Blois: Exclusive Olivier Faure with staff at the Socialist Party s summer university
Alain ROBERT/SIPA

Retraite à 62 ans, 900 euros de plus pour les bas salaires, économies réduites à 21 milliards d’euros : « L’autre chemin » du PS pour le budget

Le Parti socialiste a présenté, lors de son université d’été à Blois, ses contre-propositions budgétaires. Entre hausse d’impôts pour les très riches et baisse des aides aux entreprises, le PS veut étaler l’effort de réduction du déficit. En cas de nomination à Matignon d’un premier ministre de gauche, Olivier Faure espère pouvoir passer des compromis pour adopter ce budget. Et si Emmanuel Macron lui proposait, on comprend qu'il ne dirait pas « non »...
François Vignal

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Ce n’est pas un contre budget, mais plutôt un « autre chemin pour la France », comme dit Patrick Kanner, président du groupe socialiste du Sénat. Alors que le PS ne votera pas la confiance au gouvernement de François Bayrou le 8 septembre, les socialistes ont présenté, à l’occasion de leur université d’été, à Blois, leurs propositions budgétaires.

Les jours de François Bayrou à Matignon sont comptés et, sauf surprise, il tombera lors du vote de confiance. Le PS est « prêt », avec le reste de la gauche, hors LFI, à prendre la relève, a assuré la veille le numéro 1 du PS, Olivier Faure, à condition qu’Emmanuel Macron nomme cette fois un premier ministre de gauche.

Et n’allez pas parler du « qui » pour Matignon. Les socialistes, comme le reste de la gauche, ont passé tout le week-end à ne pas vouloir retomber dans ce piège de donner un nom. Mais quand on demande à Olivier Faure s’il accepterait d’aller à Matignon, si Emmanuel Macron l’appelait le 9 septembre au matin pour lui proposer le poste de premier ministre, il répond d’une pirouette : « Je conseille à tous ceux qui sont dans ce périmètre (de la gauche de Ruffin à Glucksmann) et qui sont appelés le 9 septembre au matin, d’accepter ». Manière de ne pas dire non…

Baisse de la CSG entre 1 et 1,4 Smic

Mais avant une éventuelle nomination, le PS met sur la table ses propositions. « Il nous faut d’évidence reprendre la main », soutient ce samedi Boris Vallaud, à la tête du groupe PS de l’Assemblée, sur la scène de l’amphithéâtre de la halle aux grains, où les socialistes tiennent leur campus. « Un autre chemin existe pour répondre à l’urgence », dit le député des Landes. « Ce nouveau chemin pour la France repose sur une idée simple : le mot de justice », résume Patrick Kanner, qui avance une « ligne rouge : on ne demande pas aux plus modestes de réparer les fautes de ceux qui ont aggravé les inégalités ». Des socialistes qui veulent « être le parti de la solution », lance encore l’ancien ministre de François Hollande. Regardez Patrick Kanner, qui résume les propositions (vidéo de Jérôme Rabier et Stéphane Duguet) :

L’une des mesures phares est la baisse de la CSG pour les salaires compris entre 1 et 1,4 Smic, synonyme de hausse de salaire. Concrètement, cela représente 900 euros de salaire net en plus par an pour une personne. Autre mesure forte : revenir sur la réforme des retraites, avec le lancement de négociations entre partenaires sociaux pour « le retour et le financement de la retraite à 62 ans », explique Boris Vallaud.

Retour aux 3 % de déficit en 2032 au lieu de 2029

Le PS a planché « tout l’été », et jusqu’à tard la veille, sur un plan étayé, qui révise complètement les objectifs en termes de recettes et de dépenses. Plutôt qu’un déficit ramené à 3 % en 2029, comme le veut François Bayrou, le PS propose « d’étaler l’effort jusqu’en 2032 », explique la sénatrice Florence Blatrix Contat, soit « diviser par deux l’effort ». Pour les prévisions, le PS s’est appuyé sur les travaux de l’OFCE. Plutôt que les 44 milliards d’euros d’économies en tendanciel (le niveau d’effort nécessaire si le budget restait le même) voulus par François Bayrou, le PS fixe un objectif de 21,7 milliards d’euros d’économies (qui n’est pas en tendanciel). « C’est une trajectoire plus progressive, sans casser la croissance, ni pénaliser les ménages modestes », ajoute la sénatrice, secrétaire nationale du PS aux comptes publics.

