Retraites : « Reconnaissance du travail du Sénat » pour la droite et le centre, réforme « injuste et réactionnaire » pour la gauche et les écologistes

Retraites : « Reconnaissance du travail du Sénat » pour la droite et le centre, réforme « injuste et réactionnaire » pour la gauche et les écologistes

Bruno Retailleau salue les annonces d’Elisabeth Borne sur les retraites, qui reprend les grandes lignes de la position défendue par la majorité sénatoriale chaque année. « Ce texte portera la marque du groupe LR, et notamment du groupe LR du Sénat », apprécie le patron des sénateurs LR. « Les LR sont les idiots utiles de la majorité macroniste », tacle Patrick Kanner, à la tête des sénateurs PS. Avec les sénateurs de gauche, il entend « combattre » la réforme « avec détermination ».
François Vignal

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Fin du faux suspense. La première ministre Elisabeth Borne a présenté ce mardi 10 janvier la réforme des retraites du gouvernement. Comme prévu, l’âge légal de départ à la retraite sera repoussé progressivement de 62 à 64 ans, et la réforme Touraine qui porte le nombre d’annuités à 43 ans sera accélérée, sans oublier une hausse des retraites minimales à 1200 euros pour les retraités actuels et futurs, des mesures pour les carrières longues ou la pénibilité. Au passage, petite surprise, « pour que chacun prenne sa part », la première ministre a annoncé une « contribution » des employeurs, à hauteur de 600 millions d’euros, précise le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, mais elle sera « symétriquement » compensée par une baisse des cotisations « au régime des accidents du travail et des maladies professionnelles, qui est très excédentaires ».

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Au Sénat, on n’est pas loin de crier victoire. Car sur l’essentiel, c’est l’amendement par la majorité sénatoriale LR-Union centriste lors du budget de la Sécurité sociale. Ce qu’a volontiers reconnu Elisabeth Borne : « Nous avons regardé les propositions de chacun, notamment l’amendement voté depuis plusieurs années par le Sénat ».

« Elisabeth Borne a repris dans l’architecture de sa réforme celle que nous votons au Sénat », salue Bruno Retailleau

Pour Bruno Retailleau, à la tête du groupe LR du Sénat, c’est sans surprise une satisfaction. « Elisabeth Borne a repris dans l’architecture de sa réforme celle que nous votons au Sénat dans les PLFSS, c’est-à-dire les 64 ans, 43 annuités et 67 ans pour la liquidation à taux plein. Deuxièmement, elle a largement pris en compte les points que nous lui avions signalés comme importants, c’est-à-dire la prise en compte pour les petites retraites du flux mais aussi de ceux qui touchent actuellement des petites retraites, qui concernent aussi les mères de famille qui ont des carrières hachées et incomplètes, car elles élèvent des enfants », réagit Bruno Retailleau.

Autre point, moins grand public, apprécié par le sénateur LR de Vendée : « La suppression de la perception par l’Urssaf des cotisations de l’Agirc-Arrco, qui était un de nos combats ».

« Ce n’est pas nous, les LR, qui allons voter la réforme du gouvernement, c’est le gouvernement qui va faire voter notre réforme », affirme Bruno Retailleau

Les LR n’en resteront pas moins « vigilants et exigeants » lors du débat parlementaire. « On compte vérifier méticuleusement tous les points » et « on améliorera le texte, par exemple par la création d’une pension de réversion pour les enfants handicapés », ajoute Bruno Retailleau.

Alors qu’Elisabeth Borne annonce vouloir « travailler le dispositif » des petites retraites avec la majorité, mais aussi avec « les Républicains », pour bien intégrer ce point en vue de la présentation en Conseil des ministres le 23 janvier, n’est-ce pas de la coconstruction ? « C’est une coconstruction inversée. Car en réalité, ce n’est pas nous, les LR, qui allons voter la réforme du gouvernement, c’est le gouvernement qui va faire voter notre réforme », rétorque le patron des sénateurs LR, pour qui « l’objectif, c’est l’intérêt national ». Et de conclure : « Ce texte portera la marque du groupe LR, et notamment du groupe LR du Sénat ».

