Retraites: bras de fer et derniers arbitrages avant une semaine décisive
Consultations à Matignon et réunion à l'Elysée, bras de fer dans la presse: l'exécutif s'active pour sauver sa réforme des retraites, menacée...

Retraites: bras de fer et derniers arbitrages avant une semaine décisive

Consultations à Matignon et réunion à l'Elysée, bras de fer dans la presse: l'exécutif s'active pour sauver sa réforme des retraites, menacée...
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Consultations à Matignon et réunion à l'Elysée, bras de fer dans la presse: l'exécutif s'active pour sauver sa réforme des retraites, menacée par un mouvement social qui va quasiment paralyser les transports parisiens dimanche et fait craindre une pagaille sur les quais lundi.

Le Journal du dimanche organise la confrontation entre le Premier ministre Edouard Philippe et son principal opposant sur ce dossier, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, regonflé par la mobilisation massive du 5 décembre, qui a fait descendre plus de 800.000 manifestants dans la rue.

"Si on ne fait pas une réforme profonde, sérieuse, progressive aujourd'hui, quelqu'un d'autre en fera une demain brutale, vraiment brutale", prévient dans des propos cités par le JDD le chef du gouvernement, "déterminé" à mener "jusqu'à son terme" le projet de système universel de retraite par points voulu par Emmanuel Macron.

"Nous tiendrons jusqu'au retrait" de la réforme, dans laquelle "il n'y a rien de bon", réplique dans une longue interview au journal dominical le dirigeant cégétiste, alors qu'une deuxième grande journée de grèves et manifestations est prévue mardi à l'appel de l'intersyndicale FO-CGT-Solidaires-FSU et de quatre organisations de jeunesse. Certaines voix, à la CGT, évoquent déjà un troisième round jeudi prochain.

Pour tenter de sortir de l'ornière, le calendrier de l'exécutif s'accélère.

Edouard Philippe, à Paris, le 6 décembre 2019
Edouard Philippe, à Paris, le 6 décembre 2019
AFP

Tout le week-end, des consultations ont lieu à Matignon. Dimanche soir, Emmanuel Macron et Edouard Philippe réuniront à l'Elysée les ministres concernés par le dossier. Lundi, en compagnie de la ministre des Solidarités Agnès Buzyn, le haut-commissaire aux Retraites Jean-Paul Delevoye présentera aux partenaires sociaux les conclusions de sa longue concertation. Enfin, mercredi, Edouard Philippe détaillera son plan consistant à fusionner les 42 régimes de retraite existants.

"On pourra apporter des réponses extrêmement positives pour beaucoup de gens qui subissent des injustices dans le système actuel: les femmes, les agriculteurs, et ceux qui ont des parcours hachés notamment", assure-t-il.

Mais y aura-t-il matière à éteindre l'incendie? Rien n'est moins sûr, vu la réponse apportée par Philippe Martinez à l'hypothèse d'une transition sur dix ou quinze ans entre les régimes actuels et le futur système: "Ce sera non".

Manifestation contre la réforme des retraites, à Marseille, le 5 décembre 2019
Manifestation contre la réforme des retraites, à Marseille, le 5 décembre 2019
AFP/Archives

"Je ne veux pas que nos petits-enfants nous disent: +tu as pu partir à tel âge, mais en contrepartie, tu as sacrifié ma retraite+", fait-il valoir.

- "Cas d'école d'amateurisme" -

La mobilisation s'est d'ores et déjà inscrite dans la durée. De nouveaux défilés ont eu lieu samedi, coagulant les colères: des marches contre le chômage et la précarité prévues de longue date ont rassemblé selon le ministère de l'Intérieur 23.500 personnes en France, dont des "gilets jaunes" et des militants syndicaux mobilisés sur les retraites.

Les trois premiers syndicats de cheminots (CGT, Unsa et SUD) ont appelé à amplifier la grève à partir de lundi.

