Retraites : « Edouard Philippe reprend les idées des LR », selon le sénateur René-Paul Savary
L’ancien premier ministre dénonce dans Challenges la hausse de la dette, critique le revenu d’engagement et veut repousser « l’âge de départ à la retraite à 65, 66 ou 67 ans ». Selon le sénateur LR René-Paul Savary, « Edouard Philippe marque volontairement sa différence pour prendre des voix à droite et être au service d’Emmanuel Macron pour 2022… et être à son propre service après ».

Retraites : « Edouard Philippe reprend les idées des LR », selon le sénateur René-Paul Savary

L’ancien premier ministre dénonce dans Challenges la hausse de la dette, critique le revenu d’engagement et veut repousser « l’âge de départ à la retraite à 65, 66 ou 67 ans ». Selon le sénateur LR René-Paul Savary, « Edouard Philippe marque volontairement sa différence pour prendre des voix à droite et être au service d’Emmanuel Macron pour 2022… et être à son propre service après ».
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La droite en a rêvé, Edouard Philippe le propose, à défaut de l’avoir fait au pouvoir. L’ancien premier ministre se prononce, dans un entretien à Challenges, pour un report de l’âge de départ à la retraite. « A près de 330 milliards, les pensions constituent de loin le premier poste budgétaire – plus d’un quart de la dépense publique – et le premier foyer d’économies possibles », souligne Edouard Philippe, selon qui « la seule solution raisonnable est donc d’allonger la durée de vie active en repoussant l’âge de départ à la retraite à 65, 66 ou 67 ans ».

« Nous préférons continuer à danser au-dessus du volcan que prendre les mesures, drastiques – et parfois amères –, qui s’imposent »

« Ce n’est pas une mesure facile à porter, cela peut être progressif, mais ceux qui promettent de régler la question des retraites sans augmenter la durée de la vie active, mentent aux Français », lance le maire du Havre. On sait que l’ancien premier ministre plaidait en interne pour des mesures paramétriques de ce type, lors du débat sur la réforme des retraites, retirée pour cause de covid-19. Aujourd’hui, plutôt que la création d’un nouveau système universel, réforme qu’il a lui-même porté à Matignon, il prône plutôt de conserver trois régimes pour « les salariés du privé, les fonctionnaires et les indépendants ».

Alors que le gouvernement multiplie les annonces ces derniers temps, Edouard Philippe met aussi en garde sur la dette. « Je sonne l’alerte et comptez sur moi pour revenir dessus dans les prochains mois », prévient-il, avant d’ajouter : « Nous finançons notre mode de vie sur le dos de nos enfants et de nos petits-enfants plutôt que de consacrer l’argent public à préparer leur avenir ».

Celui qui n’a « pas envie que la France s’abandonne », ajoute encore : « Nous préférons continuer à danser au-dessus du volcan que prendre les mesures, drastiques – et parfois amères –, qui s’imposent ». Il critique au passage le projet de revenu d’engagement pour les jeunes, prévu par Emmanuel Macron : « Distribuer un revenu pour les jeunes en prenant le risque de désinciter à l’entrée sur le marché du travail me paraît en revanche plus contestable. Mais je ne doute pas que le Président en a conscience »…

« C’est évident qu’il faut prendre des mesures pour équilibrer le système »

Concernant les retraites, les propositions d’Edouard Philippe sont bien reçues par l’un des spécialistes du sujet au Sénat, le sénateur LR René-Paul Savary. Et pour cause, cela rejoint le discours de la droite. « Edouard Philippe reprend les idées que nous, les LR et les formations de la droite et du centre, avions formulées au fil des débats sur les retraites. On a déjà dit que c’était très difficile de faire un système universel qui mettait à plat l’existant, avec de fortes différences entre salariés du privé, fonctionnaires, indépendants. C’est une reprise de ce qu’on avait analysé », réagit René-Paul Savary. « On a toujours dit au Sénat qu’il fallait aller vers un système par points plus juste, mais sans forcément bouleverser tous les piliers du système actuel », ajoute le sénateur de la Marne.

Pour René-Paul Savary, « c’est évident qu’il faut prendre des mesures pour équilibrer le système. Nous avons toujours préconisé une modification de l’âge, car nous sommes le pays européen où l’âge légal de départ en retraite est le plus précoce ». Depuis plusieurs années, la majorité sénatoriale de droite et du centre adopte, lors de l’examen du budget de la Sécu (PLFSS), le passage à l’âge de départ à 64 ans, contre l’avis du gouvernement. « Tout le monde est conscient qu’il y a des mesures à prendre concernant les retraites. On en proposera peut-être bien lors du PLFSS, des mesures dans un premier temps paramétriques », ajoute René-Paul Savary, sans dire lesquels pour le moment.

Reste qu’en avançant sur ce sujet, Edouard Philippe coupe un peu l’herbe sous le pied de la droite. Alors que l’ancien premier ministre a rencontré le chef de l’Etat mercredi soir et il y a deux semaines, selon L’Express, René-Paul Savary pense que tout cela est calculé. « Je pense qu’Edouard Philippe marque volontairement sa différence pour prendre des voix à droite et être au service d’Emmanuel Macron pour 2022… et être à son propre service après. C’est une façon d’être au service d’Emmanuel Macron de façon loyale dans les mois qui viennent et de se positionner pour après », analyse le sénateur LR. L’interview d’Edouard Philippe, qui va créer son parti le 9 octobre, montre en tout cas qu’il n’a pas décidé de prendre sa retraite.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le