Retraites : le sénateur LR René-Paul Savary espère que le gouvernement va « s’appuyer » sur la position du Sénat

Retraites : le sénateur LR René-Paul Savary espère que le gouvernement va « s’appuyer » sur la position du Sénat

Au moment où le gouvernement engage les discussions avec les syndicats sur le financement du système de retraite, la première ministre Elisabeth Borne se dit prête à « discuter » avec les partenaires sociaux de la manière de repousser l’âge de départ, pensant « pouvoir trouver un chemin » au Parlement avec « les Républicains ». « Pour faire adopter sa loi, Elisabeth Borne va flatter les LR, y compris au Sénat », selon la sénatrice PS, Monique Lubin.
François Vignal

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Les choses se précisent petit à petit sur la réforme des retraites. S’il faudra attendre le 15 décembre pour la présentation de la réforme, avant un passage en Conseil des ministres début janvier, la première ministre Elisabeth Borne s’exprime dans Le Parisien/Aujourd’hui en France, ce vendredi. Elle a rassemblé aussi tout le gouvernement cet après-midi, pour présenter les avancées des discussions.

« Evidemment, on sera à l’écoute des propositions des uns et des autres »

Point tranché : « La réforme s’appliquera à partir de l’été 2023, donc à partir de la génération née au deuxième semestre 1961 », avec une mise en place « progressive ». Emmanuel Macron avait parlé d’une hausse de quatre mois par an, pour appliquer le report de l’âge légal de départ à la retraite. « Pour nous, l’engagement porté dans la campagne, c’est 65 ans », rappelle dans son entretien Elisabeth Borne, « mais le dernier cycle des discussions, qui porte précisément sur cette question, mené par Olivier Dussopt avec les partenaires sociaux, commence seulement », souligne la première ministre, qui admet que « s’il y a un autre chemin proposé par les organisations syndicales et patronales qui permette d’atteindre le même résultat, on l’étudiera. On peut discuter ». Une ouverture donc.

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Interrogée pour savoir si un report à 64 ans en contrepartie d’un allongement de la durée de cotisation pourrait être un compromis envisageable, elle ne semble pas fermer la porte. « C’est l’amendement voté par le Sénat, qui travaille depuis des années sur la question des retraites. Ils ont aussi enrichi leur texte sur les carrières longues, la pénibilité, l’emploi des seniors et l’organisation d’une convention nationale avec les partenaires. Évidemment, on sera à l’écoute des propositions des uns et des autres », soutient la locataire de Matignon, qui « pense » qu’avec « les Républicains, par exemple, on doit pouvoir trouver un chemin ».

Retraite minimum à 1200 euros et prise en compte des carrières longues et de la pénibilité

La première ministre met aussi en avant le niveau de la retraite minimum, qui « correspondra à 1200 euros au moment du départ à la retraite pour une personne qui a tous ses trimestres », ou encore le dispositif « carrières longues » qui « sera maintenu et même assoupli pour ceux qui ont vraiment commencé à travailler très tôt », sans donner plus de détails. Elle évoque aussi la prise en compte « des périodes de congé parental dans le calcul de la durée de cotisation », ou la « pénibilité ».

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L’entretien de la première ministre intervient au moment où le dernier cycle de concertation sur la réforme, le plus difficile car portant que le « financement du système », a démarré jeudi soir au ministère du Travail. On sait que les syndicats sont opposés au report de l’âge. Pour le moment, seule l’U2P a été reçue cette semaine. « Plusieurs scénarios d’âge et de durée de cotisation » ont été présentés au syndicat, indique à l’AFP Jean-Christophe Repon, vice-président de la fédération des artisans, commerçants et travailleurs indépendants, avec notamment des « simulations sur des variables possibles », basées d’une part sur un report à 64 ou 65 ans de l’âge légal, et d’autre part sur une durée de cotisation relevée à 43 ans (172 trimestres) d’ici 2035 – comme prévu à ce stade – ou plus tôt…

« Nous sommes prêts à regarder d’autres scenarios, y compris un âge de départ à 64 ans et une accélération de la mise en œuvre des dernières réformes », affirme Olivier Dussopt

« Je confirme l’existence de nombreux scénarios, c’est le rôle du ministère du Travail d’examiner et de regarder tous les scénarios qui existent », a expliqué en fin de journée Olivier Dussopt, interrogé après la réunion à Matignon, ne voulant pas « préjuger le résultat de la concertation ». Le ministre du Travail a rappelé qu’Emmanuel Macron avait fixé comme objectif, pendant la campagne, le report progressif de l’âge à 65 ans, soulignant cependant que « le Président a dit, et la première ministre a dit, que nous n’avions pas de tabou, que nous étions prêts à regarder d’autres scénarios, y compris un scenario avec un âge à 64 ans et une accélération de la mise en œuvre des dernières réformes. Ça fait partie des choses où nous concertons les partenaires sociaux. La réforme n’est pas ficelée », assure Olivier Dussopt. Soit l’option défendue par la Haute assemblée… Regardez :

« Avant de penser à un compromis, il faudra qu’on voit le texte »

Le gouvernement semble donc ne pas exclure un rapprochement avec la ligne défendue par le Sénat, lors du budget de la Sécu. Mais du côté de la majorité sénatoriale, on reste prudent. « Avant de penser à un compromis, il faudra qu’on voit le texte. On ne peut pas aller plus vite que la musique », tempère le sénateur LR René-Paul Savary, en charge du dossier pour son groupe. Il préfère pour l’heure noter « les différences par rapport à ce qu’on propose. Elle est sur un départ à 65 ans, nous à 64 ans. Et elle ne parle pas d’accélération du calendrier de l’augmentation de la durée de cotisation, tandis que nous, nous accélérons la réforme Touraine pour arriver plus rapidement à 43 ans de durée de cotisations ».

