Retraites: LFI et majorité se renvoient la balle sur un éventuel 49-3
Le jeu du mistigri a commencé sur un possible recours au 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites: la majorité accuse la gauche de la...

Retraites: LFI et majorité se renvoient la balle sur un éventuel 49-3

Le jeu du mistigri a commencé sur un possible recours au 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites: la majorité accuse la gauche de la...
Public Sénat

Par Charlotte HILL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le jeu du mistigri a commencé sur un possible recours au 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites: la majorité accuse la gauche de la gauche de l'y "emmener" par l'obstruction, LFI affirme que les "marcheurs" le "préparent" en surjouant le "chaos".

Personne ne veut porter le chapeau de l'usage de cet article de la Constitution qui permet de faire passer un texte sans vote à l'Assemblée. Mais au vu du blocage sur le projet visant à créer un système "universel" par points, alors que les députés en étaient toujours à l'article 1er au septième jour dimanche, le gouvernement pourrait dégainer rapidement cette "arme atomique".

En attendant, le Premier ministre Edouard Philippe est passé à l'Assemblée dimanche à l'heure du dîner pour un moment "informel" et "convivial" avec les députés de la majorité, sans discours, ni annonce, selon plusieurs participants.

"C'était pour nous soutenir alors qu'on est là le week-end" et "prendre la température", a rapporté le député de Gironde Pascal Lavergne (LREM), qui n'a pas évoqué le 49-3 avec Edouard Philippe, venu en jeans et baskets.

"On voit bien que tout le monde s'emballe sur le 49-3 mais le Premier ministre tient sa ligne et dit qu'on n'a pas à subir la pression. Et que ceux qui mettent la pagaille devront subir la pression de s'expliquer devant l'opinion", dit-on dans l'entourage du Premier ministre.

"Cette majorité et ce gouvernement n'ont jamais souhaité utiliser le 49-3 et même encore aujourd'hui, nous ne souhaitons pas l'utiliser", a insisté dimanche sur BFMTV le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer. "Mais on a des gens qui essaient de saboter un débat et qui après vont se plaindre des conséquences du sabotage qu'ils ont fait", a-t-il ajouté, accusant La France Insoumise et le Parti Communiste d'être des "ennemis de la démocratie parlementaire".

S'il fallait "défendre cette option" du 49-3 sur le terrain, "j'expliquerais la mécanique" des oppositions, pour qu'"on ne nous considère pas comme responsables", fait valoir la députée Marie Lebec, vice-présidente du groupe LREM.

Une poignée d'élus LREM de l'aile gauche ont fait savoir qu'ils ne "veulent pas" que le 49-3 soit considéré comme la "seule issue". Et d'autres grincent des dents.

"Je ne suis pas fan du tout du 49-3. Il faut tout faire pour trouver une autre solution", a souligné dimanche l'ex-LREM Cédric Villani, dénonçant toutefois le "triste spectacle" de "l'obstruction systématique" qui "ridiculise le Parlement".

Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à l'Assemblée nationale à Paris le 19 février 2020
Le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à l'Assemblée nationale à Paris le 19 février 2020
AFP/Archives

Le patron du groupe MoDem, Patrick Mignola, a accusé les oppositions de vouloir "emmener" la majorité vers un "49-3 à l'envers", c'est-à-dire contraint par l'obstruction, et non parce que la majorité ferait défaut.

Selon un ténor, LFI et PCF, avec leurs quelque 35.000 amendements, ont pour "stratégie" de "pousser le gouvernement au 49-3" pour ensuite dire "+gouvernement fascistoïde+".

- "Tu pousses le bouchon, Maurice" -

De son côté, le chef de file des insoumis Jean-Luc Mélenchon estime que l'"ambiance assez spéciale" qui règne à l'Assemblée depuis le début des travaux lundi est justement due à "la menace du 49-3". Il a réclamé que le gouvernement s'engage à ne pas y recourir.

La présidente du RN Marine Le Pen fait une déclaration aux médias avant une session à l'Assemblée nationale sur les retraites, le 19 février 2020 à Paris
La présidente du RN Marine Le Pen fait une déclaration aux médias avant une session à l'Assemblée nationale sur les retraites, le 19 février 2020 à Paris
AFP/Archives

"Ils essayent de nous coller sur le dos le 49-3, c'est quand même le comble, c'est quand même pas nous qui décidons de ces choses-là", a-t-il lancé devant la presse. L'imputer aux insoumis, c'est "le pompon!"

Selon son collègue Adrien Quatennens, la majorité essaye "de créer un climat favorable à l'usage de ce LBD parlementaire".

Quant au communiste Sébastien Jumel, il est convaincu que le gouvernement a "décidé d'y aller au forceps", en déclenchant "l'arme atomique" selon les mots du secrétaire national du PCF Fabien Roussel dimanche sur France 3.

Marine Le Pen (RN) reproche aussi, au gouvernement de vouloir passer en force au prix d'une "succession de mensonges très lourds".

Côté LR, Guillaume Larrivé voit dans Jean-Luc Mélenchon "l'allié objectif" d'Emmanuel Macron. D'après Aurélien Pradié, "ils attendent patiemment que la machine puisse être bloquée pour activer le 49-3, ce qui serait dramatique".

"Quand même, venir nous reprocher la volonté de l'obstruction, la volonté de refuser les débats... J'ai souvenir d'une publicité qui disait +Tu pousses le bouchon un peu loin Maurice+ et je pense qu'on en est là", a lancé samedi le ministre Marc Fesneau.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le