En attendant, le trafic va rester fortement réduit dimanche à la SNCF, avec 1 TGV sur 6, 15% des Transiliens (RER SNCF et trains de banlieue) et 2 TER sur 10 (grâce à des bus) en circulation. La RATP va même fermer 14 lignes de métro sur 16.

Et lundi s'annonce carrément noir dans les gares et stations franciliennes. La SNCF a recommandé aux usagers d'éviter les Transiliens, l'affluence attendue dans les gares d'Ile-de-France s'annonçant "très dangereuse" pour la sécurité des voyageurs. Même ton alarmant à la RATP, qui a invité "tous les voyageurs qui en ont la possibilité à différer leurs déplacements", compte tenu du "fort risque de saturation du réseau", avec notamment 10 lignes de métro fermées.

Rail : prévisions de trafic
Prévisions de trafic de la SNCF pour le dimanche 8 décembre
AFP

Dans la capitale, le préfet de police a de nouveau pris un arrêté obligeant les commerces situés sur le parcours du cortège parisien de mardi, entre Invalides et Denfert-Rochereau, à fermer.

Plusieurs représentations prévues ce week-end à la Comédie-Française et à l'Opéra de Paris ont été annulées.

Les professionnels du commerce et du tourisme commencent à s'inquiéter des conséquences d'un mouvement social potentiellement durable. Ainsi à Lyon, les hôtels sont loin de faire le plein, alors qu'il est habituellement impossible de trouver une chambre en ville pendant le long week-end de la Fête des lumières.

Et la droite est en embuscade, à l'image du président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand.

"Catastrophique", la méthode d'Emmanuel Macron "restera comme un cas d'école d'amateurisme: c'est le président lui-même qui a semé le trouble en tergiversant sur l'âge pivot" en deçà duquel une décote serait appliquée, "puis en évoquant la +clause du grand-père+" réservant l'entrée dans le futur système aux seules nouvelles recrues, tranche-t-il dans Le Parisien.

"Il a réussi à faire peur à 30 millions d'actifs! Il doit répondre à leur colère", estime l'ancien ministre sarkozyste.

Partager cet article

Dans la même thématique

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
9min

Politique

Dette, retraites, fiscalité… que retenir du premier débat des candidats à l’élection présidentielle ?

Ce jeudi, sept candidats à la présidentielle ont tenu le premier débat de la campagne, aux journées d’été du Medef. Pendant plus de deux heures, Bruno Retailleau (les Républicains), Edouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national), Gabriel Attal (Renaissance) et Marine Tondelier (les Ecologistes) ont échangé sur le sujet de la dette publique, des retraites ou encore du coût du travail.

Le

Meeting of French centrist Renaissance party
8min

Politique

Présidentielle : Retailleau, Attal, Bertrand, Philippe… Les candidatures se multiplient à droite et au centre, mais l’hypothèse d’une primaire divise toujours autant  

Les appels à une candidature unique de la droite et du centre, pour éviter un duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, se font de plus en plus pressants. Dernière initiative en date : une tribune signée par 200 élus en faveur d’une primaire ouverte. Mais du côté des partis, les équipes continuent à espérer un rassemblement sans avoir à passer par un tel processus.

Le

Voting session on the assisted dying bill at the National Assembly
10min

Politique

François Hollande, le pari du retour : peut-il redevenir président, 10 ans après ?

Après avoir renoncé à briguer un second mandat en 2017 puis écarté une candidature en 2022, François Hollande prépare méthodiquement son possible retour dans la course à l’Élysée. À huit mois de la présidentielle de 2027, l’ancien chef de l’État sort un livre avec 80 propositions, multiplie les apparitions et mise sur une gauche sociale-démocrate sans candidat naturel. Mais dans une Ve République où les anciens présidents ont rarement réussi leur retour, son pari consiste à transformer une popularité retrouvée en véritable désir de candidature.

Le