Retraites : la droite se rebiffe et renvoie la gauche à son bilan
Mardi 7 mars dans la soirée, en plein examen de l’article 7 de la réforme des retraites qui reporte l’âge de départ de 62 à 64 ans, les sénateurs de gauche se sont succédé pour enjoindre le gouvernement à retirer son texte, égratignant au passage la droite sénatoriale. Mais les élus LR ne s’en sont pas laissé conter.

Retraites : la droite se rebiffe et renvoie la gauche à son bilan

Mardi 7 mars dans la soirée, en plein examen de l’article 7 de la réforme des retraites qui reporte l’âge de départ de 62 à 64 ans, les sénateurs de gauche se sont succédé pour enjoindre le gouvernement à retirer son texte, égratignant au passage la droite sénatoriale. Mais les élus LR ne s’en sont pas laissé conter.
Simon Barbarit

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Quelques heures après une mobilisation conséquente contre la réforme des retraites, le Sénat examinait l’acmé du projet de loi, l’article 7 qui fixe le report de l’âge légal de 62 à 64 ans. Conformément à la stratégie définie depuis 6 jours, les trois groupes de gauche, socialiste, écologiste et communiste ont pilonné la séance publique en prises de parole. Une cinquantaine a précédé l’examen des 1.327 amendements déposés sur cet article.

« Qu’allez-vous faire du mouvement social ? Sur quoi jouez-vous ? Le pourrissement ? La gilet-jaunisation ? Votre réforme va coûter deux ans de vie aux Français, mais elle risque de coûter des années à la démocratie et au pacte républicain », a mis en garde la sénatrice socialiste, Laurence Rossignol.

« Réveillez-vous M. le ministre et souvenez-vous de celui que vous avez été ! »

Son collègue, Bernard Jomier (PS) a pioché dans l’histoire politique des exemples de Présidents tel que François Mitterrand ou encore Jacques Chirac, « qui ont su prendre la bonne décision ». « C’est-à-dire retirer un projet ». « Il y a une sagesse à écouter le peuple. La démocratie parlementaire ne s’affaiblit pas à écouter le peuple ».

Éric Kerrouche (PS) a quant à lui choisi d’attaquer directement le ministre du Travail, Olivier Dussopt. « Vous êtes comme moi, ce qu’on appelle un transfuge de classe. Vous avez été boursier. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? A quel moment avez-vous oublié d’où vous venez ? Comment pouvez-vous brutaliser ceux que vous avez connus ? Réveillez-vous M. le ministre et souvenez-vous de celui que vous avez été ! », a-t-il martelé.

La droite sénatoriale est, comme à son habitude depuis le début de l’examen de la réforme, restée très discrète afin de parvenir à une adoption du texte d’ici le 12 mars. Ce qui avait conduit lundi le sénateur écologiste, Thomas Dossus de les qualifier de « sénateurs Playmobil ». Thomas Dossus a une nouvelle fois titillé ses collègues. « Fidèles à ses idéaux réactionnaires, ils ont servi de bouée de sauvetage au gouvernement, complices de ce tour de force démocratique. […] la majorité sénatoriale a choisi le silence. Depuis quatre jours, je vois des collègues qui lèvent la main en suivant les consignes de vote du gouvernement. Expliquez aux Français pourquoi, ils vont devoir travailler deux ans de plus ! »

Le président socialiste de la commission des finances, Claude Raynal relève que l’article 7 « est le seul point qui rassemble la droite macroniste avec la droite sénatoriale ». « Moi je comprends mes collègues de droite qui ne prennent pas la parole, la droite en a rêvé », ajoute Rachid Temal (PS).

« Quand vous êtes dans l’opposition, vous choisissez l’indignation »

La droite n’est toutefois pas restée totalement muette dans ce prélude à l’examen de l’article 7. Le sénateur LR, Alain Chatillon a mis en avant ce qu’il considère être un principe de réalité. « Nous sommes dans un monde de compétition […] Nous sommes passés de 10 milliards d’exportations il y a trois ans à moins de 2 milliards dans l’agroalimentaire. Donc réfléchissez-y ».

« Si nous restons silencieux parce qu’on a une obsession. C’est parce qu’on veut aller au bout du texte. C’est la responsabilité », appuie, le sénateur centriste, Olivier Henno. L’élu du Nord a aussi rejeté le retour du clivage droite gauche sur cette réforme. « Parce que les Français ne vous croient plus. Quand vous êtes au pouvoir, vous choisissez la responsabilité, vous adoptez la réforme Touraine. Et quand vous êtes dans l’opposition, vous choisissez l’indignation », a-t-il dénoncé.

« Cette réforme à terme ne sera pas abrogée pas plus que vous n’aviez abrogé la précédente »

Le président du groupe LR, Bruno Retailleau sort lui aussi du silence et rappelle les conditions de l’examen de la réforme des retraites de 2010 pour contrer la gauche. « Je me souviens parfaitement c’était en octobre 2010 […] Une énorme mobilisation. J’étais ici, je soutenais cette réforme et je me souviens des mêmes arguments souvent caricaturaux, le même ton imprécatoire. La réforme est adoptée. Vous arrivez au pouvoir. L’avez-vous abolie ? Non, vous l’avez durcie avec les 43 annuités de la réforme Touraine, c’est ça la vérité. C’est ça le double langage […] Nous assumons le critère d’âge car c’est un levier efficace pour sauver notre système des retraites […] Même si cette réforme est provisoirement impopulaire. Quand on fait de la politique on assume ce qui est bon pour le pays. Cette réforme à terme ne sera pas abrogée pas plus que vous n’aviez abrogé la précédente », assure-t-il sous les applaudissements de son rang.

Olivier Dussopt se range à cette analyse. « Vous faites de grandes déclarations, vous évoquez de grands auteurs. Mais pas une réforme des retraites n’a été remise en cause par une quelconque alternance. Celle-ci aussi, si un jour ou l’autre, vous revenez au pouvoir, vous la maintiendrez ».

 

 

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