Retraites: au 10e jour de grève,le gouvernement hausse le ton sur Noël

Retraites: au 10e jour de grève,le gouvernement hausse le ton sur Noël

Le Premier ministre Édouard Philippe a haussé le ton samedi devant le risque de fortes perturbations dans la circulation des...
Public Sénat

Par Jessica LOPEZ

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Le Premier ministre Édouard Philippe a haussé le ton samedi devant le risque de fortes perturbations dans la circulation des trains pendant la période des fêtes, jouant ouvertement l'opinion contre les grévistes à la veille d'un onzième jour de blocage dans les transports contre la réforme des retraites.

"Il faudra que chacun prenne ses responsabilités. Je ne crois pas que les Français accepteraient que certains puissent les priver de ce moment", déclare le chef du gouvernement dans un entretien au Parisien dimanche.

Vendredi soir, il avait convoqué en urgence une réunion à Matignon et demandé au patron de la SNCF Jean-Pierre Farandou de préparer un "plan de transport" précisant quels trains seraient maintenus. Ce dernier avait déjà appelé dans la journée les cheminots en grève illimitée depuis le 5 décembre à "faire une pause" pendant les fêtes.

Réponse cinglante de Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots (1e): "Si le gouvernement veut que le conflit cesse avant les fêtes, il a toute la semaine prochaine pour prendre la décision de bon sens qui s'impose: le retrait de la réforme par points".

La SNCF, par la voix de la responsable des TGV, a promis à ce stade qu'"au moins" la moitié des voyageurs pourront partir pour Noël. Ceux qui ont déjà réservé un billet pour les vacances de Noël, qui commencent vendredi, sauront mardi s'ils pourront partir.

"La situation peut s'arranger très rapidement. Mais pour que les trains roulent, il faut un message positif du gouvernement", a résumé samedi Roger Dillenseger (Unsa ferroviaire), critiquant au passage un exécutif qui "joue sur la corde sensible".

- Trafic "très réduit" -

Au delà de la question de Noël, le Premier ministre se montre dans son entretien au Parisien très sévère sur la grève démarrée il y a dix jours. "Certes, il y a eu des grèves très suivies, mais seulement dans quelques corps de la fonction publique", estime-t-il. Ajoutant: "je ne dirais donc pas que tout le pays est en grève. Ce n'est pas un blocage total".

Samedi, la situation était toujours critique dans les transports - un TGV sur quatre et trois TER sur dix en moyenne. Et le trafic restera très perturbé dimanche et lundi avec toujours un quart des TGV et un tiers des TER, ainsi que la quasi-totalité des lignes de métro fermées.

Lundi le trafic restera "très réduit" à la RATP.

En attendant, le gouvernement continue de tenter de remettre la CFDT dans le train des partisans de sa réforme des retraites, consistant à fondre les 42 régimes existant en un "système universel" par points.

Mais son négociateur en chef, Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire aux Retraites, a été fragilisé ces derniers jours dans l'opinion par les accusations de conflit d'intérêts avec le monde des assurances, un cumul de fonctions interdit par la Constitution, mais aussi la présidence d'un "Observatoire régional de la commande publique".

Sa "bonne foi est totale" a estimé samedi Édouard Philippe, mettant fin à l'incertitude qui planait sur une possible démission, évoquée par l'intéressé lui-même pour "préserver" sa réforme très décriée.

- Chaud et froid -

Reste à savoir si la patron de la CFDT Laurent Berger acceptera de reprendre les discussions proposées par le même Édouard Philippe pour "le plus tôt possible la semaine prochaine".

Jusqu'à présent, rien n'a filtré de sa décision, alors que le gouvernement joue le chaud et le froid sur la question cruciale: la décision d'ajouter au projet de loi un "âge d'équilibre" à 64 ans en dessous duquel on ne touchera pas sa retraite pleine, un allongement de la durée de cotisation présentée comme une garantie de l'équilibre financier du système.

L'âge "pivot" est "négociable", "notre porte est ouverte", a affirmé samedi la secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, Agnès Pannier-Runacher. Quand le Premier ministre assure qu'il "ne veut pas obliger les gens à travailler plus longtemps, mais (...) les y inciter pour équilibrer le système", car "on vit plus longtemps, donc qu’on va travailler plus longtemps".

C'est une "ligne rouge" pour la CFDT qui, avec une intersyndicale réformiste (CFDT, CFTC, Unsa et les étudiants de la Fage) a appelé à manifester mardi, au côté de l'intersyndicale à l'origine de la grève (CGT, FO, Solidaires, FSU et quatre organisations de jeunesse) pour demander, eux, le retrait du projet.

Cheminots, étudiants, employés de la fonction publique, professions de santé, avocats, magistrats, enseignants sont attendus dans la rue.

Très mobilisés depuis le début du conflit, ces derniers ont obtenu vendredi du gouvernement la garantie de revalorisation des salaires, pour environ 10 milliards d'euros sur plusieurs années, à partir du 1er janvier 2021.

Samedi, quelques centaines de personnes ont manifesté à Lyon, Montceau-les-Mines, Strasbourg, Nantes, Orléans et Toulouse.

Dans la même thématique

Le President de la republique visite le salon international de l’agriculture
5min

Politique

Salon de l’agriculture : le grand débat, « un échec historique pour la communication de l’Élysée »

Face au tollé provoqué par l’invitation des Soulèvements de la Terre à un grand débat avec les acteurs du monde agricole, l’exécutif rétropédale et plaide une « erreur ». La FNSEA, rejointe par d’autres organisations conviées, refuse une telle rencontre. À la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture, le « coup politique » tenté par Emmanuel Macron semble avoir du plomb de l’aile.

Le

Paris: Macron visiting the 59th edition of the International Agriculture Fair
9min

Politique

Le Salon de l’agriculture, du « Casse-toi, pauv' con » à l’œuf jeté sur Macron, une terre fertile en prises de bec

Temps fort de la vie politique, le Salon international de l’agriculture est aussi un terrain favorable aux accrochages, avec des élus et responsables politiques à portée d’engueulade. Le tout sous l’objectif des caméras. Dans un contexte de remobilisation du monde agricole, la 60e édition du « SIA » s’annonce sous haute tension. Retour sur les incidents et autres bousculades qui ont marqué ses allés ces dernières années.

Le

Retraites: au 10e jour de grève,le gouvernement hausse le ton sur Noël
4min

Politique

Salon de l’agriculture : « Il y a un niveau de tension supérieur à celui qu’il y avait au moment des blocages », prévient Arnaud Rousseau

Invité de l’émission Extra Local, le patron de la FNSEA confirme qu’il ne participera pas au grand débat souhaité par l’Élysée en ouverture du Salon de l’agriculture. Point de blocage : l’invitation des Soulèvements de la Terre à la table des discussions. Pour Arnaud Rousseau, « ce n’est pas la manière de sortir de cette crise de manière constructive ».

Le