Retraites: Philippe, le « vertical » en mal de souplesse
Il ne voulait pas "entrer dans un rapport de forces" sur la réforme des retraites, il a pourtant durci le bras de fer: Edouard...

Retraites: Philippe, le « vertical » en mal de souplesse

Il ne voulait pas "entrer dans un rapport de forces" sur la réforme des retraites, il a pourtant durci le bras de fer: Edouard...
Public Sénat

Par Jérémy MAROT

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Il ne voulait pas "entrer dans un rapport de forces" sur la réforme des retraites, il a pourtant durci le bras de fer: Edouard Philippe peine à convaincre qu'il a assoupli son style et alimente ainsi les critiques sur son "obsession budgétaire".

Cela a commencé mercredi par un drapeau blanc, hissé au début de sa présentation du projet de loi sur les retraites: "Cette réforme n’est pas une bataille. Je ne veux pas de la rhétorique guerrière, je ne veux pas entrer dans ce rapport de force", lance Edouard Philippe, omniprésent sur le dossier.

Dans l'assistance, Laurent Berger, écharpe bleue nouée autour du cou, s'apprête pourtant à s'étrangler, lui qui a jusque-là soutenu la réforme: "une ligne rouge est franchie" avec l'évocation d'un "âge d'équilibre" à 64 ans, enrage le patron de la CFDT à la sortie.

"La réaction de Berger est partie très vite, très haut, très fort", commente une source au sein de l'exécutif, moins étonnée par l'opposition prévisible du leader syndical que par la "fermeté du ton".

Jeudi, les deux parties ont affiché leur volonté de "reprendre rapidement le dialogue". "Ma porte est ouverte et ma main tendue", a insisté le Premier ministre qui devait appeler les partenaires sociaux dans l'après-midi.

Mais l'épisode suscite la perplexité: pourquoi braquer ainsi l'un des principaux alliés ? N'est-ce pas une résurgence du "style un peu raide" ou "de boxeur" d'Edouard Philippe, tel que décrit par un grand élu local qui lui est proche ?

Cette attitude lui avait fait maladroitement fermer la porte à Laurent Berger il y a un an, aux prémices de la crise des gilets jaunes, alors que le patron de la centrale lui proposait de réunir une conférence sociale.

Depuis, M. Philippe martèle avoir "entendu les critiques disant que ce gouvernement était parfois trop vertical dans sa façon de prendre les décisions". "On considère qu'on n'a plus le choix, que la capacité qu'on avait au début du quinquennat de pouvoir réformer sabre au clair ne passe plus", abonde-t-on dans son entourage.

Mais d'un autre côté, "être mou du genou ce n'est pas ce dont la France a besoin et ce n'est pas pour ça qu'on met Edouard Philippe à Matignon", souligne ce même ami.

- "Ferme mais pas fermé" -

Ainsi, sur le dossier des retraites, Edouard Philippe a multiplié les consultations avec les partenaires sociaux en étant "ferme mais pas fermé", selon une formule répétée mercredi. "C'est quelqu'un de droit, qui dit les choses", apprécie un responsable syndical. "Mais il a une obsession budgétaire", déplore-t-il.

Ce procès est en réalité récurrent quand la situation politique se tend, révélant la ligne de partage en macronie entre marcheurs historiques de gauche et transfuges plus récents de droite comme M. Philippe, dont le pouvoir s'étend au fur et à mesure.

A Matignon, on proteste contre ce procès en mettant en avant les concessions accordées malgré leur coût: retraite minimum à 1.000 euros, droits familiaux, pénibilité...

Or, "un système qui n'est pas financé c'est un système qui n'existe pas", tranche le député LREM Thierry Solère, proche de M. Philippe et dont la formule résume le logiciel du Premier ministre.

A l'inverse, l'économiste Antoine Bozio, inspirateur de la réforme lors de la campagne présidentielle, se désole dans une tribune au Monde que "le gouvernement ait réussi à obscurcir toutes les avancées sociales possibles d'un tel système, pour mettre en avant une mesure budgétaire".

Quant à Emmanuel Macron, il se garde bien d'intervenir publiquement sur le fond du dossier, même si les arbitrages ont évidemment été pris sous son égide. Plaçant ainsi M. Philippe sur la ligne de front.

"On assume pleinement cette discrétion. Ca ne veut pas dire qu'on va être muet", dit-on dans l'entourage du chef de l'Etat. "Nous restons attentifs, mais la réforme est aux mains du Premier ministre", ajoute-t-on, en citant "l'esprit de la Ve République".

Partager cet article

Dans la même thématique

Philippe TABAROT visite du technicentre SNCF
6min

Politique

Sénatoriales : candidat dans les Bouches-du-Rhône, Renaud Muselier entend faire une liste commune avec LR

Le président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, parti chez Renaissance en 2022, a annoncé par surprise sa candidature aux sénatoriales de septembre prochain, entendant jouer un rôle au plan national, pour la présidentielle. Il veut mener une liste d’union avec la droite. Du côté de la sénatrice LR sortante, Valérie Boyer, on confirme que les discussions sont engagées.

Le

Hungary US Vance
7min

Politique

Elections en Hongrie : « Orban est comblement bousculé dans cette campagne »

Dimanche, les élections législatives en Hongrie s’annoncent à haut risque pour Viktor Orban. Le Premier ministre nationaliste, proche du Kremlin, est distancé dans les sondages par son principal opposant, Péter Magyar. L’eurodéputé a choisi de mener une campagne de terrain sur des thèmes de politique intérieure, en mettant en exergue les dérives du régime en place depuis 16 ans.

Le

illustration: petite Mairie et son drapeau francais.
3min

Politique

Une tribune signée Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christine Taubira appelle les femmes à « prendre le pouvoir » dans les intercommunalités

Avec seulement 12 % de femmes à la tête d’une intercommunalité, ces dernières restent exclues de ces postes clefs, en dépit de la parité. Une tribune, signée par Cécile Duflot, Laurence Rossignol, Sandrine Rousseau et Christiane Taubira, dénonce la situation et appelle à changer la donne.

Le

L’Assemblée nationale valide la suspension de la réforme des retraites
4min

Politique

Travail le 1er mai : après son rejet à l’Assemblée, le texte file en commission mixte paritaire où députés et sénateurs devront s’accorder

Les députes macronistes ont fait rejeter vendredi à l’Assemblée une proposition de loi sénatoriale qu’ils soutenaient visant à autoriser les salariés des boulangeries et fleuristes à travailler le 1er mai. Une manière de s’éviter des débats tendus face à une gauche vent debout contre la mesure. Les députés de la majorité espèrent s’accorder avec les sénateurs en commission mixte paritaire dans les prochains jours.

Le