Retraite : quelles sont les autres réformes possibles ?

Retraite : quelles sont les autres réformes possibles ?

Alors que le gouvernement reste inflexible sur sa réforme, se limitant aux paramètres du report de l’âge légal et à l’accélération de la réforme Touraine sur la durée de cotisation, d’autres pistes sont pourtant sur la table, venant de la gauche, mais aussi de son propre camp : retour à la retraite à 60 ans, hausse des cotisations patronales ou salariées, contribution des entreprises, taxation du capital des plus riches, égalité salariale entre hommes et femmes ou encore, faire contribuer… les retraités.
François Vignal

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La réforme des retraites du gouvernement fait l’unanimité contre elle, dans l’opposition de gauche, chez les syndicats et dans l'opinion publique. Tous sont fermement opposés à un report de l’âge de la retraite à 64 ans. Le gouvernement, qui mêle hausse de l’âge de départ et accélération de la réforme Touraine qui porte à 43 années le nombre d’année de cotisations, afin de combler un déficit de 13,5 milliards d’euros à l’horizon 2030, s’est fixé comme lignes rouges de ne pas toucher au niveau des pensions de retraite, ni à celui des cotisations sur les salaires. Si l’exécutif entend rester droit dans ses bottes, et reste fermé à toute autre proposition, y compris venant de son camp, d’autres pistes de réformes existent pourtant.

Pour la gauche, retour de l’âge légal à 60 ans… avec des variantes

Le chiffre est dans l’accord programmatique de la Nupes. Le retour à la retraite à 60 ans. Mais en réalité, toute la gauche n’est pas unanime sur le sujet. « Il y a un travail en cours entre les groupes politiques de l’Assemblée et du Sénat, on a une réunion demain à 12h30 », pour plancher sur les contre-propositions, explique Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, selon qui « on peut avoir après des contre-propositions, qui ne seront peut-être pas uniformes ».

« L’objectif est de revenir à 60 ans. C’est un temps de liberté. Pour les retraités, qui sont dans l’associatif, ce temps est important », fait valoir Guillaume Gontard, président du groupe écologiste du Sénat, qui plaide pour une « réduction du temps de travail, pour le partager et avoir d’autres activités, nécessaires à la société ». Les parlementaires communistes portent eux la retraite à 60 ans et même « 37,5 annuités de cotisations », expliquaient les sénateurs communistes après l’annonce de la réforme par Elisabeth Borne.

Pour Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat, « 60 ans tout de suite, la réponse est non. Mais à terme, oui pour ceux qui ceux en ont vraiment le besoin, pour les carrières pénibles et longues », tempère l’ancien ministre de François Hollande, pour qui le principe d’une réforme n’est pas nécessaire « maintenant ». Même message pour Guillaume Gontard, selon qui il n’y a pas « urgence ».

Hausse des cotisations patronales

La mesure est proposée à gauche, mais pas seulement. Au sein de la majorité présidentielle, François Bayrou, leader du Modem, a mis l’idée sur la table. Dans Les Echos, François Bayrou plaidait début janvier pour une « juste répartition des efforts ». Le président du Modem avançait l’idée d’une « très légère augmentation des cotisations patronales », manière de mettre les entreprises à contribution.

A gauche, la sénatrice socialiste Monique Lubin, qui suit le dossier des retraites au groupe PS du Sénat, estime qu’« on pourrait commencer par élargir l’assiette des cotisations, et éventuellement penser une petite augmentation des cotisations ». Concrètement, « on pourrait relever les cotisations patronales ». « C’est une piste, mais à un niveau qui ne touche pas à la compétitivité des entreprises », ajoute pour sa part Patrick Kanner.

Monique Lubin ajoute qu’« on pourrait arrêter de désocialiser les heures supplémentaires » ou les primes, sur lesquelles il n’y a pas de cotisations. Monique Lubin sait bien que « c’est très impopulaire. Quand François Hollande l’a fait en 2017, on l’a payé très cher. Mais in fine, ce sont les travailleurs qui sont les premières victimes, quand on explique qu’il manque de l’argent dans le système ».

Hausse des cotisations salariales

Le sujet est sensible, surtout à l’heure de l’inflation. Il est synonyme d’une baisse de salaire net. Mais Monique Lubin pense, qu’en plus d’une hausse des cotisations patronales, on pourrait « même relever un peu les cotisations salariales ». « Augmenter les cotisations, de manière ciblée, sur les plus gros salaires, c’est une possibilité », pour l’écologiste Guillaume Gontard.

« Il faudrait que chaque salarié ou employeur cotise 4 euros de plus par mois, et il n’y aurait pas de déséquilibre du système », a avancé l’économiste Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, lors d’un débat avec France Info, sur Twitch. L’économiste a ensuite précisé que c’était « 4 euros de plus par mois et par an ». Soit 4 euros, la première année, 8 euros la deuxième, 12 la troisième, pour ainsi combler en neuf ans le déficit de 10 milliards prévu en 2027.

Faire contribuer les entreprises

A gauche, l’idée de faire contribuer les entreprises, d’une manière ou d’une autre, a du succès. « Il faudrait arrêter les cadeaux fiscaux aux entreprises. On n’en a jamais fait autant que sous ce quinquennat. Ce sont des choix vraiment très politiques », pointe Monique Lubin, comme avec la suppression de la CVAE, lors du dernier budget. La sénatrice rappelle au passage que le gouvernement « refuse de mettre à contribution des grands groupes » qui font des « superprofits ».