En parallèle, le PS mise sur des recettes nouvelles à hauteur de 26,9 milliards d’euros. Sans surprise, les socialistes veulent taxer davantage les plus hauts patrimoines, via la taxe Zucman, qui rapporterait 15 milliards d’euros et une hausse de la flat taxe de 30 à 32 %. Ils comptent aussi récupérer 3 milliards d’euros sur la fraude fiscale, 200 millions sur la fraude sociale. La taxe Gafam serait doublée, passant de 800.000 millions à 1,6 milliard de rendement.

« Le pognon de dingue dont parle Macron, il est dans les exonérations de cotisations »

Dénonçant les « 91milliards d’euros d’exonérations de cotisations sociales » en 2025, le député Jérôme Guedj ajoute : « Le pognon de dingue dont parle Macron, il est là ». Le PS veut revenir pour 2,9 milliards d’euros sur ces exonérations. La fiscalité comportementale serait aussi au programme, en visant le sucre dans les produits ultra transformés.

Les aides aux entreprises seront également dans le viseur. Le PS veut les réduire « à hauteur de 2,5 milliards d’euros », précise le député Philippe Brun, en rationalisant le crédit d’impôt recherche en le réservant aux TPE-PME et en mettant fin à la niche fiscale des armateurs, dont bénéficie CMA-CGM. Les aides directes aux entreprises seraient aussi réduites de 1,5 milliard d’euros. Le Pacte Dutreil sur la transmission d’entreprises serait limité à 1 milliard d’euros, pour éviter tout détournement du système pour transmettre sa « fortune à ses enfants ». Autre mesure : limiter le crédit d’impôt pour les services à la personne, « en excluant les frais de plateforme du montant du crédit ».

Le PS entend faire des économies sur l’Etat, avec 100 millions d’euros en moins sur les cabinets de conseil. Plus surprenant venant de la gauche, « un effort sur les agences » est demandé, ou encore des économies sur l’immobilier de l’Etat et 1,8 milliard sur les achats.

« Aucun déremboursement des patients, aucune coupe sur l’hôpital public »

Côté budget de la Sécurité sociale, la députée Sandrine Runel assure que le PS portera des « économies qui ne procèdent à aucun déremboursement des patients, aucune coupe sur l’hôpital public et aucune réforme de l’assurance chômage ». Pour autant, les socialistes ne visent pas moins 4,6 milliards d’euros d’économies grâce à la réduction, mais uniquement « pour les très hauts revenus », du cumul emploi-retraites et des indemnités de rupture conventionnelles. « Nous ne sommes pas d’affreux gauchistes, nous allons chercher l’argent là où il est », lance la députée.

Le PS compte aussi sur « une meilleure régulation du système de santé », avec 60 % d’économies, et enfin sur « un choc de prévention sur les principales addictions », tabac, alcool, dont les conséquences en termes de maladies coûtent des milliards d’euros à la Sécu.

Le PS va maintenant transmettre son budget à ses partenaires de gauche, qui pourront y apporter leurs propositions. Puis si Emmanuel Macron se décide à nommer l’un des leurs à Matignon, restera le plus difficile : faire adopter ce budget, avec une majorité relative. « C’est un projet qui peut trouver une majorité et un écho au-delà de nos rangs », a assuré ensuite à la presse Olivier Faure.

« Déconne pas Jean-Luc »

Reste que Jean-Luc Mélenchon a déjà prévenu qu’il ne soutiendra aucun autre gouvernement que celui estampillé France Insoumise. « Est-il prêt à renoncer à un gain de pouvoir d’achat de 900 euros par an ? » demande le premier secrétaire, qui ajoute : « Ne déconne pas Jean-Luc ». « Pour l’essentiel, je ne vois pas comment ils peuvent s’opposer », pense encore le député de Seine-et-Marne.

Reste qu’il faudra aussi aller chercher des soutiens sûrement du côté du bloc central. Si le Modem a déjà défendu les taxes sur les superprofits et une hausse de la flat taxe, Renaissance se refuse à toute hausse d’impôt. En cas de nomination d’un premier ministre de gauche, les difficultés resteront les mêmes : personne n’a la majorité à l’assemblée. Il sera indispensable de chercher les compromis. C’est justement l’objectif du PS, qui se refuse aussi à recourir au 49.3. Les discussions pourraient être longues cet automne.

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