Retraites: la division syndicale comme mot d’ordre
Les confédérations syndicales opposées à la réforme des retraites disent depuis des mois réfléchir à une action unitaire,...

Retraites: la division syndicale comme mot d’ordre

Les confédérations syndicales opposées à la réforme des retraites disent depuis des mois réfléchir à une action unitaire,...
Public Sénat

Par Bertille OSSEY-WOISARD

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Les confédérations syndicales opposées à la réforme des retraites disent depuis des mois réfléchir à une action unitaire, pourtant c'est la division qui reste de mise avec un premier défilé organisé par FO seule samedi, avant celui de la CGT mardi.

"On regrette qu'il y ait un appel de FO le 21, puis de la CGT le 24. C'est en unifiant les batailles qu'on avancera", a insisté cette semaine Eric Beynel, porte-parole de Solidaires.

"La décision a été prise en mars et indiquée aux autres confédérations dès mai-juin", se défend auprès de l'AFP Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière.

Après les agents de la RATP, les avocats, les médecins et les pilotes qui se sont mobilisés ces derniers jours contre la fin des régimes spéciaux, sa confédération donne rendez-vous samedi dans la capitale à partir de 13H30 pour une manifestation entre Duroc et la place Denfert-Rochereau.

Au sein de son syndicat, mais aussi à la CGT et chez Solidaires, des responsables assurent qu'Yves Veyrier souhaite que FO manifeste "seule" ce jour-là. Lui s'en défend, réfutant tout "isolement" et considérant l'appel de samedi comme "une mise en jambes", car "il faudra aller à des actions syndicales les plus larges possibles".

En attendant, les troupes se montrent pessimistes quant à l'affluence samedi. "Ce sera ridicule! On sera 2.000 à tout casser!", s'inquiète un haut cadre.

- "C'est trop tôt" -

La fédération FO des transports a décidé de ne pas s'y joindre. "On n'est pas des +gilets jaunes+ pour manifester un samedi. Nous souhaitons une mobilisation, mais ce n'est pas le bon jour et c'est trop tôt", explique Patrice Clos, son secrétaire national.

Battre le pavé seule n'est pas chose fortuite pour FO: un an après la crise liée à la révélation d'un fichier controversé sur ses hauts dirigeants - qui a contraint au départ l'ex-secrétaire général, Pascal Pavageau-, Yves Veyrier doit jongler entre les divers courants internes pour maintenir la cohésion des troupes. Or "certaines fédérations ne veulent pas entendre parler d'unité d'action et incitent Veyrier à de la mesure, de l'atermoiement", assure Fabrice Lerestif, partisan d'une action commune avec la CGT, Solidaires et FSU.

Yves Veyrier se montre sceptique quant à l'impact des mobilisations sur la détermination d'Emmanuel Macron à mener sa réforme.

"La manifestation, aussi réussie soit-elle, même suivie d'une deuxième ou troisième, ne suffira pas", dit-il, s'appuyant sur les mobilisations contre les retraites menées en 2003 et 2010. Pour lui, "la question de la grève doit se poser".

La semaine prochaine, les 26 et 27 septembre, FO réunit son Parlement, l'occasion de parler grève et nouvelle date de mobilisation, voire d'action unitaire.

Quant à la CGT, elle a suscité une fois de plus l'agacement mi-juillet en annonçant l'appel du 24 septembre sans en avoir discuté avec les autres syndicats.

Après hésitation, Solidaires a décidé début septembre de rejoindre cette mobilisation. S'y joindront la FSU, l'Unsa-ferroviaire, et les organisations de jeunesse UNL et Unef. Près de 150 mobilisations sont prévues un peu partout en France, sous un mot d'ordre large: "Emploi, salaires, services publics, retraites: stoppons la régression sociale!".

Il y aura aussi des militants FO avec la CGT, mais avec un mot d'ordre différent: "Retraites par points = travail sans fin. Retrait du projet Macron Delevoye".

Aucune nouvelle date n'est prévue, mais le numéro un de la CGT Philippe Martinez assure que les responsables syndicaux opposés à la réforme "discutent entre eux et se rencontrent". Ce que confirme Yves Veyrier dans une interview à L'Humanité vendredi. "Nous sommes en contact" avec la CGT, assure-t-il, "et l'idée est d'aller vers l'unité". Mais, ajoute-t-il, "je n'ai pas le bouton pour que tout marche d'un coup, c'est un processus et nous y travaillons".

Du côté de la CFE-CGC, également opposée à la réforme, son président François Hommeril "ne ferme aucune porte". Mais à deux semaines d'un congrès où il doit être réélu pour un nouveau mandat, il préfère attendre.

La CFDT et l'Unsa soutiennent un "régime universel" par points, même si le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger critique d'autres aspects de la réforme comme l'objectif de retour à l'équilibre financier d'ici à 2025.

Partager cet article

Dans la même thématique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés
7min

Politique

Dette publique : la piste d’une annulation partielle, défendue par Jean-Luc Mélenchon, se heurte à de nombreuses difficultés

Le candidat de la France insoumise à l’élection présidentielle remet dans le débat sa proposition d’effacement des 20 % de la dette publique logée dans la Banque de France. Une solution en apparence miracle, qui en réalité rencontrerait plusieurs difficultés. Risques inflationnistes, mise au ban de l’Europe, perte de confiance : des obstacles comme des dangers barrent la route.

Le

SIPA_01234434_000029
6min

Politique

Présidentielle 2027 : Philippe et Attal font de l’école un nouveau terrain de bataille, au risque d’éreinter le bilan Macron

À quelques jours de la rentrée scolaire, Édouard Philippe et Gabriel Attal font de l’éducation l’un des premiers terrains de la présidentielle de 2027. Les deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron partagent un constat : niveau scolaire insuffisant, recrutement difficile, rémunération trop faible des enseignants, problèmes d’autorité, mais divergent sur les réponses à apporter. Une bataille programmatique qui les oblige aussi à se confronter à leur propre bilan au sein de la majorité depuis la présidentielle de 2017.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le

Capture d’écran du documentaire « Montand est à nous » d’Yves Jeuland
5min

Politique

Les « docus de l’été » : Du communisme à l’Aveu de Costa-Gavras, la vie d’Yves Montand racontée par Yves Jeuland

Fasciné depuis son enfance par la vie d’Yves Montand, dans son film Montand est à nous, Yves Jeuland nous propose un voyage dans la vie de la star française. Une forme d’inventaire affectif du réalisateur pour celui qui fut tour à tour un chanteur et un comédien engagé aux côtés du parti communiste avant d’en dénoncer les errements, dans l’un de ses rôles les plus célèbres, dans le film de Costa Gavras l’Aveu. "Montand est à nous", un documentaire d’Yves Jeuland à voir cet été sur Public Sénat.

Le