Paris :social conference
Elisabeth Borne, Prime minister and Olivier Dussopt, Minister of Labor, Employment and Integration during the framework of a social conference with representatives of trade unions and employers' organizations at the Conseil economique, social et environnemental (Cese) on October 16, 2023. The Prime Minister Elisabeth Borne brings together all the unions and employers' organizations for a social conference focusing on the dynamics of career paths and remuneration. //04SIPA_1.537/Credit:Tomas Stevens-pool/SIPA/2310161629

Retraites complémentaires : le gouvernement a-t-il vraiment renoncé à prélever les excédents de l’Agirc-Arrco ?

Le ministre des Comptes publics Thomas Cazenave a indiqué que le gouvernement ne déposerait pas « à ce stade » d’amendement, dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, autorisant à ponctionner les caisses de l’Agirc-Arrco pour financer le régime de retraites général. Mais cette mesure n’a en réalité pas été totalement abandonnée.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Changement de pied. Selon France Info, à quelques heures de l’ouverture de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) à l’Assemblée nationale ce mardi 24 octobre, le gouvernement aurait renoncé à l’idée d’inclure au texte une mesure de prélèvement des excédents de l’Agirc-Arrco. Interrogé par l’AFP en fin de journée, le ministre des Comptes publics Thomas Cazenave confirme qu’une ponction de la caisse de retraite complémentaire des salariés du privé n’est pas prévue « à ce stade ».

Ces dernières semaines, le ministre du Travail persistait pourtant dans cette voie. Considérant qu’une partie des excédents de la complémentaire des salariés du privé était directement liée à l’allongement de la durée de cotisations, en raison de la réforme des retraites, Olivier Dussopt avait à plusieurs reprises exprimé le souhait d’une participation de l’Agirc-Arrco au financement du déficit du régime de retraites général.

« À l’horizon 2026, sur le total des excédents, 1,2 milliard d’euros est du à la réforme des retraites adoptée au printemps dernier. Nous considérons comme légitime que cette part des excédents liés à la réforme puisse être mobilisée pour participer au financement d’un régime de solidarité », avait déclaré le ministre en réponse à une question de la sénatrice Vivette Lopez (LR), lors des questions d’actualité au gouvernement du 11 octobre.

Opposition ferme des partenaires sociaux

Une mesure impensable pour les partenaires sociaux, qui gèrent de façon paritaire les caisses de l’Agirc-Arrco. Début octobre, organisations syndicales et patronales étaient parvenues à un accord pour actualiser les règles de fonctionnement de la complémentaire. Celui-ci prévoit, à rebours de la proposition du gouvernement, d’utiliser ces excédents pour revaloriser les pensions de retraites des allocataires de l’Agirc-Arrco de 4,9 %, au niveau de l’inflation, dès le 1er novembre.

Invitée de la matinale de Public Sénat ce 24 octobre, la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon a affirmé souhaiter que le gouvernement maintienne le dialogue avec syndicats et patronat sur le sujet. Un passage en force sur l’Agirc-Arrco « serait un sacré contre-signal venant d’un gouvernement qui nous dit avoir changé de méthode, qu’il veut du dialogue avec les organisations syndicales et patronales », a-t-elle prévenu.

Dans un tweet daté du 17 octobre, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet avait également alerté : « Si vous décidez de ponctionner dans les caisses des retraites complémentaires AGIRC-ARRCO, c’est une ligne rouge pour la CGT ».

L’exécutif tente de gagner du temps

Faut-il voir un calcul politique derrière ce qui serait un rétropédalage du gouvernement sur la question ? Selon France Info, la Première ministre « craignait de voir le gouvernement être renversé », si un amendement en faveur de la ponction de l’Agirc-Arrco était intégré au projet de loi de financement de la Sécurité sociale. En effet, le gouvernement a déjà fait savoir qu’un recours au 49.3 était envisagé pour faire adopter le PLFSS, ouvrant la voie au dépôt de motions de censure.

Mais ce n’est peut-être pas la fin de l’histoire. Interrogé par l’AFP, Thomas Cazenave réclame aux partenaires sociaux « des avancées concrètes et rapides » sur le sujet « dans le temps ouvert par la navette parlementaire », laissant penser que le prélèvement n’est pas totalement exclu. Interrogée sur un renoncement définitif au prélèvement de l’Agirc-Arrco, une source gouvernementale du côté de Bercy confie : « Ce n’est pas tout à fait vrai ».