« Le travail du Sénat constitue une référence et un pôle de stabilité » souligne Hervé Marseille

Même satisfaction pour Hervé Marseille, à la tête du groupe Union centriste, l’autre composante de la majorité sénatoriale. Mais le nouveau président de l’UDI a le succès modeste. « C’est une reconnaissance du travail effectué par le Sénat, qui avait anticipé sur cette réforme. C’est satisfaisant. Il y a un certain nombre d’avancées sociales qui étaient réclamées par le Sénat et qu’on retrouve, sur le minimum vieillesse et l’emploi des séniors, pour lequel l’Union centriste était mobilisée, comme l’ensemble de la majorité sénatoriale », souligne le sénateur UDI des Hauts-de-Seine, qui a aussi « des satisfactions dans les renoncements, car Olivier Dussopt a annoncé qu’il renonçait à l’unification du recouvrement Agirc-Arrco /Urssaf ».

« Maintenant, il faut perfectionner les propositions dans le cadre du débat parlementaire », ajoute Hervé Marseille, qui salue l’action de la première ministre :

Elisabeth Borne a fait un bon travail. En arrivant à trouver une majorité pour faire passer ses propositions, ça prouve qu’elle a trouvé les voies du compromis.

Pour Hervé Marseille, « il ne s’agit pas de crier victoire », mais « le Sénat peut être satisfait d’avoir fait œuvre utile, et de montrer que dans les institutions, le travail du Sénat constitue une référence et un pôle de stabilité ».

Retraites à 1200 euros : « Ce n’est pas un cadeau fait aux LR », selon François Patriat, « la demande a été formulée antérieurement par le groupe Renaissance »

Du côté de la majorité présidentielle, François Patriat salue ces « trois mois de concertation, qui ont permis des avancées sur le cumul emploi retraite, les carrières longues » ou la prise en compte de l’apprentissage dans les annuités. Au côté du « triptyque réforme d’équilibre pour la viabilité du régime, progrès sur le minimum retraite, justice en supprimant les régimes spéciaux », le président du groupe RDPI (Renaissance) insiste sur « la prise en compte des carrières hachées pour les femmes, avec la prise en compte des congés parentaux, la pénibilité, l’emploi de séniors ».

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Quant aux 1200 euros de retraite minimale pour tous les retraités à taux plein, François Patriat souligne que la demande vient d’abord de son camp. « Ce n’est pas un cadeau fait aux LR. C’est une avancée nécessaire. La demande a été formulée antérieurement par le groupe Renaissance, avec Aurore Bergé, et les LR l’ont rejointe. C’était aussi une demande des syndicats », souligne le sénateur de la Côte-d’Or. Mais « à partir du moment où les LR s’engagent à voter le texte, c’est normal qu’on les consulte ».

Alors que l’intersyndicale appelle déjà à une journée de manifestation le 19 janvier contre la réforme, François Patriat reste serein. « Il y aura des manifestations et des grèves. Je le déplore. C’est prévu comme tel. Je regrette que les syndicats n’entendent pas les avancées autour du texte et fassent un blocage autour de la mesure d’âge », réagit le patron des sénateurs macronistes, mais il ne voit pas « l’opinion publique très mobilisée ». Et d’ajouter :

Tout peut se passer dans un conflit social, mais je ne suis pas inquiet, ni tétanisé par un blocage de la France.

« C’est une réforme réactionnaire, car on revient en arrière sur des avantages acquis » dénonce Patrick Kanner

A gauche, ce n’est pas la même ambiance. « C’est une réforme réactionnaire, car on revient en arrière sur des avantages acquis. Donc on va la combattre avec détermination », prévient Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat. « Le gouvernement va retirer de la vie aux années et des années à la vie », lance le socialiste.

« Entre le gros bâton du passage à 64 ans, qui doit rapporter entre 10 et 15 milliards d’euros de dépenses en moins » et « les petites carottes » sur les petites retraites ou d’autres mesures, le sénateur PS du Nord craint que les économies prennent largement le dessus. « Cela reste un très gros bâton pour six Français sur dix », ajoute l’ancien ministre. Pour Patrick Kanner, « le gouvernement balance des choses pour faire de la com' et calmer le jeu, mais ne sait pas l’impact réel ».

