Retour des listes nationales pour les Européennes de 2019

Retour des listes nationales pour les Européennes de 2019

Après Emmanuel Macron la semaine dernière, c’est Édouard Philippe qui recevait, ce mercredi, les chefs de partis pour leur annoncer la réforme du mode de scrutin des élections européennes en 2019. Si le principe d’un retour à une seule circonscription nationale est acté. Toutefois la mise en place de listes transnationales semble peu probable.  
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La France va donc revenir à une unique circonscription nationale 20 après les élections européennes de 1999. Depuis 2004, en effet, les eurodéputés français sont élus à la propositionnelle  dans 8 circonscriptions. 74 ont été élus en 2014. Reçus à Matignon ce mercredi, les chefs de partis confirment qu’un projet de loi sera soumis au Parlement au début de l’année prochaine. Il conservera la barre existante des 5% des suffrages exprimés pour obtenir au moins un élu. Les partis seraient remboursés de leurs frais de campagne dès lors qu'ils auront réalisé 3% des voix. « Il y a des années qu'on se bat pour revenir à une élection européenne qui permettra de parler d'Europe dans le seul cadre qui vaille qui est le cadre national. On avait des circonscriptions régionales qui n'avaient ni queue ni tête avec des élus qui n'habitaient pas la circonscription et qui étaient là uniquement par opportunité politique» s'est félicité François Bayrou, le président du Modem. 

François Bayrou: une circonscription unique pour les Européennes "permettra de parler de l'Europe" indique François Bayrou
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Seuls Les Républicains sont opposés au retour de la circonscription unique qui entraînerait, selon eux, la disparition du « seul avantage du système actuel » : « l’ancrage territorial relatif des élus ». Désormais « tous seraient irrémédiablement hors sol » considère Alain Lamassoure, député européen PPE depuis 1999.  La droite française souhaite le maintien des circonscriptions redécoupées en 13, comme le nombre des nouvelles régions administratives. Un modèle qui permettrait de « garantir la proximité et le lien entre les territoires, les parlementaires européens et l'Union européenne » selon Bernard Accoyer, secrétaire général du parti.

 « Une Europe ambitieuse, qui investit et qui protège, et dont la vitalité démocratique et le goût pour l’avenir seront retrouvés ». Durant la campagne Emmanuel Macron n’aura eu de cesse de promouvoir une vision positive de la construction européenne. Dans ces conditions, le premier scrutin du quinquennat, qui plus est européen, s’annonce périlleux.  En 2014, avec 24 sièges sur 74 , le FN était sorti grand gagnant derrière une abstention record de 56,5%.

« La volonté d’En Marche, c’est de cliver le débat entre pro et anti-européens »

Difficile dès lors de voir dans ce changement de mode de scrutin une réforme plus politique que technique. « Oui, il y a une dimension tactique. La volonté d’En Marche, c’est de cliver le débat entre pro et anti-européens. En réalité, il y a trois camps : ceux favorables au repli nationaliste, les libéraux et ceux, comme nous, qui sont une position volontariste. C’est-à-dire plus démocratique, en pointe sur les questions écologiques et sociales, contre la finance  » détaille David Cormand, secrétaire nationale d’EELV, reçu par Édouard Philippe, aujourd’hui.

« Qu'est ce que ça veut dire pro européen ? Actuellement, en Europe nous avons une majorité de droite libérale, incarnée par le PPE (Parti Populaire Européen). Nous, nous portons une vision différente. Les questions sociales et démocratiques sont au cœur de notre approche. Mais il serait intéressant de savoir où se place La République en marche » complète Rachid Temal, coordinateur du Parti socialiste et sénateur du Val d’Oise.

« Liste fourre-tout abritant des candidats LREM dépourvus d'attache territoriale »

Pour Bernard Accoyer, la circonscription unique va surtout avoir pour conséquence de « favoriser les candidats d'Emmanuel Macron avec la constitution d'une liste fourre-tout abritant des candidats LREM dépourvus d'attache territoriale ». La ministre chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, lui a répondu indirectement sur Public sénat, ce matin. « À quoi sert un député européen ? Est-ce que c’est représenter un territoire ou est-ce que c’est porter un programme européen, d’un parti politique européen au niveau de Strasbourg ? Je crois que la réponse est dans la question ».

Un timing trop court pour les listes transnationales

Emmanuel Macron souhaite également profiter du Brexit pour constituer des listes transnationales. Les sièges vacants laissés par les Britanniques seraient redistribués entre différents États membres au sein d’une nouvelle circonscription européenne. Une mesure rejetée par la droite et le FN. Le leader de la France Insoumise ne s'y est pas opposé, évoquant, samedi dernier, la possibilité d'une liste commune avec Podemos (espagnol) ou le Bloco (portugais).

Mélenchon: « Il y aura une liste L’Europe insoumise aux élections européennes »
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Néanmoins au sein de La France insoumise, cette hypothèse ne séduit pas. Sur Public Sénat, le député Eric Coquerel s’est montré sceptique. « Nous pensons que le fédéralisme dans cette Europe-là ne viserait qu’à entériner une Europe d’austérité. Nous considérons que dans le cadre d’une Europe des Nations, les listes nationales ont un sens. Si c’est des listes transnationales, nous aurons des partenaires dont la caractéristique première est de dire : on ne peut pas construire une autre Europe, sans sortir des traités» (voir la vidéo)

Eric Coquerel; "dans le cadre d’une Europe des Nations, les listes nationales ont un sens"
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Le calendrier semble, de toute façon,  peu propice à cette réforme. Elle demanderait l’accord de chaque état et la décision finale reviendrait à la commission des affaires constitutionnelles de Bruxelles. « Il y a un problème de timing. Les élections auront lieu en mai 2019 et les listes transnationales devraient être actées un an avant. On est dans le money time. C’est compliqué mais c’est faisable » reconnaît David Cormand.

Enfin, lors de son discours devant le Congrès, en juillet dernier, Emmanuel Macron avait annoncé la mise en place en 2018 de « conventions démocratiques européennes » pour donner un nouveau souffle à l’union continentale. Sorte de débats publics à l’échelle du continent destinés à faire remonter les aspirations citoyennes aux dirigeants. Accueillis favorablement par l’Allemagne, L’Italie ou la Grèce, les contours de ces conventions restent encore flous.

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