Retraites : « Olivier Dussopt se fout du monde en disant qu’un système avec 180 milliards de réserves est en faillite »
Invité mercredi 1er février de la matinale de Public Sénat, François Hommeril, le président de la CFE-CGC, l’une des organisations qui forment l’intersyndicale mobilisée contre la réforme des retraites, estime que le gouvernement est en train de perdre la main, et multiplie les maladresses de communication.

Retraites : « Olivier Dussopt se fout du monde en disant qu’un système avec 180 milliards de réserves est en faillite »

Invité mercredi 1er février de la matinale de Public Sénat, François Hommeril, le président de la CFE-CGC, l’une des organisations qui forment l’intersyndicale mobilisée contre la réforme des retraites, estime que le gouvernement est en train de perdre la main, et multiplie les maladresses de communication.
Romain David

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Nouveau tour de force pour la mobilisation contre la réforme des retraites. Mardi, les syndicats ont réuni dans les rues plus de manifestants que le 19 janvier (1,2 million selon le ministère de l’Intérieur, 2,5 millions selon la CGT). En revanche, le nombre de grévistes dans le secteur public accuse une légère baisse : environ 10 % de moins à la SNCF, chez les agents de la fonction publique d’Etat et chez les enseignants, et une baisse de 4 % du côté d’EDF. « Faire la grève n’est pas facile, c’est perdre de l’argent. Ce qui compte, ce sont les gens qui se mobilisent dans la rue », a balayé ce mercredi 1er février François Hommeril, le président de la CFE-CGC, le syndicat de l’encadrement, au micro de « Bonjour chez vous » sur Public Sénat.

Pour ce responsable syndical, « la mobilisation donne une image assez bonne de ce qu’est le rejet de la réforme des retraites dans la population, à plus de 80 % ». Il relève les fortes mobilisations en région, dans les villes moyennes notamment. « Il y a une volonté répartie de façon très uniforme dans le pays de se mobiliser. J’habite en Haute-Savoie. Les chiffres enregistrés à la manifestation d’Albertville sont plus forts que jamais, hier c’était encore plus visible que le 19 janvier. C’est l’expression d’une volonté partagée, tous secteurs confondus et toutes générations confondues », salue notre invité.

« Je mise sur une division de la majorité présidentielle, je constate qu’elle est en train de s’installer »

Si le gouvernement a pu être surpris par l’ampleur des cortèges qui ont défilé à travers la France le 19 et le 31 janvier, la baisse du nombre de grévistes est un indicateur que l’exécutif devrait suivre de très près à l’occasion des deux prochaines journées de mobilisation, le 7 et le 11 février. « Ce que dit le gouvernement sur le sujet, j’ai appris à le prendre avec beaucoup de distance. Il y aurait eu 10 millions de personnes dans la rue, ils seraient allés chercher le taux de grève dans une sous-préfecture en disant : ça a baissé à cet endroit-là », raille François Hommeril. « Je mise sur une division de la majorité présidentielle, je constate qu’elle est en train de s’installer », poursuit ce leader syndical, qui évoque notamment les déclarations discordantes de certains responsables gouvernementaux, notamment celles du ministre Franck Riester sur les femmes, « un peu pénalisées » par la réforme.

« Le gouvernement a perdu la bataille de l’opinion, ce qui le rend nerveux. Quand on commence à perdre le match, on finit par dire des bêtises. Sur l’argumentaire qui justifie la réforme, le gouvernement dit n’importe quoi. Olivier Dussopt, le ministre du Travail, se fout du monde en disant devant l’Assemblée nationale qu’un système avec 180 milliards de réserves est en faillite ! Ça n’est pas sérieux, il se déjuge lui-même », s’agace le président de la CFE-CGC. François Hommeril fait ici référence aux réserves constituées par les régimes complémentaires, qui ne sont pas gérés par la Sécurité sociale, et dont les fonds ont été évalués à 180,4 milliards d’euros dans le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR).

Mardi soir sur TF1, Gabriel Attal, le ministre des Comptes publics, a appelé les syndicats à éviter les blocages et à « respecter les Français qui prennent des vacances bien méritées ». « Le coup du blocage, cela n’est pas sérieux, s’il n’y a plus que ça comme argument du côté du gouvernement, c’est faible, très faible », réagit François Hommeril.

Les Français unis

« La solidarité de l’ensemble des Français est forte, les syndicats devront être attentifs à ne pas développer des actions qui pourront amoindrir cette solidarité », avertit toutefois ce responsable syndical. Et de préciser : « Tous les moyens ne sont jamais bons. Ma limite, ce sont les actions ciblées et agressives vers d’autres personnes, comme les coupures d’électricité, je pense que c’est contre-productif. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Assemblee Nationale – Questions au Gouvernement
4min

Politique

Sénatoriales 2026 : La France insoumise lance ses troupes à l’assaut d’un Sénat qui lui échappe encore

À deux mois des élections sénatoriales du 27 septembre, La France insoumise dévoile ses 90 têtes de liste dans les départements concernés par le renouvellement de la moitié de la Haute Assemblée. Sans aucun sénateur à ce jour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère transformer sa percée aux municipales en premiers sièges au Palais du Luxembourg.

Le

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
5min

Politique

Réseaux sociaux : députés et sénateurs s’accordent sur une interdiction totale aux moins de 15 ans

Réunis en commission mixte paritaire ce lundi, les sept députés et sept sénateurs se sont mis d’accord sur l’interdiction de tous les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle s’applique à toutes les plateformes, sans opérer de distinction comme le souhaitait initialement le Sénat. Emmanuel Macron veut appliquer le texte dès la rentrée, mais sa portée pourrait être limitée puisque la Commission européenne cherche à reprendre la main sur le sujet.

Le

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le