L’exécutif compterait encore sur « la voie contractuelle » pour poursuivre les discussions. C’est en particulier l’article 9 de l’accord trouvé entre les partenaires sociaux sur l’Agirc-Arrco qui pourrait permettre au gouvernement de gagner du temps. Il prévoit la mise en place d’un groupe de travail paritaire au premier semestre 2024 « pour étudier un mécanisme de solidarité en direction des petites pensions », selon les termes de l’accord repris par la CGT. Les discussions pour flécher cette aide uniquement vers les allocataires de l’Agirc-Arrco, ou vers tous les bénéficiaires du régime de retraite général, sont ainsi toujours en cours.

« Une bombe sociale »

« Dans le cadre de la navette parlementaire, on a un peu de temps… », glisse-t-on de source ministérielle. À défaut d’une évolution de la position des partenaires sociaux sur la question, le gouvernement se « réserve la possibilité de déposer un amendement lors du retour du texte à l’Assemblée ». Autrement dit, la ponction de l’Agirc-Arrco, écartée pour l’heure, pourrait revenir par la fenêtre à la faveur de la navette parlementaire entre le Sénat et l’Assemblée nationale. Ce qui permet, dans l’immédiat, au gouvernement de gagner du temps et de s’épargner une motion.

Un tel tour de passe-passe serait difficile à avaler pour les parlementaires, à n’en pas douter. Selon la sénatrice LR Frédérique Puissat, la mesure portée par le gouvernement serait « une bombe sociale », tant elle fait l’unanimité contre elle. « Quand un système est vertueux, comme l’est l’Agirc-Arrco qui n’est pas endetté, il faut le saluer et l’encourager, pas le déstabiliser », ajoute-t-elle. Une position partagée par son homologue socialiste Monique Lubin, pour qui un PLFSS intégrant une telle mesure recueillerait une majorité d’oppositions au Sénat : « Si le gouvernement a besoin de se rattraper par un vote au Sénat, à la suite d’un nouveau 49.3 à l’Assemblée, avec cette mesure, il serait en mauvaise posture ».

À ce titre, la sénatrice LR Vivette Lopez, à l’issue de son échange avec Olivier Dussopt lors des questions au gouvernement du 11 octobre, avait été très claire : « Si, d’aventure, le gouvernement passait par la loi de financement de la sécurité sociale, nous serons là et nous engagerons notre responsabilité pour garantir l’avenir des relations sociales et la pérennité des retraites complémentaires ».

Rose-Amélie Bécel et François Vignal

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le

Retraites complémentaires : le gouvernement a-t-il vraiment renoncé à prélever les excédents de l’Agirc-Arrco ?
4min

Politique

Loi-cadre sur les transports : « Nous allons donner des moyens supplémentaires pour investir dans les transports », promet le ministre Philippe Tabarot

Alors que le projet de loi-cadre sur les transports est examiné en séance au Sénat, Philippe Tabarot a égrené les grandes lignes de « son » texte, jeudi 16 avril, au micro de Public Sénat. Le ministre des transports veut assurer la pérennité des financements du secteur, notamment via les recettes des péages autoroutiers et un nouveau contrat avec SNCF Réseau.

Le

Marine Le Pen and Jordan Bardella Hold Campaign Rally in Chalons-en-Champagne
6min

Politique

Présidentielle : « Une inclinaison libérale plus prononcée au RN, incarnée par Jordan Bardella, ne sera pas forcément de nature à rebuter son électorat »

Jeudi et vendredi, les cadres du RN se retrouvent dans un lieu secret pour « un séminaire présidentiel ». Le parti, qui est toujours suspendu à la décision de la Cour d’appel sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, n’est pas encore tout à fait en ordre de marche. Au fil des mois, Jordan Bardella semble s’éloigner de la ligne souverainiste et étatiste prônée lors des précédentes campagnes présidentielles. Faut-il y voir un antagonisme ou une manière d'accéder à un dernier territoire de conquête électorale ?

Le