Retraites : en 2010, la gauche du Sénat usait de tous les moyens pour faire capoter la réforme
A quelques jours de l’examen de la réforme des retraites au Sénat, retour sur les débats agités qui avaient animé la chambre haute lors de la précédente réforme en 2010. Les débats furent parmi les plus longs de la Ve République, communistes et socialistes avaient tout tenté pour que le texte qui prévoyait un report de l’âge légal de départ à la retraite, soit rejeté.

Retraites : en 2010, la gauche du Sénat usait de tous les moyens pour faire capoter la réforme

A quelques jours de l’examen de la réforme des retraites au Sénat, retour sur les débats agités qui avaient animé la chambre haute lors de la précédente réforme en 2010. Les débats furent parmi les plus longs de la Ve République, communistes et socialistes avaient tout tenté pour que le texte qui prévoyait un report de l’âge légal de départ à la retraite, soit rejeté.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

7 min

Publié le

« Nous utiliserons tous les moyens de procédure qui sont possibles pour que le texte ne passe pas ». Cet engagement du président du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner, alors que le Sénat s’apprête à examiner la réforme des retraites le 2 mars, n’est pas sans rappeler l’ambiance qui régnait à la haute assemblée en 2010.

A 13 ans d’intervalle, listons d’abord les similitudes entre les deux époques. En 2010, la réforme s’appuie sur un rapport du Conseil d’orientation des retraites pour repousser de deux ans, l’âge de départ à la retraite (62 ans contre 60). Les concertations avec les partenaires sociaux qui démarrent en avril n’empêchent pas une puissante mobilisation contre la réforme. Les syndicats et la gauche sont unis et le président de la République reste discret pendant la durée du débat parlementaire.

La retraite à 62 ans ne figurait pas au programme de Nicolas Sarkozy

Mais à la différence d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy n’avait pas inscrit dans son programme de 2007 le report de l’âge légal. Au contraire, dans un entretien au journal Le Monde, il avait assuré que le droit à la retraite à 60 ans devait « demeurer ». La réforme est par la suite justifiée par l’impact de la crise financière de 2008 sur le financement du régime des retraites. Les équilibres politiques sont aussi différents, Nicolas Sarkozy disposait, lui, de la majorité absolue à l’Assemblée et au Sénat. Enfin, la réforme n’était pas intégrée à un projet de loi de financement de la sécurité sociale, le temps d’examen n’était donc pas limité. Pour mémoire, le gouvernement d’Élisabeth Borne a choisi d’intégrer sa réforme à un projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale (PLFFSSR) ce qui laisse 15 jours au Sénat pour examiner le texte. Si la réforme n’est pas votée d’ici le 12, un accord pourra être trouvé en commission mixte paritaire. Le gouvernement peut même avoir recours aux ordonnances pour faire passer sa réforme, si le Parlement ne s’est pas prononcé sur le texte d’ici le 26 mars.

En 2010, si les groupes de gauche n’évoquaient pas clairement une stratégie « d’obstruction parlementaire », ça y ressemblait beaucoup. Les socialistes déposent 332 amendements, les communistes, 559. Ils défendent également une motion référendaire. Une motion de procédure qui vise à suspendre l’examen d’un projet de loi avec pour but de soumettre ce texte à un référendum. ​A noter également qu’à l’époque, le temps consacré aux explications de vote était de 5 minutes contre 2 actuellement.

Banderoles dans l’hémicycle et pétition devant le Fouquet ‘s

Après avoir été adopté sans encombre, après dix jours de débats, à l’Assemblée nationale, le projet de loi porté par le ministre du Travail, Éric Woerth, arrive au Sénat le 5 octobre en séance publique. C’est le début d’une longue bataille parlementaire sur fond de mouvement social. La stratégie de la gauche est calée à quelques heures du début de l’examen. « Seule la conjonction du débat parlementaire et de la mobilisation sociale peut amener le gouvernement à ouvrir les yeux », résume Jean-Pierre Bel, le président du groupe socialiste.

Le ministre des Relations avec le Parlement, Henri de Raincourt n’en est pas moins optimiste et mise sur 85 heures de débat au Sénat. Lors de la discussion générale, les élus du groupe communistes donnent le ton et se drapent de leur écharpe tricolore et déploient une banderole où l’on peut lire : « Messieurs Sarkozy et Woerth, Ecoutez le peuple, retirez votre projet de loi sur la réforme des retraites ». Ils iront ensuite déposer devant le Fouquet’s des sacs de pétitions demandant au gouvernement de retirer la réforme.

Car dans toute la France, le mouvement social contre la réforme s’amplifie et les élus de gauche veulent s’en faire le réceptacle avec des arguments sensiblement similaires à ceux d’aujourd’hui. « Vous allez demander à des personnes qui travaillent beaucoup et très difficilement de cotiser deux ans de plus et en même temps vous faites un chèque de 30 millions à Mme Bettencourt », fustige le sénateur socialiste, Martial Bourquin.

