Retraites: Edouard Philippe provisoirement renforcé par sa victoire tactique
Un zeste d'ouverture et un recul tactique: Edouard Philippe sort provisoirement renforcé de son bras de fer avec les syndicats,...

Retraites: Edouard Philippe provisoirement renforcé par sa victoire tactique

Un zeste d'ouverture et un recul tactique: Edouard Philippe sort provisoirement renforcé de son bras de fer avec les syndicats,...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Un zeste d'ouverture et un recul tactique: Edouard Philippe sort provisoirement renforcé de son bras de fer avec les syndicats, dont une partie est revenue autour de la table tout en acceptant des mesures d'économies dans le cadre de la réforme des retraites.

Exposé comme jamais, le Premier ministre était sommé par Emmanuel Macron de trouver "un compromis rapide", après plusieurs semaines de grève et de négociations au point mort. Mission accomplie ce week-end, en offrant aux organisations réformistes (CFDT, UNSA, CFTC) le scalp de l'instauration d'un âge pivot à 64 ans à l'horizon 2027, érigée en "ligne rouge" pour ces syndicats.

"Je me félicite que par le travail, la discussion, nous ayons pu aboutir à ce compromis qui n'est pas la norme dans l'histoire sociale française", a souligné dimanche soir M. Philippe. "Victoire!", s'est de son côté immédiatement exclamée la CFDT dans un communiqué.

En apparence, M. Philippe a donc accordé une importante concession aux partenaires sociaux, après avoir retenu dans la même semaine la proposition de "conférence de financement". Une manière de démentir sa réputation d'inflexibilité et d'illustrer que leçon a été retenue, un an après avoir maladroitement claqué la porte au nez de la CFDT au plus fort de la crise des "gilets jaunes".

Mais le Premier ministre entend montrer qu'il préserve en même temps un principe cardinal: celui de "responsabilité". "Je suis déterminé, ferme sur l'équilibre financier du système", a-t-il répété dimanche soir.

Après plusieurs mois de débats sur l'opportunité d'assortir la réforme de mesures budgétaires, la question est donc tranchée. Et ce seront les partenaires sociaux eux-mêmes qui réfléchiront au sein de la conférence de financement à la manière de dégager 12 milliards d'euros en 2027 pour ne pas créer de déficit, en explorant d'autres pistes que le seul âge pivot.

"Ce qui compte ce n'est pas l'instrument, c'est l'objectif", résume M. Philippe.

- "Fumigène" -

De quoi faire dire à Michel Beaugas, négociateur pour Force ouvrière, que la controverse autour de l'âge pivot à 64 ans n'a été qu'un "leurre, un fumigène. Cette discussion a évité de parler du fond de la réforme", grince-t-il auprès de l'AFP, tout en convenant que le Premier ministre a été "bon politique". Un argument repris en masse par les oppositions, de Marine Le Pen (RN) qui a dénoncé une "manipulation cousue de fil blanc", à Jean-Luc Mélenchon (LFI) qui a raillé des "embrouilles de dernière minute", en passant par Olivier Faure (PS) ironisant sur la "fake négociation".

D'ailleurs, si le courrier adressé samedi par M. Philippe acte du retrait d'un âge pivot à court terme, il évoque aussi la présence de cette disposition dans le futur système.

"J'entends la petite musique disant que c'était une sorte de tactique, du bonneteau. Ce n'est pas ça. Il n'y a pas de tour de passe-passe", réfute en retour un proche du Premier ministre. Le patron de la CFTC Cyril Chabanier abonde: "Je n'ai pas l'impression de m'être fait embarquer. Contrairement à d'autres, on n'a jamais nié l'importance de l'équilibre car c'est la survie du système par répartition qui est en jeu."

A l'écoute des syndicats d'un côté, le Premier ministre peaufine sa stature martiale de l'autre: en cas d'échec de la conférence, "je prendrai mes responsabilités", prévient-il. Il décline aussi son inflexibilité en répétant sa détermination à "aller au bout" de la réforme, misant sur l'épuisement de la grève, chiffres en baisse à l'appui.

Une manière de tenir les deux côtés de l'omelette de l'électorat macronien, au coeur historique social-démocrate et sensible au dialogue social mais dont le barycentre s'est déplacé vers une droite demandeuse d'ordre.

L'enjeu, c'est "assécher l'électorat de droite en passant la réforme et en disant comment on la finance", décrypte un cadre de la majorité, avec les élections municipales de mars dans le viseur. Avant d'embrayer, louangeur: "Si Edouard Philippe passe cette réforme, il est incontournable sur la fin du quinquennat".

Partager cet article

Dans la même thématique

Retraites: Edouard Philippe provisoirement renforcé par sa victoire tactique
3min

Politique

La nomination d'Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, une décision « aux antipodes de l'éthique », brocarde le sénateur Jean-Raymond Hugonet

Le sénateur LR Jean-Raymond Hugonet a interpellé le gouvernement sur la nomination d'Amélie de Montchalin, actuelle ministre du Budget, comme présidente de la Cour des comptes. L’élu dénonce un risque de conflit d’intérêts. Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, accuse les oppositions de cibler la couleur politique d’Amélie de Montchalin.

Le

Paris : Proces Joel Guerriau et Sandrine Josso
2min

Politique

Condamnation de Joel Guerriau : Sandrine Josso reçue par Gérard Larcher, ce mercredi à 18h30

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher va recevoir l’élue, ce mercredi. La députée avait fait part de son regret de ne pas avoir reçu de marque de soutien de la part du président du Sénat.

Le