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Reste que la première ministre ne semble pas fermer la porte. « Oui, elle a l’air. Mais elle ne peut pas dire on concerte et on ferme la porte. Mais c’est bien, ça montre que nos travaux sont pertinents ». René-Paul Savary demande-t-il au gouvernement de reprendre à son compte la position du Sénat ? « On va voir les discussions qu’on va avoir, mais il est bien certain que ça va rentrer dans la balance, bien sûr, car nous pensons que c’est la meilleure formule », soutient le sénateur LR de la Marne.

« Le Sénat ne doit pas fuir ses responsabilités »

Le gouvernement a tout intérêt à s’appuyer sur la majorité sénatoriale de droite et du centre pour espérer trouver avec les LR une majorité à l’Assemblée, où la majorité n’est que relative. « Oui, il faut pouvoir s’appuyer sur le Sénat, toujours. Sur les textes législatifs importants, le Sénat ne doit pas fuir ses responsabilités. La réforme touchera toutes les générations. C’est une vraie réforme sociétale. C’est pour ça, il faut être attentif aux différentes propositions », avance René-Paul Savary, qui constate un changement d’attitude du gouvernement, depuis la réélection d’Emmanuel Macron, et surtout le résultat des législatives :

Globalement, on voit que le gouvernement commence à nous écouter, ce qui n’est pas plus mal. Mais je dirais "peut mieux faire encore".

Pour la sénatrice PS, Monique Lubin, ça ne fait pas de doute : « Elisabeth Borne sera à l’écoute des LR, c’est évident. Car les LR font voter chaque année un amendement pour reporter l’âge. Elle sait que pour faire adopter sa loi, elle aura besoin des LR à l’Assemblée, donc elle va les flatter, y compris au Sénat », prédit la sénatrice des Landes, qui ajoute : « Ils sont capables de mettre quelques ajustements pour s’allier les voix LR à l’Assemblée ».

« Rentrer dans les critères définis par l’Europe » sur le déficit, « la véritable raison » de la réforme selon Monique Lubin

Sur le fond, après l’interview de la première ministre, « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », pointe la socialiste, qui prévient : « Que ce soit 64 ou 65 ans, on s’opposera frontalement à un recul de l’âge légal de la retraite ». La sénatrice, qui suit les retraites pour le groupe PS, récuse l’argument principal mis en avant par le gouvernement, celui du déficit du régime. « En 2019, lors du projet de réforme précédent, on nous annonçait des déficits records pour la justifier. Mais malgré le covid, ils n’ont pas eu lieu. En fait, on sait bien que ce qui a remis sur le devant de la scène la réforme, ce sont les propos du ministre de l’Economie selon lesquels qu’il faut absolument rentrer dans les critères définis par l’Europe, une feuille de route que le gouvernement a accepté de respecter. Pour ça, il faut réduire les déficits publics. Ils ont trouvé très efficace et rapide de faire la réforme des retraites. C’est ça, la véritable raison », soutient Monique Lubin. Sans nier le déficit des retraites, le tableau n’est pas si noir selon la sénatrice. « Je siège au COR (Conseil d’orientation des retraites). Effectivement, il y a une tendance au déficit qui oscille, selon les scénarios, entre 8 et 12 milliards d’euros, sur 350 milliards de retraites qui sont versées tous les ans. Il faut arrêter de nous dire qu’il y a péril en la demeure », lance la sénatrice PS, qui ajoute : « Quand on dit que dans 10 ans, on sera à 100 milliards d’euros de déficit, ils veulent terroriser les gens, c’est une espèce de persuasion par la terreur ».

Monique Lubin avance d’autres solutions pour résorber ce « léger déficit ». « Pourquoi ne pas augmenter des cotisations, ce qui pourrait être assez indolore, au moins pour les plus gros salaires ? Et pourquoi pas une amélioration de l’assiette de cotisation ? Aujourd’hui, on s’interdit de parler de tout ça », regrette l’élue des Landes.

« On ne peut pas financer le régime éternellement par la dette »

Reste qu’il y aura des mesures pour les carrières longues ou la pénibilité. Mais là non plus, elle n’y croit pas. « Comment voulez-vous que je fasse confiance à un gouvernement qui nous parle de pénibilité, alors que la première chose faite lors du précédent quinquennat, c’était d’enlever les critères de pénibilité placés dans la loi Touraine ? » rétorque Monique Lubin, « bien sûr qu’on va nous vendre tout ça, mais j’attends des mesures concrètes ».

Mais de son côté, René-Paul Savary souligne, comme le gouvernement, que la question du déficit est centrale. « Toutes les mesures de solidarité qui sont associées à un système par répartition », comme « la prise en compte du handicap, de la pénibilité, des mesures de réversion », « constituent des dépenses supplémentaires. Donc il faut arriver à un texte où il n’y a pas plus de dépenses nouvelles que de recettes nouvelles, sinon ça va à l’encontre de l’équilibre du système de retraites ». Pour le sénateur LR, « on ne peut pas financer le régime éternellement par la dette ».

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