Retraites: le ton monte en attendant les vœux de Macron
Au 25e jour d'un conflit sur les retraites enlisé, le ton s'est durci entre la CGT et l'exécutif, et les regards se tournent désormais vers le...

Retraites: le ton monte en attendant les vœux de Macron

Au 25e jour d'un conflit sur les retraites enlisé, le ton s'est durci entre la CGT et l'exécutif, et les regards se tournent désormais vers le...
Public Sénat

Par Laurence BENHAMOU, Estelle PEARD

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5 min

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Au 25e jour d'un conflit sur les retraites enlisé, le ton s'est durci entre la CGT et l'exécutif, et les regards se tournent désormais vers le discours de vœux d'Emmanuel Macron mardi 31, les grévistes comme l'opposition attendant une initiative du chef de l'Etat.

Les perturbations dans les transports continuent, en particulier en Île-de-France, où une embellie est toutefois annoncée. Dimanche, 4 TER sur dix, 6 TGV sur 10 et 1 Transilien (train de banlieue parisienne) sur 5 circulaient. A Paris, treize lignes de métro sur seize étaient fermées.

Lundi, à la veille du réveillon de la Saint-Sylvestre, il faudra compter sur seulement 1 TGV sur 2, 1 Transilien sur 4 et 3 circulations de TER (souvent assurées par des cars) sur 10, prévient la SNCF.

Le trafic RATP connaîtra comme prévu une "amélioration significative", avec 14 lignes de métro fonctionnant normalement (lignes 1 et 14) ou partiellement, et deux lignes (7bis, 13) fermées toute la journée. Le trafic du RER A et du RER B sera assuré de 06H30 à 19H30.

Mardi, "le trafic sera équivalent à celui de lundi", précise la régie. La nuit de la Saint-Sylvestre (mardi-mercredi), seules les lignes automatiques 1 et 14 circuleront jusqu'à 02H15 du matin. Mais les tramways 2, 3a et 3b seront en circulation toute la nuit et les lignes de bus Noctilien seront renforcées.

Alors qu'aucune négociation n'est prévue d'ici le 7 janvier, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a accusé dans le Journal du Dimanche le gouvernement d'organiser "le bordel" et de jouer "le pourrissement" d'un mouvement social déjà plus long que celui de 1995.

"Ils se sont dit  +on va leur coller les ultimatums pendant les fêtes de Noël+. Emmanuel Macron se veut l'homme du nouveau monde, mais il imite Margaret Thatcher", cingle-t-il: "Il a dit qu'il avait changé, qu'il était prêt à l'écoute... Où est l'acte II du quinquennat ?".

Egalement dans le JDD, le secrétaire d'Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari a reproché à la CGT de pratiquer un syndicalisme "de blocage" voire "d'intimidation" et dénoncé "une pression qui s'exerce de façon anormale sur une partie des cheminots" pour qu'ils participent au mouvement.

Emmanuel Macron à l'aéroport international de Niamey au Niger le 22 décembre 2019
Emmanuel Macron à l'aéroport international de Niamey au Niger le 22 décembre 2019
POOL/AFP/Archives

Dans ce contexte, la parole du président de la République, resté quasiment muet sur le conflit depuis des semaines, laissant son Premier ministre Edouard Philippe en première ligne pour défendre le projet de système "universel" de retraite à points, est très attendue.

Emmanuel Macron s'est contenté depuis la Côte d'Ivoire d'un appel, en vain, à la trêve pour Noël et a fait savoir qu'il renonçait à sa pension de président, avant de se retirer au fort de Brégançon.

Il se ménage ainsi une possible fenêtre de tir le 31 pour débloquer la situation, sauf s'il opte pour le bras de fer, au risque de radicaliser les opposants.

"Il y a une détermination, une colère qui est profonde et qui sera là au mois de janvier", a prévenu Fabien Villedieu, délégué SUD-Rail, sur BFMTV.

- Messages contradictoires -

Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, devant la gare de l'Est, le 29 décembre 2019
Manifestation contre la réforme des retraites à Paris, devant la gare de l'Est, le 29 décembre 2019
AFP

Face au silence d'Emmanuel Macron, ses troupes ont envoyé des messages contradictoires.

Le chef de l'Etat est attendu sur un possible aménagement de l'âge pivot, que l'exécutif prévoit d'instaurer dès 2022 et d'assortir d'un bonus-malus: une "ligne rouge" pour la CFDT, qui en demande le retrait.

Le président peut aussi vouloir tenter de mieux expliquer un système à points qui déroute les Français.

Mettre en avant à nouveau la suppression des régimes spéciaux risque de ne pas suffire, alors qu'une majorité de Français juge positivement le mouvement social et que le gouvernement a accordé des dérogations à certaines professions (policiers, pilotes, danseurs de l'Opéra de Paris, etc.).

La gauche lui demande de retirer sa réforme. La droite, par la voix du président du groupe des députés LR à l'Assemblée Damien Abad, réclame "des clarifications" et insiste sur la prise en compte de la pénibilité, possible levier des négociations.

"Le 31 décembre, le président va s'engager à poursuivre son combat, rester au-dessus de la mêlée et laisser faire son gouvernement. C'est une stratégie de pourrissement" d'ici la reprise des pourparlers, pronostique Damien Albessard, conseiller en communication.

Manifestation à Paris contre la réforme des retraites le 28 décembre 2019
Manifestation à Paris contre la réforme des retraites le 28 décembre 2019
AFP

"Tout flotte chez les Marcheurs. La seule manière de sortir de la crise, c'est que le chef prenne la parole le 31", estime l'analyste Philippe Moreau-Chevrolet. "Et qu'il annonce quelque chose, comme le grand débat ou une suspension de la réforme. Il pourrait aussi la vider de son contenu, ou encore retirer ou moduler l'âge pivot, afin de pouvoir faire passer l'essentiel de sa vision".

C'est la seconde fois que le chef de l'Etat prononce ses vœux en pleine crise sociale. L'an dernier, il faisait face à la colère des "gilets jaunes". Mais après avoir lâché 10 milliards d'euros d'aides et renoncé à la taxe contestée sur les carburants.

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