Deux ministres novices, une batterie de rapporteurs, la majorité et son aile gauche parfois remuante, face à des opposants ultra déterminés: coup de projecteur sur les acteurs de la grande explication sur les retraites à l'Assemblée nationale.
Le baptême du feu de Véran et Pietraszewski
Deux ministres novices ont la lourde tâche de porter la réforme la plus difficile du quinquennat à peine arrivés dans leurs fonctions.
Le secrétaire d'Etat aux retraites et ex-député du Nord Laurent Pietraszewski est en poste depuis fin décembre, après le départ de l'ancien haut-commissaire Jean-Paul Delevoye. Le député Olivier Véran vient d'être nommé ministre de la Santé dimanche soir, en remplacement d'Agnès Buzyn, candidate LREM à Paris.
Réputé bon connaisseur des questions sociales, M. Pietraszewski s'était fait connaître dès le début de la législature en tant que rapporteur de la réforme controversée du Code du travail.
Auparavant, le secrétaire d'Etat de 53 ans au crâne dégarni, parfois adepte du jargon managérial et des boutades, a fait carrière à Auchan, notamment dans les ressources humaines.
En commission spéciale retraites, "Pietra" comme le surnomment les marcheurs, a d'abord été critiqué par l'opposition pour son "mutisme", avant de prendre plus d'assurance au fil des débats.
Olivier Véran, neurologue, est propulsé ministre de la Santé à 39 ans, un poste que l'ancien socialiste convoitait depuis plusieurs années y compris sous le précédent quinquennat.
L'ex-député LREM de l'Isère était jusqu'à présent rapporteur du budget de la Sécurité sociale à l'Assemblée nationale et rapporteur du volet organique de la réforme des retraites.
Gage de l'aile gauche, il connaît bien le sujet retraites et goûtait volontiers jusqu'ici aux formules chocs et aux piques contre les oppositions.
Un "marcheur" ex-PS chef d'équipe
Chez les députés, le texte est porté par une batterie de rapporteurs, avec l'élu LREM et ex-PS Guillaume Gouffier-Cha en chef d'équipe.
Ancien conseiller de Jean-Yves Le Drian à la Défense lors du quinquennat Hollande, M. Gouffier-Cha a été choisi pour sa "loyauté" et parce qu'il est un "habile négociateur", selon une source parlementaire. Il a été relativement discret en commission.
Olivier Véran, neurologue de 39 ans, a été nommé dimanche soir ministre de la Santé pour succéder à Agnès Buzyn
AFP/Archives
Sur le volet ordinaire, le corapporteur MoDem Nicolas Turquois s'est retrouvé en première ligne en commission, entre remarques ironiques sur l'obstruction des insoumis ou argumentaire sur les agriculteurs, sa profession d'origine.
Autres rapporteurs, Jacques Maire, fils de l'ancien dirigeant de la CFDT Edmond Maire, ainsi que Corinne Vignon et Carole Grandjean (LREM) étaient des "ambassadeurs" retraites pour le groupe politique LREM. Autre "marcheuse", Cendra Motin a hérité du volet organique. Le député Agir Paul Christophe complète le casting.
Des meneurs dans les oppositions
Pour cette bataille cruciale, tous les groupes ont mobilisé leurs troupes.
Le chef de file des insoumis Jean-Luc Mélenchon fait tout pour endosser le rôle de premier opposant à cette réforme. Il a assumé l'"obstruction" et prévenu que ça va "chauffer tout le long". Clémentine Autain ou Adrien Quatennens ont multiplié les interventions en commission pour rejeter en bloc le projet de loi.
Chez les communistes, outre le chef du groupe André Chassaigne, ce sont surtout Pierre Dharréville et Sébastien Jumel, deux élus aux formules chocs, qui sont à la manoeuvre.
Le PS s'en remet à sa chef de file Valérie Rabault et au porte-parole du parti Boris Vallaud. L'ancien conseiller de François Hollande à l'Elysée, aux formules ciselées, n'a de cesse de fustiger "l'amateurisme" du gouvernement.
Côté LR, le président de groupe Damien Abad martèle à l'Assemblée nationale que son parti veut incarner une "troisième voie". Le président de la commission des Finances et ex-ministre du Budget Eric Woerth intervient aussi régulièrement sur "l'absence" du volet financement dans le projet de loi.
Au RN, Sébastien Chenu n'est pratiquement pas venu à la commission spéciale dont il était membre, ce qui lui a valu des sarcasmes de LFI. "Nous défendrons nos amendements comme nous le faisons à chaque fois, en plénière", avait répliqué à distance Marine Le Pen.
Chez les "marcheurs", outre le gros des troupes, une aile gauche parfois remuante - avec notamment Martine Wonner ou Jean-François Cesarini - a bien l'intention de se faire entendre sur la pénibilité. Ou pour proposer des alternatives à l'âge pivot de 64 ans.
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