Pour Patrick Kanner, une autre formule serait préférable : « Maintien de la réforme Touraine et des 62 ans, emploi des séniors et un peu de hausse des cotisations, et je pense qu’on règle le problème sans toucher à l’âge légal. Mais on est sur une position dogmatique du président de la République ». Il rappelle au passage les choix qui ont été faits par l’exécutif en faveur des entreprises ou des plus riches, avec « la suppression de l’ISF et la flat tax ».

« Encore une fois, la béquille du gouvernement, ce sont les LR »

Le président du groupe PS a la dent dure aussi sur le rapprochement entre les LR et le gouvernement sur cette réforme. « Encore une fois, la béquille du gouvernement, ce sont les LR. Et les LR pourront sauter sur leur chaise, Bruno Retailleau et d’autres, en disant « on a gagné, on a gagné », finalement ils auront permis à Emmanuel Macron, s’il n’y a pas de 49.3, d’asseoir sa première et grande réforme du quinquennat. Tout le monde oubliera très vite que LR avaient proposé des solutions plus ou moins équivalentes », selon Patrick Kanner, qui ajoute :

Qui est la marionnette et qui est la marionnettiste dans cette affaire ? Si ça passe, tout le monde dira que c’est la reforme d’Emmanuel Macron, et non pas de Monsieur Marleix, Retailleau ou Ciotti. J’ai l’impression qu’ils sont les idiots utiles de la majorité macroniste.

In fine, pour le sénateur socialiste, « c’est le constat définitif qu’Emmanuel Macron n’est ni de gauche, ni de gauche, mais de droite et de droite. Et elle sait se rassembler ».

« Une réforme injuste et injustifiée » selon Guillaume Gontard

Pour le groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard dénonce « une réforme injuste et injustifiée ». Le président du groupe préfère encore ironiser : « Ce qu’on apprend ce soir, c’est que ce gouvernement a maintenant une majorité et que les LR font partie de cette majorité. On le voyait bien depuis le début de cette mandature. Les LR sont complètement ralliés à Emmanuel Macron ».

Selon le sénateur de l’Isère, « on a les deux droites qui s’alignent pour la régression sociale, en s’attaquant aux carrières les plus longues et entrecoupées, même s’il y a quelques adaptations pour les femmes ».

« Le rejet de cette réforme est assez considérable »

« Sur la pénibilité du travail, il n’y a rien. La seule réponse, c’est juste de nous dire pas de souci, il y aura des reconversions. Ce n’est pas comprendre ce qu’est un métier pénible », dénonce le sénateur de l’Isère, qui regrette que le gouvernement écarte « la participation du capital, la question de la hausse des cotisations. Le gouvernement a joué à la concertation en fixant les règles dès le départ ».

Dans la population, « le rejet de cette réforme est assez considérable », rappelle Guillaume Gontard, qui prévient : « Le gouvernement et la droite auront une réponse très forte ». Il critique au passage le choix d’un PLFRSS, « qui permet à la fois d’aller vite et d’utiliser le 49.3, ce n’est pas de très bon augure. Le gouvernement refuse de débattre et de faire le choix du Parlement ».

Le groupe communiste « prépare la riposte » et demande « le retrait du projet de loi »

Au groupe CRCE du Sénat, c’est-à-dire communiste, on « prépare la riposte » et on demande d’ores et déjà « le retrait du projet de loi ». « Convaincus comme 80 % des Françaises et des Français que l’on travaille déjà assez longtemps et qu’il ne faut pas repousser l’âge de départ à la retraite, nous mettrons toute notre énergie au service de la mobilisation sociale qui s’annonce afin d’empêcher l’adoption de cette réforme inique », réagit par communiqué le groupe présidé par la sénatrice PCF Eliane Assassi.

Les parlementaires communistes rappellent qu’ils « portent un projet de réforme des retraites à 60 ans et 37,5 annuités de cotisations avec un financement par une politique d’emploi ambitieuse, une augmentation des salaires, l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, l’augmentation des cotisations patronales et la mise à contribution des revenus financiers ». Ce qui laisse présager d’une série d’amendements pour le débat parlementaire qui s’annonce début février à l’Assemblée nationale, puis fin février ou début mars au Sénat.

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