Les sénateurs et sénatrices de gauche se sont réunis ce mercredi matin pour dénoncer l’attitude de la droite sénatoriale lors de l’examen du projet de loi de réforme des retraites. Ils critiquent les procédures utilisées à l’encontre de leurs groupes d’oppositions et dénoncent une « dérive démocratique ».
Retraites : « La droite sénatoriale et le gouvernement foulent la démocratie aux pieds », dénonce la gauche du Sénat
Les sénateurs et sénatrices de gauche se sont réunis ce mercredi matin pour dénoncer l’attitude de la droite sénatoriale lors de l’examen du projet de loi de réforme des retraites. Ils critiquent les procédures utilisées à l’encontre de leurs groupes d’oppositions et dénoncent une « dérive démocratique ».
« On est frais comme des gardons, on s’est couché tôt ce matin, aprèsune nuit improbable au Sénat », ironise Patrick Kanner, président du groupe des sénateurs socialistes, lors d’une conférence de presse organisée avec Éliane Assassi, présidente du groupe communiste et Guillaume Gontard, président du groupe écologiste. Les présidents des groupes d’opposition de gauche ainsi que leurs chefs de file respectifs sur le projet de loi de réforme des retraites ont exprimé leur colère après leur départ de l’hémicycle vers 3 heures du matin suite à l’utilisation de trois outils législatifs et politiques par la droite sénatoriale. « L’article 38 (qui réduit le temps du débat en limitant les prises de parole) on s’y attendait », explique Monique Lubin, référente des socialistes sur le projet de loi.
Sa colère, comme celle de ses collègues de gauche, a été provoquée suite au dépôt par le rapporteur Les Républicains du texte, René-Paul Savary d’un amendement de réécriture de l’article 7 sur le report de l’âge légal qui a eu pour conséquence de supprimer 1 100 amendements des groupes de gauche. Pas dupes, les socialistes, écologistes et communistes ont alors déposéprès de 4 000 sous-amendements, tous rejetés par la commission des affaires sociales. « Ce qu’il s’est passé en commission est scandaleux ! Je suis sénatrice depuis 19 ans, vous ne me ferez pas croire que plus de 1 000 amendements ont été examinés en une demi-heure », s’indigne Éliane Assassi, la cheffe des sénateurs communistes qui prévient ses collègues de la droite et du centre : « Vous avez franchi une ligne rouge cette nuit ! »
« Nous avons été agressés » juge le socialiste Patrick Kanner
Les mots ne sont pas moins durs chez les socialistes : « Nous avons été agressés, il ne pouvait pas y avoir d’apaisement », martèle Patrick Kanner qui vise directement le président du Sénat accusé d’avoir refusé le débat : « Ça n’est pas dans son habitude, mais le président Larcher ne maîtrisait plus rien ». « La droite a perdu son sang-froid », abonde la sénatrice communiste Éliane Assassi qui en veut à Bruno Retailleau d’avoir accéléré les débats « sur l’article 7, le cœur du réacteur, l’allongement de l’âge de départ à la retraite, celui refusé par des millions de Français », un jour de manifestations qui a réuni plus de 1,28 million de personnes.
Les sénateurs et sénatrices de gauche démentent toute volonté d’obstruction. « Nous avons commencé ce texte avec un peu plus de 3 000 amendements, c’est classique pour un texte comme celui-là, ce n’est pas ce qu’on peut appeler de l’obstruction parlementaire », appuie Guillaume Gontard, le président des sénateurs écologistes. La gauche sénatoriale juge que la droite a fait un « coup de force politique contre nos concitoyens » et qu’avec le gouvernement, « ils ne supportent plus l’exercice pleinement constitutionnel du droit d’amendement », dénonce Éliane Assassi. L’écologiste Guillaume Gontard estime également que le temps ne presse pas pour adopter la réforme avant dimanche soir, à cause des conditions fixées par l’article 47-1 utilisé par le gouvernement, car « nous sommes à la moitié du temps et sur la moitié du texte ».
« On avait les Playmobil à l’Assemblée nationale, ils sont arrivés au Sénat », estime Eliane Assassi
Les procédures utilisées par les sénateurs de droite sont de nature à entacher la constitutionnalité de cette réforme des retraites d’après l’analyse de leurs collègues de gauche. « La sincérité des débats peut être interrogée », explique le socialiste du Nord Patrick Kanner. Son collègue Guillaume Gontard qualifie l’action de la droite de « dérive démocratique ». Éliane Assassi en vient même à s’interroger : « Sur un texte comme celui-ci, on ne peut pas consacrer 12 jours de débats sereinement ? Ce n’est pas possible dans une démocratie ? La droite sénatoriale et le gouvernement foulent la démocratie aux pieds ».
Socialistes, écologistes et communistes jurent qu’ils feront « front commun » contre la réforme des retraites. « Nous ne lâcherons rien, je veux que les Français sachent que nous défendrons leurs voix. » Sur une possible réutilisation de l’article 38 pour accélérer de futures discussions dans l’hémicycle, les sénateurs et sénatrices de gauche demanderont à leurs collègues de droite leurs intentions. « La conférence des présidents sera là pour remettre les choses à plat », indique Patrick Kanner. En attendant, les gauches sont très remontées : « On avait les Playmobil à l’Assemblée nationale, ils sont arrivés au Sénat », considère Éliane Assassi qui attaque frontalement ses collègues de la majorité : « Il y a une connivence avérée entre le gouvernement et la droite sénatoriale ! […] Quelle est l’utilité des sénateurs LR et centristes ? »
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