Pierre Mauroy : « C’est une erreur profonde d’effacer cette ligne de la retraite à 60 ans »

Pierre Mauroy défend la retraite à 60 ans (20/10/2010)
00:47

Face au mouvement de contestation qui s’étend jusqu’aux lycées, le gouvernement fait des concessions à destination des parents qui se sont arrêtés de travailler un an durant les trois ans suivant la naissance d’un enfant, et aux parents d’enfants handicapés. Ils pourront conserver le bénéfice de l’annulation de la décote, fixée à l’époque à 65 ans.

Lors de l’examen de l’article 5 du projet de loi qui entérine le report de l’âge légal à 62 ans, l’ancien Premier ministre, Pierre Mauroy, dont le gouvernement avait abaissé la retraite à 60 ans, fera une intervention remarquée dans l’hémicycle. « C’est une erreur profonde d’effacer cette ligne de la retraite à 60 ans », tance-t-il (voir la vidéo).

Le 12 octobre est une journée de forte mobilisation, 3 millions de manifestants sont dans les rues, selon les syndicats. Sous la pression des élus de gauche, le président du Sénat, Gérard Larcher accepte une suspension de séance symbolique de 30 minutes.

Nicolas Sarkozy : « Nous n’avons plus les moyens d’attendre pour décider »

Les jours suivants, la contestation s’amplifie. Les raffineries entrent dans le mouvement et les syndicats menacent d’une grève reconductible dans les transports. Jusque-là silencieux, Nicolas Sarkozy finit par s’exprimer. « Je ne suis pas un obsédé de la réforme […] mais nous n’avons plus les moyens d’attendre pour décider ».

Au Sénat la gauche, elle, joue toujours la montre. Après trois semaines de débats, le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant dénonce « des manœuvres dilatoires » de la gauche sénatoriale. Le gouvernement finit par sortir l’arme lourde, l’article 44 de la Constitution qui permet à une assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie d’un texte en discussion en ne retenant que les amendements proposés ou acceptés par le Gouvernement. La présidente du communiste, Nicole Borvo-Cohen-Seat dénonce « un coup de force ». Gérard Larcher considère lui « avoir donné du temps au texte ». « Nous avons fait un travail de parlementaire ».

« La droite est majoritaire mais ne fait pas le plein de ses voix »

Le Sénat adopte l’ensemble du projet de loi par 177 voix contre 151, le 22 octobre. « La droite est majoritaire mais ne fait pas le plein de ses voix, il lui manque une dizaine de voix, c’est politiquement significatif », estime Bernard Frimat, vice-président socialiste du Sénat.

Au final, la Haute assemblée aura examiné la réforme pendant 16 jours et 143 heures, « soit le troisième examen le plus long depuis le début de la cinquième République », rappellera Gérard Larcher en clôture de la séance.

En 2023, le Sénat a décidé d’ouvrir la séance les week-ends du 4 et 5 mars et celui du 11 et 12 mars. Les élus disposeront donc au maximum de 11 jours pour examiner la réforme.

Pour en savoir plus sur le sujet, revoir notre documentaire.

RETOUR SUR...,La réforme des retraites au Sénat
27:06

Partager cet article

Dans la même thématique

Green party leaders attend Stephane Baly campaign rally in Lille
7min

Politique

Municipales 2026 : l’heure est à « l’introspection » chez les écologistes au lendemain de la perte de plusieurs grandes villes  

Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Annecy… les écologistes ont subi de nombreuses pertes aux élections municipales après leur percée de 2020. Le signe d’un parti qui peine, à l’inverse d’il y a six ans, à apparaitre comme une force motrice à gauche, à l’heure où les propositions écologiques locales sont reprises par ses adversaires, y compris à droite.

Le

Gregory Doucet,Municipal and metropolitan elections in Lyon Vote
6min

Politique

Municipales à Lyon : victoire à la Pyrrhus pour les écologistes, qui perdent la Métropole

La victoire de Grégory Doucet à Lyon a médiatiquement éclipsé la défaite des écologistes à la Métropole, alors que celle-ci dispose d’un budget et de compétences bien plus importantes. La droite conduite par Véronique Sarselli dispose d’une majorité confortable, si la coalition formée autour de Jean-Michel Aulas se maintient telle quelle.

Le

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027
7min

Politique

« Un parti déjà solide et bien implanté » : malgré la perte de Nice, Horizons consolide son assise dans les villes et met le cap vers 2027

Le parti fondé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe à l’automne 2021 a remporté 17 villes de plus de 30 000 habitants aux élections municipales. Sa présence dans la France très urbaine est globalement stable, bien que marquée par la perte brutale de Nice, cinquième ville de France. Grâce à son maillage de petites villes, Horizons revendique une progression territoriale.

Le

Paris : Rachida Dati after the results of the first round of France s  2026 municipal elections of Paris
11min

Politique

« On a fait tout ce qu’il fallait faire pour perdre » : Rachida Dati, anatomie d’une cuisante défaite à Paris

ANALYSE – Rachida Dati a perdu son pari électoral dans la capitale, même si elle reste maire du 7e arrondissement. Entre les effets de bord de la loi PLM, qu'elle a elle-même soutenue, et les tensions locales avec Horizons et Renaissance malgré un passage au gouvernement, retour sur une campagne où la cheffe de file de la droite parisienne, réputée pour son franc-parler et sa détermination, semble avoir fini par se couper d’une partie de son électorat.

Le