Retraites : LR rappelle son soutien à la réforme, Aurélien Pradié mis en minorité en interne
Le bureau politique des LR s’est prononcé à la quasi-unanimité, moins huit abstentions, pour le soutien à la réforme des retraites. Une mise au point qui intervient après les critiques d’Aurélien Pradié. « Quand on est numéro 2 du parti, il y a un devoir de solidarité », réagit Bruno Retailleau, qui se « félicite » du vote. « Les positions d’Aurélien Pradié sont ultra-minoritaires », souligne le sénateur Marc-Philippe Daubresse.

Retraites : LR rappelle son soutien à la réforme, Aurélien Pradié mis en minorité en interne

Le bureau politique des LR s’est prononcé à la quasi-unanimité, moins huit abstentions, pour le soutien à la réforme des retraites. Une mise au point qui intervient après les critiques d’Aurélien Pradié. « Quand on est numéro 2 du parti, il y a un devoir de solidarité », réagit Bruno Retailleau, qui se « félicite » du vote. « Les positions d’Aurélien Pradié sont ultra-minoritaires », souligne le sénateur Marc-Philippe Daubresse.
François Vignal

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Définir une ligne, même s’il y a de la friture. Face aux divisions qui ont traversé les LR sur la réforme des retraites, le parti présidé par Eric Ciotti a cherché à rappeler, ce mardi matin, lors d’un bureau politique, la ligne arrêtée. Alors que les LR ont trouvé un terrain d’entente avec Elisabeth Borne, qui a besoin de leurs voix, le numéro 2 du parti, Aurélie Pradié, et ses soutiens, ne cessent de dire tout le mal qu’ils pensent de la réforme.

Redonner un cadre clair

Le ton est monté ces derniers jours, au point que Bruno Retailleau, président du groupe LR, a affirmé dimanche que le député du Lot ne pourrait pas rester vice-président du parti « s’il ne vote pas le report de l’âge légal » à 64 ans, mesure défendue par le Sénat depuis plusieurs années. La semaine dernière, c’est Gérard Larcher, président LR de la Haute assemblée, qui lançait un ultimatum au troisième homme du scrutin interne pour la présidence de LR, l’appelant à voter le texte « s’il se sent vraiment de notre famille politique ».

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Ce bureau politique, s’il ne va pas mettre fin aux désaccords, a au moins permis de redonner un cadre : celui du soutien à la réforme. Une large majorité a voté en ce sens. Sur les 70 présents, tous ont approuvé le texte, moins 8 abstentions, dont Aurélien Pradié, Raphaël Schellenberger, un de ses soutiens, le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ou encore Fabien di Filippo. « Dans un premier temps, Aurélien Pradié a dit qu’il ne prendrait pas part au vote. Et quand Eric Ciotti lui a demandé de préciser, il a dit "je m’abstiens" », explique le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse, membre du bureau.

« J’ai remercié Eric Ciotti d’avoir choisi la Saint-Valentin pour ce bureau politique »

Le député frondeur des LR était pour l’occasion assis à côté de Bruno Retailleau… L’occasion sûrement pour les deux hommes de se dire quelques mots doux directement. Le président du groupe LR en sourit. « On était cote à cote et dans ma prise de parole, j’ai remercié Eric Ciotti d’avoir choisi la Saint-Valentin pour ce bureau politique », lance le président du groupe LR du Sénat. Bruno Retailleau a surtout apprécié l’issue de ce bureau politique, dont les échanges ont été moins tendus que lors du bureau politique, la semaine dernière.

« Chacun a développé ses points. Je comprends parfaitement qu’il y ait parfois des voix dissonantes dans un groupe politique, je suis patron de groupe politique, je sais très bien que sur certains textes, on peut s’exprimer, il y a une liberté de vote. Simplement, j’ai souhaité souligner que quand on fait partie d’une équipe dirigeante, quand on est numéro 2 ou 3, il y a un devoir aussi de solidarité et cette motion, qui confirme bien la ligne du bureau politique, qui exprime aussi la vision du parti, est importante et a été clairement réaffirmée. Je m’en félicite », réagit au micro de Public Sénat le président de groupe. Regardez :

« Pas de recadrage musclé »

Aurélien Pradié n’en a pas moins répété sa position durant la réunion. Eric Ciotti a rappelé lui l’importance de l’unité. « C’était un échange de vue plutôt serein », selon une participante, qui parle « d’expressions diverses et calmes, sur à la fois la nécessité de cohérence au sein d’un parti de gouvernement et la possibilité de divergences de vote ».