Le think Tank Terra Nova a planché aussi sur le sujet des retraites. Dans un document publié fin décembre et intitulé « une autre réforme des retraites est possible », la fondation évoque l’idée de « mettre fin aux exonérations de cotisations comprises entre 1,6 et 3,5 Smic, dont il a été démontré qu’elles n’ont pas d’effet significatif sur l’emploi et la compétitivité ». « S’il ne s’agit pas de cotisations retraite, affecter les économies ainsi dégagées à la réforme permettrait de générer près de 4 milliards d’euros d’économies », ajoute Terra Nova.

Taxer le capital

Pour le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, « il faudra se pencher sur la question du capital, des dividendes. On ne pourra pas passer à côté. Ce n’est pas pensable, que les dividendes, qui sont liés à la spéculation, ne soient pas taxés ».

Le dernier rapport de l’ONG Oxfam, publié cette semaine, vient apporter du grain à moudre sur ce thème. Lors de ses vœux, lundi, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, s’est appuyé dessus. « Une taxe de 2 % sur la fortune des milliardaires français, soit 42 personnes, suffirait à financer les 12 milliards d’euros annuels finançant le déficit des retraites », a lancé le député PS.

Faire contribuer les retraités : sujet sensible

C’est un sujet sensible, et même politiquement tabou pour les macronistes ou pour la droite, dont les retraités constituent une part importante de l’électorat. Rare voix à évoquer le sujet au sein de la majorité, Marc Ferracci, député Renaissance des Français de l’étranger, évoque juste, sans citer les retraités, une « réflexion sur le juste partage de l’effort entre les générations ». « C’est un sujet sensible, mais il faut en discuter, notamment au Parlement », avance le député dans Le Monde.

Dans son « autre réforme des retraites », Terra Nova met un peu les pieds dans le plat sur cette question. La fondation lance l’idée de faire contribuer les retraités. « Il serait juste de mettre à contribution ceux des retraités qui peuvent participer à l’effort collectif », avance le think tank, qui évoque deux idées : « La désindexation des retraites, même partielle, (qui) constituerait un levier puissant pour dégager des économies ». « Sous‑indexer de 1 point les pensions de base permet de générer 2,5 milliards d’euros d’économies. En retenant un seuil de 2000 euros de pension permettant d’exonérer les trois quarts des retraités, l’économie serait de 1 milliard d’euros », précise le document. Autre idée : « Une alternative politiquement plus acceptable pourrait résider dans la mise en place d’une "clause de solidarité intergénérationnelle" pendant le choc inflationniste. […] En cas d’évolution des prix supérieure à l’évolution des salaires, comme c’est le cas actuellement, les retraites seraient indexées sur les salaires et non sur les prix, ce qui permettrait de partager le fardeau entre les générations ».

Pour les économistes atterrés, Henri Sterdyniak a répondu à Terra Nova. « Ce que propose Terra Nova n’est pas innovant : faire payer les retraités actuels, en oubliant qu’ils ont déjà beaucoup contribué, en oubliant que réduire les retraites aujourd’hui n’améliorera pas l’arbitrage « âge de départ/taux de cotisation/niveau des pensions » en 2050 », rétorque l’économiste. Selon Henri Sterdyniak, « si l’on souhaite réduire les revenus des retraités les plus riches, ce sont les revenus du patrimoine qu’il importe de cibler… et non les retraites ».

Même sentiment pour la sénatrice socialiste Monique Lubin. « Cela me paraît difficile de taxer les retraités. Ils ont cotisé et ont payé la retraite des gens avant eux. Ce n’est pas une solution. Je préfère qu’on taxe les hauts revenus ». Mais pour Patrick Kanner, « c’est une vraie question. S’ils ont des retraites importantes, c’est qu’ils ont cotisé de manière importante aussi. Faut-il recotiser ? Peut-être pour une extrême minorité. Mais ça revient à la question de la suppression de l’ISF aussi », souligne le président du groupe PS.

Pour l’écologiste Guillaume Gontard, l’idée ne « paraît pas totalement impensable. Quand on regarde sous l’angle de la justice sociale, c’est une voie qui ne me paraît pas totalement inintéressante ».

Renforcer l’emploi des séniors et atteindre l’égalité salariale hommes/femmes

C’est une des solutions qu’avance le gouvernement. Mais pour les syndicats, notamment CFDT et CFTC, elle pourrait être davantage poussée. « Si l’emploi des seniors progresse de 10 points pour rejoindre la moyenne européenne, on résout quasiment l’équation financière », fait valoir dans Libération Yvan Ricordeau, le négociateur retraites de la CFDT. Le député Renaissance Patrick Vignal pointe de son côté l’effet d’un allongement de la durée de cotisation sur les seniors, « quand on sait que souvent, dans de grandes entreprises, on leur donne un ticket de sortie », a-t-il mis en garde sur BFMTV. Il menace même de ne pas voter la réforme si elle « n’évolue pas ».

Le quotidien souligne par ailleurs que la CGT et FO mettent en avant une autre source de financement : l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Si elle était atteinte, les syndicats avancent que cinq milliards d’euros par an pourraient finir dans les caisses de la Sécurité sociale. En étant mieux payées, les femmes et leurs employeurs cotiseraient plus, contribuant ainsi davantage au régime de retraite.

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