinvite à l'Elysée. Chassez la cinquième République, elle revient au galop", commente l'expert en communication politique Phlippe Moreau-Chevrolet.

"Annonce puis conférence de presse: on est dans le contrôle. Emmanuel Macron voulait être jupiterien et inaccessible, mais il a fini par parler tous les jours avec même des happenings de 6 heures sur les chaînes d'info", ajoute-t-il.

Pour l'expert, la communication de M. Macron reste celle du "coup d'éclat permanent". "Comme Trump, ou Sarkozy en son temps, il s'agit de créer un événement par jour pour contrôler l'agenda médiatique et l'arène politique".

Frank Louvrier, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, avertit que "c'est une communication du rasoir à deux lames: allocution d'un format suranné et conférence de presse centralisatrice". "Elle montre qu'il fait plus confiance à lui-même qu'à son gouvernement pour expliquer ses choix. Mais il lui faudra aussi s'adresser aux territoires," selon lui.

Partager cet article

Dans la même thématique

Retour à la tradition, Macron invite la presse à l’Elysée
2min

Politique

Mazarine Pingeot sur François Mitterrand : « J'étais insolente avec mon père »

Grandir dans l’ombre du pouvoir oblige à se construire autrement, a fortiori lorsque votre existence relève du secret d’Etat. Mazarine Pingeot, « fille cachée » de François Mitterrand y est parvenue. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, la philosophe publie ces jours-ci Inappropriable (ed. Climats Flammarion), un essai ambitieux sur la relation entre l’homme et l'intelligence artificielle. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard, elle revient sur une enfance hors du commun.

Le

Retour à la tradition, Macron invite la presse à l’Elysée
6min

Politique

Crise du Groenland : "Quand l'Europe montre ses muscles, Trump recule" se félicite l'eurodéputé Bernard Guetta

La tension est redescendue après l'inquiétante escalade de Donald Trump sur le Groenland. Mais l’épisode n’est peut-être pas clos, tant le contenu du fameux accord conclu à Davos reste opaque. Il a laissé des traces et beaucoup de questions. Emmanuel Macron parle d'un appel à un réveil stratégique pour les 27. À l'inverse, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a mis en garde les Européens contre toute tentation de divorce. Alors jusqu’où devons-nous et pouvons-nous nous émanciper des États-Unis ? Faut-il en particulier s’empresser de ratifier l'accord commercial conclu au mois de juillet ? Ici l'Europe ouvre le débat avec les eurodéputés Bernard Guetta (France, Renew), Zeljana Zovko (Croatie, PPE) et Rasmus Nordqvist (Danemark, Verts/ALE).

Le

Paris: Auditions candidats elections Mairie de Paris sur l exclusion
8min

Politique

Vent de fronde chez Les Ecologistes pour les municipales : une « manœuvre » de « déstabilisation » de LFI, dénonce le sénateur Thomas Dossus

A Paris, Montpellier ou Avignon, quelques élus des Ecologistes prennent leur distance avec le parti pour rejoindre LFI. Ils dénoncent la stratégie d’alliance locale avec le PS. « C’est marginal », minimise le sénateur Thomas Dossus, qui y voit un mouvement d’humeur « opportuniste » de certains. Malgré les tensions, il espère encore des rapprochements avec les Insoumis au second tour.

Le

Deplacement de Anne Rubinstein a Epide de Lyon Meyzieu
6min

Politique

Violence dans le périscolaire : « l’omerta » au cœur de la bataille municipale parisienne

Depuis plusieurs mois, les signalements d’agressions sexuelles et de comportements suspects se multiplient dans le périscolaire. L’enquête de Cash Investigation en a révélé les failles, derrière ce service public du quotidien, fréquenté chaque jour par des millions d’enfants, se dessine un système fragilisé, miné par la précarité des personnels, des contrôles défaillants et une responsabilité politique désormais au cœur de la bataille municipale parisienne.

Le