Retraites: les députés se disputent l’héritage des « pères fondateurs » de la Sécu
Du ministre communiste Ambroise Croizat au haut-fonctionnaire gaulliste Pierre Laroque, les députés de tous bords se disputent l'héritage des ...

Retraites: les députés se disputent l’héritage des « pères fondateurs » de la Sécu

Du ministre communiste Ambroise Croizat au haut-fonctionnaire gaulliste Pierre Laroque, les députés de tous bords se disputent l'héritage des ...
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Par Adrien DE CALAN

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Du ministre communiste Ambroise Croizat au haut-fonctionnaire gaulliste Pierre Laroque, les députés de tous bords se disputent l'héritage des "pères fondateurs" de la Sécurité Sociale en 1945 et la référence au Conseil national de la Résistance, lors du débat sur les retraites à l'Assemblée nationale.

"Mots volés", "honneur sali": les communistes supportent mal que les "marcheurs" convoquent Ambroise Croizat pour défendre leur système "universel" de retraite par points, rejeté en bloc par la gauche.

Croizat (1901-1951) fut ouvrier cégétiste dans la métallurgie puis député communiste du Front Populaire de 36, avant d'être envoyé pendant deux ans au bagne d'Alger au début de la Seconde guerre mondiale.

Alexandre Parodi, résistant et père fondateur de la Sécu. Photo prise dans les années 50
AFP

Dans une France exsangue, tout juste libérée, il contribua à la mise en place de la Sécurité sociale, avec le haut-fonctionnaire Pierre Laroque et le résistant Alexandre Parodi, un "ami" à qui il succéda au poste de ministre du Travail, de novembre 1945 à 1947.

"Croizat et Parodi, c'était l'alliance du +prolo+ et du bourgeois", décrit le sociologue du travail Claude Didry (CNRS).

La période est marquée par les fameuses ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, pierres angulaires du nouveau système de protection sociale, inspiré par le programme du Conseil national de la Résistance et ses promesses de "jours heureux".

Croizat les prolonge par une série de lois en 1946 et un grand discours le 8 août devant l'Assemblée constituante. Il défend une réforme "qui n'appartient à aucun parti", martèle que la Sécurité sociale doit "libérer les travailleurs des incertitudes du lendemain", avec "un revenu de remplacement du salaire" en cas de maladies, accidents du travail, retraites ou via les allocations familiales, retrace Claude Didry.

A sa mort en 1951, ce fils d'ouvriers eut droit "à un enterrement à la Victor Hugo", raconte le sociologue Bernard Friot dans le documentaire "La Sociale" (2016).

Le film lui attribue la formule: "la retraite ne doit plus être l'antichambre de la mort, mais une nouvelle étape de la vie".

- "Gardiens de l'esprit" -

A l'Assemblée, son nom, celui de Laroque ou le rôle du Conseil national de la résistance reviennent en boucle, en plein débat sur les retraites.

La majorité cite parfois les ordonnances de 1945 pour répondre aux critiques sur les 29 ordonnances programmées dans la réforme macroniste, quand les oppositions y voient un "mépris du Parlement".

Ambroise Croizat, l’un des père fondateurs de la Sécurité sociale en France fut également secrétaire général de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT. Photo prise dans son bureau en novembre 1945
Ambroise Croizat, l’un des père fondateurs de la Sécurité sociale en France fut également secrétaire général de la fédération des travailleurs de la métallurgie CGT. Photo prise dans son bureau en novembre 1945
AFP

"La voix d'Ambroise Croizat résonne encore": le tout nouveau ministre de la Santé Olivier Véran s'est d'emblée référé aux "pères fondateurs de la Sécurité sociale", lundi en ouverture dans l'hémicycle.

A son tour, le délégué général de LREM Stanislas Guerini a évoqué Croizat et l'ancien secrétaire général du PCF Maurice Thorez, reprochant aux communistes de "ne pas être à la hauteur de leur histoire" en rejetant un texte qui prévoit "une retraite minimale" de 1.000 euros pour les carrières complètes dès 2022.

"L'honneur des parlementaires communistes, les valeurs qui sont les nôtres (...) ont été salis par ce vendeur de panneaux solaires", a rétorqué le lendemain le communiste Sébastien Jumel devant la presse, dans une allusion aux précédentes activités de M. Guerini à la tête d'une PME dans les énergies renouvelables.

Puis le secrétaire national du PCF Fabien Roussel est encore monté d'un ton dans l'hémicycle: "Vous êtes +en même temps+, vous auriez été beau dans la Résistance, vous auriez été +en même temps quoi ?+", a-t-il lancé à Stanislas Guerini, suscitant l'indignation de la majorité.

Le 11 février, le groupe communiste avait rendu hommage à Croizat, "figure plus que jamais d'actualité", en recevant son petit-fils Pierre Caillaud-Croizat, pour contester un gouvernement qui "démolit tout ce qu'on a obtenu depuis 1945".

Côté majorité, le député MoDem Brahim Hammouche, "féru d'histoire", trouve "naturel et important" de parler de Croizat et des ordonnances de 1945, "un élément d'identité fort de la République".

Il y a actuellement des "trous dans la raquette", des "fins de vie difficiles" et "nous proposons justement d'être plus solidaires", assume l'élu centriste. "Nous ne sommes pas les geôliers du passé, mais les gardiens de l'esprit du passé".

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