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L’idée n’était pas de se déchirer. Pas ici du moins. « Il n’y a eu aucun échange agressif, de quiconque », assure Marc-Philippe Daubresse. Reste une forme de recadrage, de par le résultat très net du vote. « Oui, mais pas un recadrage musclé », corrige l’ancien ministre, qui affirme qu’« il n’y a pas eu d’oukase contre Aurélie Pradié. Eric Ciotti a fait une réunion consensuelle apaisée ». Le sénateur du Nord y voit la « validation de la ligne Retailleau, avec l’appui fort de Gérard Larcher ». Marc-Philippe Daubresse ajoute :

C’est une réunion qui a donné une lisibilité à la position des LR, car il y a une ligne clairement arrêtée et largement ratifiée par le bureau politique.

Le texte de soutien rappelle les « réformes Balladur, Chirac, Fillon ou Sarkozy »

Le texte voté à la quasi-unanimité replace dans une perspective historique l’attachement de la droite « au système par répartition », rappelant les « réformes Balladur, Chirac, Fillon ou Sarkozy », « l’introduction du dispositif des carrières longues » en 2003, les gains obtenus auprès du gouvernement sur le projet de loi et les améliorations encore attendues sur « les carrières longues » et les « carrières hachées des mères de famille ». « C’est donc en parfaite cohérence avec notre histoire, forts de nos convictions et de notre indépendance, et parce que nous portons la responsabilité d’incarner l’alternance, que nous souhaitons soutenir, dans ces conditions, une réforme du système de retraite portant à terme l’âge légal de départ à 64 ans et le nombre d’annuités requises à 43 ans, adaptée à la réalité du pays », conclut le texte. « Le texte est assez consensuel, car il rappelle l’âge de départ mais aussi les 43 années de cotisation », remarque un membre du bureau.

A l’issue de la réunion, Marc-Philippe Daubresse veut retenir que la ligne a été adoptée « à plus de 80 % des membres du bureau ». Autrement dit, il n’y a plus de débat. « Les positions d’Aurélien Pradié sont ultra-minoritaires dans les instances dirigeantes de LR ».

« Quand on est dans une famille politique, soit on s’en écarte, on s’en affranchit et on retrouve la totalité de sa liberté d’expression. Soit on est dedans »

« Libre à Aurélien Pradié d’avoir sa position, mais quand on est dans une équipe, on joue l’esprit d’équipe. On ne peut pas avoir soutenu une candidate qui proposait 65 ans, et dire aujourd’hui qu’il faudrait revoir la totalité de la réforme, qui en fait colle bien avec ce que les sénateurs proposent depuis 4 ans dans le PLFSS », note de son côté le sénateur Laurent Duplomb, à l’entrée de la réunion de groupe hebdomadaire.

Mais les tensions des derniers jours ont laissé des traces. « Il faut arrêter les petites phrases et les propositions individuelles », exhorte le sénateur de la Haute-Loire, soutien de Laurent Wauquiez. Laurent Duplomb met en garde Aurélien Pradié, si ce dernier continue sa petite musique. « Quand on fait de la politique, qu’on est dans une famille politique, soit on s’en écarte, on s’en affranchit et on retrouve la totalité de sa liberté d’expression. Soit on est dedans et la moindre des choses, c’est de respecter aussi l’avis de chacun et la totalité de ce qui a été décidé », soutient le sénateur (voir la vidéo ci-dessus). En cas désaccord, Aurélien Pradié devrait quitter les LR ? « Il a la liberté de faire ce qu’il veut, on n’a jamais attaché personne, mais à un moment donné, ce sont des questions qui pourront se poser, oui », lâche Laurent Duplomb…

Sans aller jusque-là, Marc-Philippe Daubresse soutient, comme l’a fait Bruno Retailleau, que « vous ne pouvez pas être dans les quelques personnes qui dirigent le parti et prendre une position contraire à ce que vient de dire le parti. Je ne vois pas comment Aurélien Pradié, qui est numéro 2 du parti, peut prendre une position contraire à la motion ratifiée par 80 % du bureau politique ».

« Au bout du bout, il faudra bien prendre position sur un vote »

D’autant que le texte va arriver fin février en commission au Sénat, et le 2 mars en séance, et qu’il devrait « aller au bout. Et c’est sur cette base que la commission mixte paritaire va prendre position. Et au bout du bout, il faudra bien prendre position sur un vote sur ce texte. Soit ils votent contre, et c’est illisible. Soit ils finiront par voter le texte, qui sera amendé par le Sénat », imagine l'ancien ministre du Logement.

Jérôme Bascher, sénateur de l’Oise, prend un peu de hauteur et minimise les derniers épisodes. « Au RPR, lors du débat sur le Traité de Maastricht, il y avait des pro et des anti. Il peut y avoir des points de désaccord », tempère l’élu de Picardie. Il faudra bien aussi que la mousse redescende. « Aurélien Pradié ne perd pas la face », par le vote de ce matin, selon le sénateur LR, qui souligne qu’« il ne faut humilier personne ». Les LR ne peuvent plus non plus se payer de luxe de nouvelles divisions durables.

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